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Conseil supérieur de l’éducation

Recherche et formation au collégial sous l’angle des étudiants

À l’automne 2025, le Conseil supérieur de l’éducation (CSE) publiait l’avis  Recherche et formation au collégial : une synergie à promouvoir. La présidente du CSE, Monique Brodeur, apporte des réponses aux questionnements relatifs à l’orientation Bonifier l’offre d’expériences étudiantes en recherche et soutenir la participation étudiante à la recherche de l’avis.

Par Thérèse Lafleur, rédactrice

La recherche fait en sorte que tu ne travailles pas simplement pour une note. Tu travailles pour quelque chose que tu vas pouvoir ajouter dans ton projet. C'est quelque chose qui va aider et qui va avoir un impact positif sur la société. Julien Dutil, étudiant. https://youtu.be/ehAk9Tlk5vk

En prémisse, madame Brodeur rappelle que la recherche au collégial a toujours été présente. « Depuis la création des cégeps, à la fin des années 1960, la recherche s’y est déployée sous différentes formes. C’est cette synergie de la formation avec la recherche qui vient enrichir le parcours étudiant. »

Monique Brodeur, présidente, Conseil supérieur de l'éducation

Les collèges intègrent de plus en plus la recherche pour réaliser leur mission éducative. Pourquoi ? Comment ?

MB : Les collèges du Québec appartiennent à l’enseignement supérieur et la recherche au collégial s’inscrit dans la mission reconnue de ce niveau d’éducation. Les universités et les collèges forment des personnes hautement qualifiées qui transfèrent leurs connaissances dans les milieux de travail. En recherche, cela se fait aussi dans une relation d’influence réciproque. Une synergie qui contribue à l’innovation, et ce, à la grandeur du Québec.

Mais comme les collèges sont à géométrie variable, il faut se pencher sur la structure de gouvernance de la recherche. C’est important que chaque cégep trouve la façon de créer ses infrastructures de recherche. Une gouvernance qui assure aussi la pérennité de la recherche.

Et même si elle est aujourd’hui beaucoup plus diversifiée, la recherche est toujours partie intégrante de la mission éducative. Plusieurs initiatives vont en ce sens, dont des programmes recherche-études[i]. Le programme du Cégep de la Gaspésie et des Îles est un bon exemple.

C’est également une priorité ministérielle : le financement de plusieurs programmes de recherche est assorti d’exigences de participation étudiante aux projets.

Pourquoi initier les étudiants du collégial à la recherche ?

MB : Les collèges jouent un rôle important pour développer la culture scientifique. En plus de former des citoyennes et des citoyens informés et responsables, l’initiation à la recherche permet aux étudiants d’acquérir des méthodes de travail. Elle peut aussi éveiller l’envie de poursuivre des études et de faire carrière en recherche.

Un des grands défis actuels pour les étudiants est de distinguer le bon grain de l’ivraie. Ils doivent apprendre à s’assurer de la validité des sources tout en prenant en compte les avancées technologiques.

Le développement d’une culture scientifique chez les jeunes est-il une démarche continue ?

MB : Nous pouvons voir une continuité d’ensemble dans le parcours éducatif. L’éducation scientifique commence dès la maternelle. C’est une question d’équité. Certains ont la chance de baigner dans la culture scientifique dès leur plus jeune âge. D’autres non. C’est pourquoi la mission d’éveil scientifique de l’école est si importante en amont.

En préparant l’avis, des éléments liés au développement de la culture scientifique ont été identifiés. Ils mettent en évidence l’existence d’une logique d’ensemble.

  • Le secondaire vise à faire découvrir la recherche et à développer l’intérêt pour la science.
  • Le collégial initie aux méthodes de recherche et poursuit le développement d’une culture scientifique.
  • Le baccalauréat continue cette initiation en approfondissant les approches et les pratiques de recherche.
  • Les cycles supérieurs forment des chercheurs

Quelle place doit occuper l’ouverture à l’innovation par la recherche dans le parcours collégial ?

MB : Développer une culture de l’innovation, c’est créer un environnement d’apprentissage où la créativité, la pensée critique, la prise de risques et le travail d’équipe sont encouragés. C’est aussi un milieu qui valorise l’entrepreneuriat, la curiosité, l’ouverture d’esprit et l’intérêt pour les technologies.

La recherche amène les étudiants hors des sentiers battus. Elle les fait sortir de leur bulle et cela suppose une prise de risque de leur part. Dans un tel environnement, les erreurs sont vues comme des occasions d’apprendre plutôt que comme des échecs. En agissant ainsi, les collèges aident les étudiants à développer un esprit innovant qui leur sera utile tout au long de leur parcours professionnel et personnel.

Les programmes d’études intègrent-ils déjà des éléments de recherche ?

MB : Une proportion significative d’étudiants sont initiés à la recherche au cours de leur formation collégiale. Toutefois, cette réalité est méconnue et gagnerait à être mise en valeur.

Par exemple, l’initiation à la recherche est présente dans la formation générale. Même si la recherche n’y est pas nommée explicitement, certains éléments peuvent contribuer, de façon transversale, à développer des attitudes et des méthodes liées à la recherche.

Les cours complémentaires peuvent aussi donner lieu à une initiation à la recherche.

Du côté de la formation spécifique, la majorité des programmes préuniversitaires et une trentaine de programmes techniques contiennent au moins une compétence directement liée à la recherche. Cette compétence peut aller d’une simple initiation aux méthodes de travail intellectuel jusqu’à la réalisation complète d’un projet de recherche.

Quels enjeux et défis résultent de l’intégration de la recherche dans la formation collégiale ?

MB : Le Conseil a rencontré des étudiantes et des étudiants qui ont fait de la recherche au cégep pour comprendre les avantages et les défis liés à cette expérience.

Parmi les défis, plusieurs ont mentionné qu’il est difficile de concilier leurs études et leur participation à des projets de recherche. Surtout lorsqu’il n’y a pas ou peu de compensation financière. La précarité financière n’est pas compatible avec un désir d’engagement à la recherche.

Selon les personnes consultées, il serait important de mieux reconnaître l’engagement étudiant en recherche au collégial. Les étudiants-chercheurs pourraient obtenir des salaires plus compétitifs, des bourses, des crédits scolaires.

Elles soulignent aussi qu’un meilleur arrimage entre les projets de recherche et le parcours scolaire faciliterait grandement la participation des étudiants. Les professeurs devraient pouvoir intégrer les étudiants au moment opportun à leur projet d’études et à leur projet de recherche.

Des initiatives existent pour accroître cette intégration, comme des bourses ou des programmes recherche-études. Toutefois, un nombre restreint d’étudiants y ont accès selon leur dossier académique. C’est pourquoi le Conseil recommande de porter une attention particulière aux critères d’admission de manière à être plus inclusif.

Quelles sont les principales considérations qui ont mené aux recommandations pour bonifier l’expérience et soutenir la participation étudiante en recherche ?

MB : Ces recommandations portent sur les considérations suivantes :

  1. Les étudiantes et les étudiants veulent plus d’occasions concrètes de faire de la recherche ;
  2. La recherche est peu visible dans les collèges ;
  3. La participation étudiante est encore marginale et mal documentée ;
  4. Des financements existent, mais ils demeurent insuffisants ou mal adaptés ;
  5. Plusieurs initiatives externes soutiennent déjà l’implication étudiante.

Le Conseil fait aussi ressortir plusieurs facteurs-clés pour optimiser la participation en recherche :

  • intégrer l’expérience de recherche dans le projet d’études pour faciliter la conciliation recherche-études ;
  • offrir une reconnaissance officielle des expériences réalisées ;
  • augmenter le soutien financier aux étudiantes et étudiants ;
  • renforcer la capacité de supervision du personnel des collèges ;
  • mettre en place des structures d’aide dédiées aux étudiants en recherche ;
  • encourager le partage d’expérience dans le réseau collégial ;
  • poursuivre les collaborations intercollèges-universités[ii] pour diversifier les possibilités

Dans son avis, le CSE conclut que : « l’articulation entre la recherche et la formation est essentielle ». Qu’en dites-vous ?

MB : La recherche collégiale n’est pas quelque chose à inventer. L’avis du Conseil démontre clairement que tous les éléments nécessaires sont déjà en place : gouvernance, expertise du personnel, initiatives étudiantes, ancrage dans les programmes d’études, réseaux institutionnels. Il s’agit surtout de consolider et de soutenir ces acquis.

Le réseau collégial dispose d’organismes, de structures et de pratiques bien ancrés qui favorisent la collaboration, la diffusion des résultats et l’intégration de la recherche dans la formation. Ces mécanismes demeurent à renforcer et à mieux coordonner.

Parce que la recherche enrichit la formation, favorise la réussite éducative, nourrit l’innovation et forme des citoyennes et des citoyens capables de comprendre et d’agir sur des enjeux complexes, la recherche collégiale apparaît comme une composante essentielle de la mission d’enseignement supérieur des collèges.


[i] Tous les programmes recherches-études existant au collégial à l’heure actuelle sont répertoriés aux pages 113 à 116 de l’avis.

[ii] L’avis Pour une recherche universitaire diversifiée, reflet et moteur de la société comprend un chapitre sur les collaborations collège-université en recherche.

 





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