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Cégep de Saint-Jérôme

L’évaluation sans note, une approche pédagogique qui a le vent dans les voiles

Deux enseignants en éducation spécialisée du Cégep de Saint-Jérôme ont adopté la rétroaction qualitative comme moyen d’évaluation. Alternative à la notation chiffrée cumulative, « l’évaluation sans note » propose de faire de l’évaluation en classe un levier d’apprentissage sans risque de pénalité.

Par Élise Prioleau

François Simard et Mélissa Derôme, enseignants en éducation spécialisée au Cégep de Saint-Jérôme

À l’automne 2024, François Simard et Mélissa Derôme, enseignants en éducation spécialisée au Cégep de Saint-Jérôme ont découvert l’évaluation sans note, une méthode préconisée dans un rapport du Conseil de l’enseignement supérieur publié en 2018.

Les enseignants se réjouissent des nombreux avantages qu’offre cette approche de l’évaluation, aussi bien pour l’enseignant que pour les étudiant-e-s. Cette approche permet d’abord de changer la perception classique des évaluations qui ponctuent le semestre. Elles deviennent une occasion d’apprentissage, sans risque de pénalité pour les étudiants. Évaluer ne veut plus dire noter, mais offrir la chance à l’étudiant de parfaire ses connaissances.

Dans les classes de François Simard et de Mélissa Derôme, les étudiants sont évalués plus souvent, mais il n’y a pas de notes associées aux évaluations. Il s’agit plutôt de cotes qualitatives : « En apprentissage », « Acceptable », « Satisfaisant » et « Maîtrisé ». Ces cotes sont accompagnées d’informations détaillées sur le processus d’acquisition de la compétence par l’étudiant et ce qui lui reste à comprendre et à acquérir pour la maîtriser.

« Le chiffre qu’on utilise habituellement pour noter est très pauvre en information. J’ai 75%; ça veut dire quoi ? Qu’est-ce que j’ai compris ? Qu’est-ce qui me manque ? Comment je peux encore mieux maîtriser les apprentissages ? Ce qu’on cherche à travers nos cotes qualitatives et nos échelles descriptives, c’est de faire en sorte que les évaluations soient riches en rétroactions précises pour que la personne étudiante sache exactement où elle est dans son apprentissage de la compétence. On se concentre sur la compétence et non sur les points », ajoute François Simard.

L’échec comme levier d’apprentissage

Bien loin d’un exercice de gain et de perte de points, dans le cadre de l’approche sans note, les évaluations ainsi que les erreurs commises deviennent des occasions d’apprendre.

« On attend à la 15e semaine avant de faire apparaître une note chiffrée. Nos étudiant-e-s peuvent faire autant d’erreurs qu’ils le souhaitent pendant toute la session. Ils ne seront jamais pénalisés pour leurs erreurs. Au contraire, on les encourage à essayer, à faire des erreurs et ensuite apprendre de leurs erreurs », affirme François Simard.

Pendant les quinze semaines que dure le semestre, les étudiants seront évalués de nombreuses fois. Leurs erreurs, toutefois, n’auront pas d’incidence sur leur note finale. « À partir du cours 6 jusqu’au cours 15, on rentre dans l’évaluation. Ça donne plusieurs semaines aux étudiants pour s’ajuster afin d’atteindre les compétences avant la fin du semestre », précise Mélissa Derôme.

À la fin du semestre, l’évaluation finale tiendra compte non seulement du niveau d’atteinte des compétences, mais de tout le processus d’apprentissage vécu par l’étudiant tout au long de la session.

La note finale de l’étudiant va refléter les connaissances réelles de l’étudiant à la semaine 15, ainsi qu’une vision globale de son parcours d’apprentissage. Pour nous, c’est important que l’évaluation ne se limite pas à une seule « photo » prise une seule fois.François Simard, enseignant en éducation spécialisée au Cégep de Saint-Jérôme

Tenir compte de l’ensemble des traces d’apprentissage

L’évaluation sans note prévoit que l’enseignant tienne compte de l’ensemble des traces d’apprentissage pour déterminer quel sera le résultat final de l’étudiant. Un étudiant, par exemple, qui est moins performant en début de semestre, mais qui s’améliore et atteint la compétence en fin de semestre ne sera pas pénalisé.

« La note finale de l’étudiant va refléter les connaissances réelles de l’étudiant à la semaine 15, ainsi qu’une vision globale de son parcours d’apprentissage. Pour nous, c’est important que l’évaluation ne se limite pas à une seule « photo » prise une seule fois. Pour déterminer le niveau d’atteinte d’une compétence, nous pensons qu’il faut plutôt accumuler des traces d’apprentissages tout au long du semestre », précise François Simard.

Pour déterminer une note finale chiffrée en fin de semestre, les enseignants ont concocté, avec l’aide d’une conseillère pédagogique, un tableau d’équivalence pour traduire les résultats qualitatifs en notation chiffrée.

Dans son rapport Évaluer pour que ça compte vraiment, le Conseil de l’enseignement supérieur rappelait que l’approche par compétences est incompatible avec la notation traditionnelle chiffrée. On parle plutôt de déterminer un profil de sortie, c’est-à-dire d’évaluer les connaissances réelles de l’étudiant à la fin du semestre. « L’obligation de nourrir cette cote (R) n’est donc pas favorable à des pratiques d’évaluation compatibles avec l’approche par compétences, qui devraient reposer sur un profil de sortie plutôt que sur un cumul de points », peut-on lire dans le rapport (p.47).

Ce que je retiens de cette méthode d’évaluation, c’est le mot « accompagner ». Cette méthode me permet d’installer une relation de collaboration intéressante avec les étudiants.Mélissa Derôme, enseignante en éducation spécialisée au Cégep de Saint-Jérôme 

Accompagner les étudiant-e-s

« Ce que je retiens de cette méthode d’évaluation, c’est le mot « accompagner ». Cette méthode me permet d’installer une relation de collaboration intéressante avec les étudiants. J’ai davantage accès à leur manière unique de penser et d’apprendre. Je me sens davantage comme une accompagnatrice », souligne Mélissa Derôme.

Bien que certains étudiants soient parfois anxieux de ne pas être notés au fur et à mesure, une fois rassurés, ils préfèrent généralement cette manière de travailler qui leur permet de mieux réussir le cours, observent les enseignants.

« On obtient plus de réussite sans abaisser le niveau demandé, car les étudiants ont plus de feedback et d’occasions d’apprendre », remarque François Simard. « Pour nous aussi les enseignants, c’est beaucoup plus stimulant. Tout au long de la session, nos réflexions sont centrées sur nos méthodes pédagogiques et sur l’apprentissage de nos étudiants », conclut-il.





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