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C'est connu...

Article rédigé par Raphaël Bourque, étudiant au Collège Jean-de-Brébeuf au Baccalauréat International.

Étude et mise en valeur du Bois des Père


Au Bois des Pères, on trouve de tout, c’est connu…

Mais cette fois-là, c’était vraiment particulier. Une troupe d’une quinzaine de personnes apparaissait entre les feuilles, sortant d’un des sombres fourrés, habillés en bleu, comme des gens de l’entretien, portant des casques de sécurité, armés de sécateurs, piques, pioches, scies et pelles. La corvée de nettoyage d’un vieil égout n’aurait pas un autre aspect. Cette armée était guidée par une jeune femme dynamique.

Avant de démystifier, voici une autre scène se déroulant peut-être au même endroit, 400 ans plus tôt. Voici trois « Peaux-Rouges », établis tout près sur le mont Royal. Ils circulent dos arqué, à grandes enjambées silencieuses dans le sous-bois. Soudain, l’un d’eux s’arrête : il cueille une petite plante – la Sanguinaire du Canada – et se badigeonne des motifs sur les tempes avec la sève qu’il en extrait d’une légère pression. Les deux autres, un peu plus loin, semblent délibérer : l’un pointe le sol à droite, l’autre à gauche. Puis ils s’accordent, creusent de leurs mains et enfouissent quelques graines qu’ils portaient sur eux. Les plants de Podophylle peltée qui pousseront là fourniront un insecticide que les Amérindiens utiliseront pour leurs cultures.

Lors du siècle dernier, les étudiants du collège se réunissaient pour la messe devant une petite grotte, aménagée à flanc de colline dans ce même boisé. Les pères jésuites veillaient à ce que même la forêt participe au décor, en ressemant une multitude de « lys » blancs – en fait des Trilles, qui mettent 6 ans à produire une fleur.

Et maintenant, ce boisé nous appartient. Grâce à ces corvées magistrales que je décrivais au tout début, grâce à l’implication de plusieurs étudiants dans les inventaires biologiques et les recherches historiques, il sera beau, propre, aménagé. Qu’en ferons-nous ?

Des inventaires biologiques sur les lieux ont montré une diversité impressionnante. Les midis de printemps, on pourra facilement voir sur un même arbre deux espèces de Pics et une Sitelle. Biologistes, plutôt que de scruter des colonies bactériennes dans des boîtes de Petri, étudiez donc les interactions entre ces trois oiseaux ! Y trouvera-t-on une hiérarchie, une collaboration ? Il y a peut-être aussi dans le boisé une espèce de grand insecte en forme de brindille de la longueur d’un crayon, un Phasme, qui passe tout son été au soleil en haut des grands chênes. Il n’est observable qu’une semaine par été, dit-on, alors qu’il descend pour se reproduire. Est-ce vrai ? Qui résoudra cette énigme ?

L’anecdote des Amérindiens a un fond de vérité. On a en effet trouvé au boisé un rhizome de cette plante protégée, la Podophylle, qui témoigne souvent d’une ancienne occupation amérindienne. Mais on n’a pas encore trouvé d’artefacts… Historiens, cessez de scruter des terres lointaines, l’histoire est ici, sous vos pieds. Nous avons trouvé dans les archives de l’UQAM qu’il y a déjà eu un arboretum ici ; aux archives du collège, qu’il y a eu des étangs, remblayés à la demande de la ville de Montréal, par sécurité pour les voisins du quartier!

La troupe habillée de bleu, au début, c’était pour arracher cet arbuste détestable, le Nerprun, qui étouffe les autres. Maintenant, la place est à vous, artistes. Ne cherchez plus l’inspiration dans l’air infect des caves du collège ; venez voir les nervures des feuilles, la courbure des troncs… Peu importe votre école, votre courant, moderne ou classique, il y a quelque chose là pour vous

En fin de compte, on trouvera peut-être encore plus qu’on ne le pensait, au Bois des Pères…

Au risque de ne pas être exhaustifs, remercions les élèves du secondaire qui ont participé à la corvée de nettoyage du mois de juin, les professeurs d’art, de philosophie, de biologie, de sport qui intègrent tout au long de l’année le boisé à leur enseignement. Remercions également ces étudiants du collégial qui ont donné de leur temps pendant l’année scolaire pour en apprendre un peu plus sur son histoire, la richesse de sa flore et de sa faune ou encore ceux-ci qui, pendant leur été, ont arraché, coupé, planté pour améliorer sa biodiversité. Et bien sûr, n’oublions pas les Amis de la montagne qui interviennent tous les ans pour y éradiquer les espèces envahissantes, la conseillère en environnement, les bibliothécaires et l’archiviste du collège, les pères jésuites retraités au collège qui veillent sur le boisé, l’entretiennent et sont des témoins de notre histoire, et, surtout, l’équipe du service des ressources matérielles qui œuvre sans relâche tout au long de l’année pour sauvegarder ce petit coin précieux de nature que le temps aura su préserver.
 

Source : Association québécoise pour la promotion de l'éducation relative à l'environnement (AQPERE)


 
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