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Rentrée scolaire
Les cégeps débordent. Et ils sont vétustes.
Près de 210 000 jeunes – un record – s’apprêtent à vivre leur rentrée au cégep, en grande majorité dans les établissements de Montréal et de Québec. Pendant ce temps, des cégeps en région souffrent tout particulièrement de la baisse du nombre d’étudiants étrangers.

Une implosion hautement prévisible
C’était écrit dans le ciel statistique, c’est bêtement démographique : il y a eu un mini baby-boom entre 2006 et 2015 et ces jeunes sont maintenant au cégep. Leur grand nombre complique leur admission. Ainsi, sur l’île de Montréal, 25 % plus de jeunes que l’an dernier se sont vu refuser leur choix de premier tour faute de places, cette même hausse étant de 40 % pour les cégeps de Québec. Le Service régional d’admission du Montréal métropolitain (SRAM*) n’a pas voulu divulguer combien cela représentait de déçus pour la métropole, mais Radio-Canada a révélé qu’à Québec (où les données sont gérées par un autre organisme, le SRACQ*), pour les seuls cégeps de Sainte-Foy, Garneau et Limoilou, cela représentait 1120 refus au 1er tour par manque d’espace. Renée Verlaan, directrice générale du SRAM, souligne qu’il y a eu des campagnes d’information auprès de ceux qui ont été refusés au premier tour pour les diriger là où il restait des places et pour garantir l’essentiel, soit l’accès aux études postsecondaires. En 2024, le Collège Montmorency, à Laval, avait dû refuser 1000 élèves faute d’espace.
Une vétusté écrite dans le ciel
De gouvernement en gouvernement, on a reporté l’entretien des cégeps, si bien que les cégeps sont ultra-vétustes. En 2024, la vérificatrice générale sonnait l’alarme : les deux tiers des cégeps sont en mauvais état. La semaine dernière, le Cégep de Saint-Laurent a dû fermer d’urgence une troisième aile – celle de ses laboratoires – et encore davantage de ses étudiants sont éparpillés (plusieurs se trouvent dans l’ancien édifice de l’Office national du film, à côté de l’autoroute Métropolitaine).
Baisse des étudiants internationaux
Dans les 32 cégeps dont les demandes d’admission sont gérées par le SRAM, la baisse du nombre de demandes complètes d’étudiants étrangers est vertigineuse : on est passé en 2024 de 11 274 à 2337 cette année. Pour les cégeps de Québec et de l’est de Québec (qui, eux, compilent de leur côté toutes les demandes hors Québec, donc tant les étudiants internationaux que ceux du reste du Canada), on indique qu’on est passé de 4799 demandes hors Québec en 2024 à seulement 1679 en 2026.
Marie Montpetit, présidente-directrice générale de la Fédération des cégeps – organisme qui a multiplié les missions à l’étranger au fil des ans pour attirer ici des jeunes –, ne cache pas en entrevue avec La Presse son exaspération à ce propos. Ces baisses, dit-elle, sont le fruit « de sept réformes successives en immigration, aussi bien au Québec qu’au Canada », la dernière en date, note-t-elle, étant l’abolition du Programme de l’expérience québécoise.
En région, c’est difficile
Le ciel au-dessus du Cégep de Matane, notamment, s’est nettement obscurci. Car non seulement cet établissement a historiquement déployé d’immenses efforts pour recruter des étudiants étrangers (et ainsi garder ses programmes en vie pour les jeunes de la région), mais il a en plus misé sur des programmes en animation 3D, en jeux vidéo et en multimédias, qui, alors que se répand l’intelligence artificielle, sont nettement moins en demande. « Nous avions 720 étudiants, il y a cinq ans, nous en avons seulement 560 cette année », explique Francis Turcotte, coordonnateur des communications. Pour compenser un peu, le cégep offre par exemple une formation à distance en urbanisme – qui attire essentiellement une clientèle adulte –, « mais ce ne sont pas des gens qui contribuent à la vie de Matane par leur présence ». Et bien sûr, les jeunes non admis dans les cégeps de Québec qui débordent « ont tendance à aller à celui de Lévis ou de La Pocatière, la vague ne se rend pas jusqu’à Matane », dit-il. En tout cas, Matane espère les jeunes de partout et le mot peut se passer !
Techniques de soins infirmiers : une forte hausse
À l’échelle du Québec, la bonne nouvelle, c’est que la technique de soins infirmiers attire beaucoup les cégépiens. Dans les 32 cégeps du SRAM mis ensemble, 2667 personnes ont été admises dans ces programmes, « un record des dix dernières années », relève Mme Verlaan. Même engouement à Québec et dans l’est de la province, où 1019 demandes d’admission ont été reçues – 82 de plus que l’an dernier. On observe aussi de bonnes hausses en techniques de génie et dans les programmes de santé en général.
Les programmes d’informatique en baisse
Sans surprise, avec l’intelligence artificielle qui réduit les besoins en programmation, l’informatique attire beaucoup moins de jeunes. Dans les cégeps du SRAM, on enregistre une baisse de 27 % des demandes d’admission dans ces techniques ; pour les cégeps de Québec et de l’est de la province, on est passé de 632 demandes d’admission en 2025 à 506 cette rentrée.
* Le SRAM, ou Service régional d’admission du Montréal métropolitain, gère les demandes d’admission de 32 cégeps, dont ceux de la région de Montréal. Le Service régional d’admission au collégial de Québec gère les demandes de la capitale, mais aussi celles de la Chaudière-Appalaches et de l’est du Québec.


