Articles

AQPC — Prix Gérald-Sigouin 2026

Lynda Higgins, une femme d’exception

Par Thérèse Lafleur, rédactrice

Lynda Higgins, professeure en Techniques administratives, Cégep de Lévis

En 1975, le Cégep de Lévis accueillait ses premiers étudiants. Depuis 1978, Lynda Higgins s’y investi. Quarante-huit ans au service des étudiants, des collègues et du savoir. À l’aube de la retraite, cette professeure d’administration laisse sa marque dans le milieu collégial. Le Prix Gérald-Sigouin 2026 décerné par l’Association québécoise de pédagogie collégiale (AQPC) honore cette femme engagée.

« Le bonheur au travail est mon but ultime. Transmettre est mon leitmotiv et mon mantra. Que ce soit de transmettre à des étudiants, à des collègues ou à des stagiaires, je veux toujours faire équipe. Ces partages de responsabilités m’ont rendue profondément heureuse du travail accompli et fière de l’avoir réalisé en équipe. » En recevant cet hommage, madame Higgins a aussi tenu à rappeler les personnes qui ont inspiré et soutenu son parcours : Guy Rocher, Bernard Dionne et Jacques Belleau.

Leadeure naturelle et personne d’influence, elle n’hésite pas à prendre les devants pour provoquer le changement. 
AQPC

Ses pairs la décrivent comme une femme rassembleuse et attentive aux intérêts des autres. Une pédagogue qui place toujours l’humain au cœur de ses actions.

Un cheminement étonnant et inspirant

Née dans une famille modeste de la Rive-Sud de Québec, Lynda Higgins a grandi avec une volonté farouche d’apprendre. Alors que ses parents n’ont pas eu accès à l’éducation au-delà de la 7e année, elle devient la première à embrasser un parcours universitaire. Elle brise ainsi un cycle et ouvre la voie à ses sœurs.

Lynda Higgins prenant la parole au colloque de l'AQPC

« Mon père et ma mère viennent de familles nombreuses. Personne ne faisait d’études à l’époque, c’était le contexte. Quand je mentionnais que je voulais aller à l’université, mes oncles me répondaient “ben voyons”. Alors je me disais “je vais y aller”. Le fait d’être l’aînée engendre un sens des responsabilités, ça m’a aidé. Et j’étais bonne à l’école, ça, je le dois à ma famille, mes parents étaient brillants. » témoigne-t-elle.

Madame Higgins a vécu le remue-ménage suscité par la Révolution tranquille quand elle est passée de la 10e année en 3e Secondaire à la polyvalente de Charny. « Et c’est là que le monde s’est ouvert. Mes enseignantes m’encourageaient à poursuivre mes études. C’étaient des modèles pour moi. »

Après son collégial, elle poursuit en administration à l’Université Laval. Par un concours de circonstances, elle va ensuite étudier en anglais à Toronto. « Dans mon emploi étudiant, j’avais des téléphones en anglais. Je n’étais pas capable de répondre et ça me choquait. Alors je suis allée un mois en immersion anglaise à Londres. Ensuite, étudiante à plein temps, j’ai gradué à l’Université de York. » confie-t-elle.

Mais elle n’en avait pas fini avec les études. Dans son Département d’administration, elle était la seule spécialisée en finance. En constatant que la finance ne s’enseigne pas comme la comptabilité, madame Higgins est allée chercher une Licence en sciences comptables à l’Université Laval. Elle voulait être en mesure de traduire ses intentions à ses collègues comptables. « Et je me suis classée au premier rang de l’examen des comptables du Canada. Pourtant, j’ai préféré l’enseignement aux offres alléchantes des cabinets de comptable. » mentionne-t-elle.

Ce qui surprend, c’est que cette passionnée des livres qui aurait voulu devenir bibliothécaire ait fait carrière dans l’enseignement. C’est un petit boulot étudiant en comptabilité qui l’a amenée à plonger dans la finance, à l’étudier et à enseigner en Techniques administratives.

Professeure, coordonnatrice et formatrice engagée

Au fil de sa carrière, madame Higgins explique que la création de Performa a changé la donne. Tout s’est enchaîné autour des années 1990. « Je suis devenue coordonnatrice du Département, déléguée syndicale, membre du Comité de perfectionnement et déléguée à la Commission des études. À la réunion de coordination nationale en 1985, nous avons appris que le programme serait révisé. Le Ministère a formé un comité restreint auquel j’ai participé pendant cinq ans. Pour lancer le programme révisé en administration, j’ai organisé un colloque au Cégep de Lévis. Ensuite, j’ai été élue coordonnatrice provinciale du programme. Quand la profession de planificateur financier s’est développée, Techniques de services financiers et assurance a été créé. Comme coordonnatrice provinciale, mon premier mandat après le colloque a été d’organiser et de donner des formations pour ce nouveau programme. »

Madame Higgins a joué un rôle déterminant dans l’implantation, puis l’actualisation des programmes en administration. La révision audacieuse du programme a permis au Cégep de Lévis de devenir le premier établissement d’enseignement collégial à offrir une formation bonifiée en anglais. En tant que pionnière dans l’élaboration des passerelles DEC-BAC en administration, elle a aussi contribué à favoriser l’accès aux études universitaires.

Très sollicitée par plusieurs maisons d’édition, elle a pourtant choisi de se consacrer aux activités syndicales. « J’avais organisé un colloque au Cégep de Lévis et étudié la pédagogie de 1985 à 1989 à Performa. Je connaissais tout le monde et je savais ce qui se passait dans les départements. C’est alors qu’on m’a demandé de siéger à l’exécutif syndical aux affaires pédagogiques. J’ai été ensuite présidente pendant quatre ans. »

Une résilience hors du commun face à l’adversité

La carrière de madame Higgins n’a pas été exempte d’épreuves. En 1999, la maladie l’amène à quitter la présidence de l’exécutif syndical local. Mais ses compétences ne sont pas restées longtemps dans l’ombre. Et c’est au Comité de surveillance des finances de la Fédération nationale des enseignantes et des enseignants du Québec (FNEEQ) qu’elle sera bénévole pendant 27 ans.

En 2023, la maladie se pointe à nouveau. Pourtant, fidèle à sa force intérieure, elle poursuit son engagement professionnel tout en menant son combat personnel. Sa famille, notamment sa fille et ses sœurs, joue un rôle qu’elle souligne avec gratitude dans son rétablissement.

Malgré la fatigue et les défis liés à la maladie, elle continue à se former, notamment en langues, apprenant l’espagnol et l’italien.

Une référence 

Ses collègues et ses étudiants soulignent son dévouement, son énergie et son intégrité. Chaque étape de la vie professionnelle de Linda Hyggins révèle une femme engagée tant dans la réussite de ses étudiants que dans les luttes collectives.

En ce sens, l’équité pour les femmes a toujours été une vive préoccupation pour madame Higgins. Un enjeu qu’elle s’est appliquée à mettre en lumière depuis toujours, comme elle le raconte.

« Quand j’ai passé mon entrevue pour le cégep, une dizaine de personnes m’ont questionnée. Mes références étaient solides, j’étais bien préparée, j’avais un bagage en pédagogie grâce à mon stage à l’université et je parlais anglais. En sortant de l’entrevue, en me retournant pour saluer, j’ai constaté “mon Dieu, j’avais pas remarqué que vous étiez tous des hommes ! Est-ce que ça veut dire que dans votre Département, il y a seulement des hommes ?” Ils ont dit oui. “Alors c’est l’occasion d’engager une femme”. Je suis sortie et j’ai fermé la porte. Et ils m’ont engagée. Aujourd’hui, le Département compte autant de femmes que d’hommes ! »





Infolettre Le Collégial

Soyez informés de l'actualité dans le réseau collégial. L'infolettre est publiée mensuellement de septembre à mai.

Je m'inscris

Mots-clés



Infolettre Le collégial