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Quand l’innovation collégiale du Québec inspire l’Europe
Cherchant à actualiser sa formation professionnelle, la Finlande a trouvé un modèle inspirant dans les cégeps québécois.

PHOTO CHARLES WILLIAM PELLETIER, ARCHIVES COLLABORATION SPÉCIALE
Le Centre collégial de transfert de technologie (CCTT) du cégep de Lanaudière à Terrebonne

Elina Pylkkänen Secrétaire d’État permanente, ministère finlandais des Affaires économiques et de l’Emploi

Pilvi Torsti Directrice, Fondation européenne pour la formation (ETF), agence décentralisée de l’Union européenne
La Finlande figure souvent dans les classements internationaux comme un modèle d’excellence en matière d’éducation, mais même les meilleurs systèmes doivent s’adapter aux mutations économiques et technologiques. Aujourd’hui, la Finlande est confrontée au même problème stratégique et structurel que l’Europe dans son ensemble. Les établissements de formation professionnelle (ou « universités de sciences appliquées ») n’évoluent pas assez rapidement pour répondre aux besoins des citoyens, de l’industrie, des PME et des économies régionales.
Les inscriptions dans les filières techniques sont en baisse, les enseignants sont mis à l’épreuve par les nouvelles technologies, et les PME – l’épine dorsale de l’économie dans la plupart des pays développés – peinent à accéder au soutien nécessaire pour innover rapidement, à moindre coût.
À travers l’Union européenne (UE), les compétences doivent être mieux alignées sur les réalités du marché du travail, et des réformes s’imposent de toute urgence. Elles permettraient à l’Europe de libérer son potentiel entrepreneurial et renforcer sa compétitivité. C’est ici que les Centres collégiaux de transfert de technologie (CCTT) du Québec offrent un exemple particulièrement éclairant.
Dans le cadre de l’initiative MOSAIC de l’UE (un projet qui vise à mieux articuler l’enseignement professionnel avec les besoins des petites entreprises), la Finlande a organisé en 2025 une mission d’étude au Canada. À la recherche d’un modèle de transformation, la délégation a trouvé dans les CCTT – composantes à part entière des cégeps québécois – une source d’inspiration particulièrement convaincante.
Le rapport qui en a résulté1, rendu public ce mois‑ci, met en avant la pertinence de l’approche des CCTT en matière d’innovation appliquée. Souvent jugé au Québec comme manquant de moyens et de financements2, le modèle n’en parvient pas moins à relier efficacement l’éducation et l’industrie, en mobilisant directement enseignants et étudiants au service des entreprises pour prototyper, tester, innover et résoudre des problématiques techniques.
Un exemple emblématique est Inovem, un intermédiaire de recherche appliquée et d’innovation au service de l’industrie du bois, implanté à Victoriaville. À l’image d’autres CCTT performants, Inovem incarne une forte intégration au tissu industriel local : les enseignants y développent de nouvelles compétences en travaillant sur des projets concrets, les étudiants apprennent par la pratique, et les entreprises bénéficient de capacités de recherche appliquée et d’un accès au capital humain.
C’est précisément le type de système que l’Europe doit chercher à reproduire. Dans l’ensemble de l’UE, la coopération entre l’éducation et l’industrie reste trop souvent tributaire de financements temporaires et de projets ponctuels. Les initiatives se succèdent, les rapports s’accumulent, les conclusions sont tirées – avant que tout ne reparte de zéro. Pourtant, la direction à prendre est claire.


