Articles

Recherche et innovation

Un projet porteur et structurant au Cégep de Sept-Îles

L’inauguration en janvier 2026 du Pavillon de recherche et d’innovation Rio Tinto IOC au Cégep de Sept-Îles représente une avancée majeure pour le développement de l’établissement. Nous en discutons avec son directeur général, David Beaudin.

Par Alain Lallier, Portail du réseau collégial

L’inauguration en janvier 2026 du Pavillon de recherche et d’innovation Rio Tinto IOC au Cégep de Sept-Îles représente une avancée majeure pour le développement de l’établissement. Nous en discutons avec son directeur général, David Beaudin.

« C’est un très gros projet qui était dans nos cartons depuis 2017 », affirme-t-il d’entrée de jeu. À mon arrivée au collège en 2019, j’ai eu l’importante responsabilité de le porter et de le mener à terme. Il nous a fallu trois ans pour attacher le financement et en faire la planification, puis trois ans pour le construire. Bref, ce projet s’est étalé sur un bon six ans. »

David Beaudin. directeur général, Cégep de Sept-Îles

La recherche au Cégep de Sept-Îles

La recherche collégiale a débuté tranquillement à Sept-Îles dans les années 80 et 90. Mais c’est dans les quinze dernières années que les développements ont pris de l’ampleur. La création de l’Institut technologique de maintenance industrielle en 2008 marque certainement un tournant. Mais les chercheurs du Cégep de Sept-Îles se sont vite rendu compte que, pour passer à l’étape supérieure, il fallait se doter de véritables installations de recherche appliquée.

Les zones d’innovation

Inspiré par une réflexion autour de l’initiative gouvernementale des zones d’innovations qui s’inscrirait de la vision économique développée par François Legault dans son livre Cap sur un Québec gagnant : Le projet Saint-Laurent, le projet d’un nouveau pavillon de recherche et d’innovation a vu le jour. Quand on compare ce projet avec d’autres centres de transfert, on se rend compte qu’il s’agit d’un accomplissement de grande envergure. Un pavillon de plus de 40 millions, c’est toute une somme, surtout par les temps qui courent.

La pandémie et l’explosion des coûts

Évidemment, un projet d’une telle ampleur comporte des défis : « On a subi beaucoup de pression afin de réduire notre projet en cours de route. On venait d’attacher notre projet à une somme variant entre 22 et 23 millions. Puis la pandémie est arrivée… Bien sûr, il y a eu une explosion des coûts causée par l’inflation qui a sévi durant la période pandémique. L’investissement a grimpé à 30 millions, plus 12 millions d’équipements, pour totaliser 42 millions. Il a fallu retourner voir les bailleurs de fonds, les deux gouvernements; mais c’est le privé qui nous a sauvés en nous permettant de maintenir les rations de financement public et privé requis par les règles.»

Un partenaire de choix : Rio Tinto

Avec une contribution de 4 millions, Rio Tinto IOC s’est révélé un partenaire de premier plan. Les partenariats avec cette entreprise n’étaient pas nouveaux et prenaient déjà plusieurs formes, comme des dons d’équipements. Mais cette fois-ci, Rio Tinto IOC dépassait toutes ses participations antérieures.

« Le collège a convaincu Rio Tinto que c’était viable financièrement pour eux, parce qu’on forme leurs employés, surtout du côté ferroviaire, et qu’on fait de la recherche et de l’innovation pour les aider dans certaines de leurs opérations, notamment dans les technologies d’inspection intelligente des chemins de fer.

D’ailleurs, la région de Sept-Îles est bien connue pour sa logistique portuaire et ferroviaire, son point d’accès à la fosse du Labrador, ainsi que la présence d’un des plus grands gisements de minéraux de fer de haute pureté. 

Le ferroviaire comme axe de développement

Le Cégep a choisi le secteur ferroviaire comme un de ses axes de développement important. « Avec le Centre d’expertise ferroviaire RAIL, nous offrons des services d’expertise ferroviaire partout au Québec, en Ontario et dans les Maritimes.

Plusieurs se souviendront que les gouvernements canadiens ont choisi de sortir du secteur ferroviaire et de tout laisser au privé durant les années 1990. Donc, les entreprises de chemins de fer, comme le Canadien Pacifique (CP) et le Canadien National (CN), ont dû mettre sur pied leurs propres centres de formation, qui offrent des services entièrement en anglais et uniquement dans l’Ouest du Canada. Nous sommes la seule institution publique qui offre des formations en français dans le secteur ferroviaire dans toute l’Amérique. Et nous voulons développer cette niche un peu comme Rimouski avec le secteur maritime. À Sept-Îles, nous voulons devenir le fer de lance de la formation et de la recherche appliquée ferroviaire au Québec.»

La maintenance industrielle et l’industrie 4.0

Dans ce nouveau pavillon, la maintenance industrielle et l’industrie 4.0 vont occuper une place centrale. Le collège possède déjà un centre de transfert dans le domaine, l’Institut technologique de maintenance industrielle (ITMI), ainsi qu’un programme de formation technique, Technologie de maintenance industrielle. Le directeur général rappelle que ce créneau répond aux besoins de la région, et ce, autant pour les PME que pour les grandes entreprises.

L’équipe des centre de recherche du Cégep de Sept-Îles

Des acquis importants

Le Cégep de Sept-Îles peut déjà compter sur un parc d’équipements ferroviaire enviable : trois simulateurs de conduite ferroviaire, un atelier ferroviaire digne de l’industrie, des équipements de signalisation, un rail, un aiguillage et même un wagon (probablement le seul Cégep à en posséder un!).

« Nous possédons deux chiens-robots Spot sur les quelque 2000 actifs de par le monde. Ces chiens-robots sont particulièrement utiles dans les milieux isolés. Nous avons également plusieurs drones aériens, ainsi que des drones sous-marins pour intervenir dans un milieu maritime. Sur le plan énergétique, nous avons fait des audits énergétiques des bâtiments à partir de drones aériens et de caméras thermiques. Nous avons beaucoup d’équipements. Dans le pavillon, nous n’avons pas encore acheté tous les équipements. Le processus d’achat est toujours en cours avec son enveloppe de 12 millions $ », ajoute-t-il.

Un autre volet : l’intelligence énergétique

Le nouveau pavillon va aussi abriter le Centre de recherche en intelligence énergétique, le CR2ie, qui se spécialise dans la gestion énergétique basée sur des algorithmes d’intelligence artificielle. Les systèmes énergétiques intelligents constituent l’ADN du centre, ils proposent un modèle de gestion multisectorielle et multiéchelle qui combine les principes des smart grids, des smart industries et des smart homes. Ce modèle de gestion vient en réponse aux nouveaux défis qu’imposent les systèmes de production décentralisée (éoliennes, panneaux photovoltaïques, etc.) et les systèmes de stockage d’énergie . Nous possédons d’ailleurs l’un des rares simulateurs de micro-réseaux au Québec, permettant de valider des stratégies de stockage hybride et d’intégrer des solutions éoliennes, solaires ainsi que des systèmes à hydrogène, contribuant à la décarbonation des réseaux isolés.

Le Centre d’entrepreneuriat et de valorisation des innovations de la Côte-Nord (CEVI)

À ces trois unités de recherche s’ajoute le Centre d’entrepreneuriat et de valorisation des innovations de la Côte-Nord (CEVI). « C’est un OBNL lancé en 2017 afin de participer à certains projets dans lesquels on ne pouvait pas participer en tant que cégep ou CCTT. Son mandat, c’est vraiment de développer toute la partie entrepreneuriat technologique .  Une expertise locale dans la valorisation des innovations. Ce que nous voulons, ultimement, c’est d’aider à la création de nouvelles entreprises, des start-ups. Le CEVI n’a pas juste le mandat de nous accompagner dans nos recherches; il accompagne également toutes les institutions de recherche de la Côte-Nord, que ce soit à Baie-Comeau ou ailleurs, au privé ou au public, ainsi que toutes les innovations qui pourraient provenir des entreprises. »

Les retombés pour les étudiants 

Le Cégep de Sept-Îles est reconnu comme un des collèges qui engage le plus d’étudiants dans ses projets. « Généralement, une quarantaine d’étudiants sont associés à des projets de recherche appliquée ou de conseil technique. Évidemment, plusieurs étudiants proviennent du Cégep de Sept-Îles, mais de nombreux autres étudient à l’Université du Québec à Chicoutimi au niveau de maîtrise et doctorat. Évidemment, il y aura toujours beaucoup d’étudiants qui se rendront dans le pavillon pour y utiliser les équipements. Notre salle de robotique accueille les étudiants de génie électrique qui viennent suivre leurs cours sur les équipements, sur les bancs d’essai. Ils utilisent déjà des drones et plusieurs équipements dans leur parcours. »

Le directeur général souligne aussi que les centres sont devenus un employeur très attirant pour les jeunes, notamment pour  les finissants en informatique qui peuvent devenir techniciens .

Et comment se finance le fonctionnement?

Il est intéressant de noter que le ministère de l’Enseignement supérieur n’a pas mis d’argent dans cette infrastructure. Comment le cégep envisage-t-il le financement du fonctionnement?

Le directeur général, David Beaudin, espère qu’il va y avoir un peu plus de financement pour les infrastructures des centres de recherche du Québec et qu’il pourra compter sur un soutien adéquat du privé, notamment dans le ferroviaire.

«Un de mes objectifs ultimes consiste à rassembler les gens des entreprises, les chercheurs, les professeurs et les étudiants dans ce pavillon qui a été conçu expressément pour eux. Les laboratoires seront loués par les entreprises qui pourront y faire des tests sur les bancs d’essai, les imprimantes 3D, le Fab Lab. Ultimement, nous voudrions aller chercher une bonne partie des revenus grâce à l’autofinancement. »

À écouter son directeur général, on sort convaincu que ce projet d’envergure est déjà bien sur les rails…





Infolettre Le Collégial

Soyez informés de l'actualité dans le réseau collégial. L'infolettre est publiée mensuellement de septembre à mai.

Je m'inscris

Mots-clés



Infolettre Le collégial