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Prix littéraire des collégiens: cinq lumières pour éclairer l’ordinaire

Article publié par Le Devoir -

Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Les finalistes Louis Carmain, Simon Leduc et Alexie Morin, lors du dévoilement au Musée des beaux-arts de Montréal

16 novembre 2019 - Le Prix littéraire des collégiens a dévoilé vendredi les cinq fictions finalistes de son édition 2020. Le quintette est beau, solide, osons dire essentiel. Les cinq oeuvres concentrent les lignes de force d’une année littéraire forte en langue, en idées et en souffle. Résumons.

Suzanne Travolta, d’Élisabeth Benoit (POL), est un objet littéraire facétieux qui flirte avec le roman noir, ancré dans un Mile-End criant de vérité et d’étrangeté. L’éditeur en parle comme d’une tragédie contemporaine, une interrogation à plusieurs voix autour d’un suicide, celui d’une scénographe obscure, soeur d’un acteur célèbre. Le tout est servi avec une suavité mystérieuse et enthousiasmante.

Les offrandes, de Louis Carmain (VLB), est un faux polar, mais un vrai road novel, qui unit avec brio la littérature et le climat de violence qui ronge la société mexicaine. Louis Carmain, que les collégiens connaissent déjà pour avoir primé son Guano, en 2014, revient dans la course avec un roman puissant dont le réalisme cru est mêlé d’un exotisme sombre par ailleurs jamais factice.

Shuni, de Naomi Fontaine (Mémoire d’encrier), est un livre lumineux qui jette des ponts entre la communauté innue et le monde qui l’entoure, par le biais salvateur des mots et des images. Cette série de brefs essais en forme de lettres destinées à une missionnaire venue aider les Innus de la communauté d’Uashat, est aussi et surtout une leçon de sobriété littéraire, éclatante et spirituelle.

L’évasion d’Arthur ou la commune d’Hochelaga, de Simon Leduc (Le Quartanier), est un premier roman qui en contient plusieurs, délirant dans le ton comme dans ses péripéties, fruit « d’un écrivain à l’esprit contestataire et à l’optimisme radical ». Dans une langue qui malaxe tous les registres, ce dernier brosse le portrait hyperréaliste d’un quartier défavorisé dans un foisonnement anarchopunk et frondeur irrésistible.

Ouvrir son coeur, d’Alexie Morin (Le Quartanier), s’inscrit dans la foulée des démarches autobiographiques d’une Maggie Nelson ou d’une Annie Ernaux, entre l’autopsie sentimentale et le récit de soi. L’autrice s’y livre sans complaisance au fil d’un exercice d’équilibriste où la prise de risque est réelle, parfois blessante, voire à la limite du supportable. Dérangeant et impudique.

Présidé par Manon Dumais, responsable des contenus littéraires au Devoir, le jury de sélection était composé des critiques Jérémy Laniel (LQ et Voir) Christian Desmeules et Dominic Tardif (Le Devoir), de la collaboratrice au CRILCQ Marie-Hélène Constant et de Louise-Maude Rioux Soucy, qui dirige les pages culturelles du Devoir.

Doté d’une bourse de 5000 $, le Prix vise à promouvoir la littérature actuelle auprès des collégiens en encourageant l’exercice du jugement critique. Il sera décerné en avril 2020 lors du Salon international du livre de Québec par un grand jury formé d’étudiants du collégial.



 
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