Articles

Impact élevé

Problème épineux + situation authentique = motivation et engagement

Au Cégep André-Laurendeau, le problème épineux des changements climatiques s’est révélé un terrain d’apprentissage motivant et engageant. Les étudiants en Technologie du génie physique progressent en acquérant leurs savoirs en situation authentique. Ils vivent des projets ancrés dans la réalité et axés sur une problématique épineuse qui leur tient à cœur. Bref, ces jeunes sont mobilisés dans l’aventure par une pédagogie qui donne du sens aux apprentissages.

Par Thérèse Lafleur, rédactrice

En décembre 2019, David Beaulieu et des étudiants en génie physique du Cégep André-Laurendeau installaient des stations météo autonomes sur un glacier au Pérou. De retour et avec le recul, ce professeur a noté la forte motivation des étudiants, à toutes les étapes du projet. Un constat qui a évolué en recherche qualitative avec une équipe de professeurs-chercheurs.

« Bien sûr que l’action se passait sur un glacier à 4 000 mètres d’altitude, c’était intéressant! Mais en revenant du Pérou, j’étais motivé moi aussi à poursuivre ce type de projet. Ne serait-ce que de monter sur le toit pour mesurer les vents, cela semble déjà plus vrai qu’en laboratoire. D’où la prémisse qu’il y avait quelque chose de motivant de placer les étudiants en situation authentique. Qu’ils comprennent pourquoi ils apprennent, ce qu’ils apprennent et ce qu’ils peuvent faire de ces apprentissages au cours de leur vie d’étudiants et aussi de citoyens. »

David Beaulieu, professeur-chercheur, Technologie du génie physique

Monsieur Beaulieu s’est alors tourné vers Julie Roberge pour documenter l’impact de ce type de projets sur la motivation et l’engagement. « Ensemble, nous avons travaillé sur une recherche qualitative questionnant les étudiants. Nous voulions comprendre à quel point la situation authentique et le problème épineux font écho à leurs préoccupations. Puis comment nous pouvions connaître leur motivation là-dedans. »

Julie Roberge, professeure-chercheuse, Français et Littérature

Cette recherche sur L’utilisation d’un problème épineux en situation authentique en Technologie du génie physique : impact sur la motivation et l’engagement a été subventionnée par le ministère de l’Enseignement supérieur (MES), dans le cadre du Programme d’aide à la recherche sur l’enseignement et l’apprentissage (PAREA). Déployée sur trois ans, elle a été menée au Cégep André-Laurendeau par les professeurs-chercheurs Julie Roberge et Corinne Vallée — Français et Littérature et David Beaulieu, Richard Milette, Yanick Heynemand — Génie physique.

L’équipe s’est aussi penchée sur la création d’activités : Guide de développement de cours en mode CDR. Déposé en décembre 2025, leur rapport a été financé par le Fonds de Recherche du Québec.

Un problème épineux est un problème pour lequel il n’existe pas une seule solution ni une seule situation.

Un problème épineux, c’est un problème plus grand que nature. Par exemple, les changements climatiques sont complexes. Ils constituent un problème épineux.

« Nous avons réfléchi à ce qui intéresse les jeunes. Par rapport aux changements climatiques, l’écoanxiété les touche davantage. C’est un problème épineux qui interpelle les étudiants tant sur le plan personnel que sociétal. Nous avons orienté notre recherche sur la motivation et l’engagement en leur proposant des projets en situation réelle, authentique, axés sur ce problème épineux. » explique madame Roberge.

Une situation authentique doit présenter des contextes variés, être d’envergure variée, et susciter l’intérêt de tous.

La situation authentique peut se décliner sous plusieurs formes et prendre vie à différents endroits. « À travers des entrevues individuelles ou de groupe, nous avons récolté des données d’activités en situation authentique sur le problème épineux des changements climatiques. » précise monsieur Beaulieu.

Yanick Heynemand, professeur-chercheur, Technologie du génie physique

Par exemple, Yanick Heynemand a profité de l’éclipse solaire pour que ses étudiants fabriquent un prototype. Lors d’une éclipse solaire, plusieurs changements se passent : luminosité, température, etc. « Je leur ai donné le feu vert pour créer un objet technologique afin d’enregistrer le phénomène. Comme les étudiants étaient un peu réticents au départ, j’en ai fait un moi-même avec une boîte de carton et des capteurs plantés au travers des fils. Quand les étudiants ont vu que ce simple prototype faisait le travail, ils se sont lancés. »

Corinne Vallée, professeure-chercheuse, Français et Littérature

Corinne Vallée ajoute qu’en décidant de lever les cours afin que tous puissent vivre le moment, la Direction des études a su reconnaître que l’éclipse solaire était une occasion exceptionnelle. « Un tel événement arrive une fois tous les 150 ans. Et les étudiants en Génie physique sont des spécialistes de la mesure. C’était une occasion rare pour mesurer la luminosité. Et vivre l’éclipse tous ensemble a été un moment marquant. »

Station météo à Kuujjuarapik, Nunavik

La fonte des glaciers, qui fait partie du problème épineux des changements climatiques, est traitée en situation authentique par le groupe du cégep qui a installé des stations météo au Nunavik. « Nous avons une plateforme sur internet qui reçoit les données par satellite. Nos partenaires ont accès à ces données. Et les activités relatives aux stations météo se poursuivent. »

C’est à partir d’un cours du Richard Milette que l’idée de déployer des stations météo a pris forme. Les étudiants fabriquaient une mini station météo de A à Z et pouvaient l’utiliser. « Les étudiants ont embarqué au-delà de nos attentes, au-delà de vouloir avoir une note, ils avaient un objectif. Celui d’utiliser leur station météo pour prendre des mesures sur un glacier au Pérou ou au Nunavik. Des données utilisées pour vrai par des scientifiques. Cette motivation et cet engagement étaient de l’ordre du jamais vu ! » s’enthousiasme monsieur Beaulieu.

Richard Milette, professeur-chercheur, Technologie du génie physique

Une retombée inattendue touche le facteur humain. Comme les activités en situation authentique impliquent du travail en équipe, elles créent des groupes très unis. Selon monsieur Beaulieu « Dès la première activité, une sortie au Mont-Mégantic, une nouvelle cohorte vit une première activité qui soude les participants. Cela joue sur la réussite parce que le groupe devient une structure de soutien pour la persévérance. Au final, des 23 nouveaux étudiants arrivés à l’automne 2022, 20 ont persévéré jusqu’au bout. C’est rare en Génie physique. » 

Réunir les conditions gagnantes

Station météo au Mont-Mégantic

L’équipe de professeurs-chercheurs conclut cependant que certaines conditions s’imposent pour motiver les étudiantes et les étudiants à s’engager dans leurs études.

Pour concevoir une activité motivante et engageante, liée au problème épineux des changements climatiques, par exemple, il faut considérer :

  • la réalisation d’une tâche complexe et concrète en situation authentique favorisant la créativité et l’innovation ;
  • un contexte d’apprentissage réaliste, proche du marché du travail ;
  • la possibilité de collaborer avec ses pairs ;
  • des objectifs d’apprentissage clairs qui stimulent le désir d’apprendre ;
  • un objectif final qui permet de susciter le désir d’implication.

Dans cette foulée, le Laboratoire de Métrologie environnementale (LME) se spécialise dans la collecte de données environnementales, essentielles pour évaluer l’impact des changements climatiques. Au Cégep André-Laurendeau, ce laboratoire offre également un cadre d’apprentissage authentique pour les étudiants.





Infolettre Le Collégial

Soyez informés de l'actualité dans le réseau collégial. L'infolettre est publiée mensuellement de septembre à mai.

Je m'inscris


Infolettre Le collégial