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Les CCTT allient humains et technologies pour bâtir une société verte et durable

Il y a 4 jours


Par Alain Lallier


Les entreprises et les organisations doivent repenser leur mode de fonctionnement ou de production pour adopter des pratiques, des procédés et des technologies plus durables. Près de la moitié des 59 centres collégiaux de transfert de technologies et de pratiques sociales (les CCTT) travaillent directement dans des domaines d’expertise liés, mais comme il s’agit de plus en plus d’éléments distinctifs à valeur ajoutée et d’objectifs de leurs clients, tous les CCTT interviennent afin que les solutions qu’ils proposent soient plus vertes, plus responsables et plus durables.

     Gregory Hersant, coordonnateur au soutien à la recherche chez Synchronex.

Pour le CIRADD, un centre de recherche en développement durable situé en Gaspésie, c’est le cœur de ses activités. Par ailleurs, les mêmes préoccupations se retrouvent au centre de pêche, aquaculture, transformation et valorisation des produits aquatiques Merinov, ainsi que chez Kemitek (Thetford) au niveau de la chimie verte et chez Coalia (Thetford) en technologie minérale et en plasturgie. « Ce que nous voyons apparaître de plus en plus à l’intérieur des centres, qui ne sont pas spécialisés en développement durable, c’est la présence de plusieurs projets et réorientations qui vont en ce sens. Dans le domaine du textile, le Centre de recherche et d’innovation en habillement (Vestechpro) du Cégep Marie-Victorin et le Centre d’excellence des textiles techniques, des géosynthétiques et des matériaux avancés à base de textile (Groupe CTT) à Saint-Hyacinthe ont entamé plusieurs projets de recherche qui intègrent la notion de durabilité, explique Gregory Hersant, coordonnateur au soutien à la recherche chez Synchronex.

   Équipe de travail du CIRADD

Des CCTT à vocation sociale, comme le CIRADD (Gaspésie), le Centre d’étude en responsabilité sociale et écocitoyenneté (CERSÉ) du Collège de Rosemont ou le Centre d’étude des conditions de vie et des besoins de la population (ÉCOBES) du Cégep de Jonquière, réalisent aussi des activités dans une perspective de développement durable.

Dans le cadre de sa rencontre annuelle des experts, Synchronex a tenu un atelier pour les experts intitulé Allier humains et technologies pour bâtir une société verte et durable au printemps dernier. Une séance de 80 communications affichées portait sur des projets de recherche diversifiés en développement durable, dans tous les secteurs. Près des deux tiers des centres ont présenté des projets. Plusieurs recherches impliquaient une collaboration entre plusieurs d’entre eux. « Nous voyons de plus en plus de projets croisés entre des centres en innovation sociale et d’autres en technologie, précise monsieur Hersant. Par exemple, le CIRADD a développé, en collaboration avec Biopterre, un outil d’évaluation d’impacts économiques, sociaux et environnementaux du mycodéveloppement au Kamouraska. En écologie industrielle, au Cégep de Sorel-Tracy, le CTTÉI collabore à des projets qui touchent à l’économie circulaire. »

  Merinov en action

Lors de cet atelier des experts, plusieurs projets se sont démarqués. Le « COUP DE CŒUR des experts » est allé au projet du Centre de géomatique du Québec(CGQ) qui vise à mettre le Québec maritime sur la carte grâce à la cartographie participative comme démarche d’innovation ouverte dans les Comités ZIP. Le « COUP DE CŒUR de la relève innovante »a quant à lui retenu le projet du centre Biopterre : Biobase : Inventorier les propriétés physico-biochimiques des biomasses résiduelles. Le projet de Merinov, visant à contrôler l’ammoniaque dans les viviers de homards américains avec un biofiltre à base de nori comestible, a quant à lui obtenu le « COUP DE CŒUR du changement durable ».

Gregory Hersant souligne que les organismes subventionnaires encouragent de plus en plus les projets de recherche respectant les objectifs de développement durable de l’ONU. « Il devient important de démontrer comment ces objectifs sont pris en compte dans le projet. Au niveau du réseau, nous essayerons d’aider les centres à intégrer cette dimension dans leurs activités. Nous ferons d’autres rencontres d’experts et je suis convaincu qu’un nombre important de projets toucheront le développement durable. Nous faisons face à une tendance sociale lourde qui influencera les activités des centres. Nous devons développer de nouvelles approches avec de nouvelles façons de faire qui provoquent des changements de paradigme. Les entreprises doivent prendre ces réalités en considération et adapter leurs pratiques. Le développement durable inspire autant les consommateurs et les utilisateurs que des instances politiques et des projets de recherche. Ça percole des deux côtés, » conclut-il.

Parmi les coups de cœur des ateliers, le projet présenté par le Centre de développement des composites du Québec (CDCQ) de Saint-Jérôme a attiré notre attention. Il concerne le recyclage des bateaux en fin de vie.

Daniel Poirier, chargé de projets au Centre de développement des composites du Québec (CDCQ) de Saint-Jérôme

Le projet développé par le CDCQ avait deux volets. Le premier concernait les bateaux en matériaux composites abandonnés ou en fin de vie. Le second consistait à développer un bateau plus vert et plus facilement recyclable. « Les activités du CDCQ visent le développement durable depuis plusieurs années, affirme Daniel Poirier, chargé de projets au Centre. C’est un enjeu majeur dans notre secteur d’activités, particulièrement pour la recyclabilité, les produits en fin de vie et la réduction des rebuts de production. »

Janic Lauzon, directrice du Centre, précise que les matériaux composites sont apparus en 1960 avec l’arrivée des plastiques. « Ces matériaux ont permis de réduire considérablement les GES en allégeant les produits fabriqués en métal lourd. Nous en avons mis dans les avions, les trains et les autos. Ces matériaux peuvent être utilisés pendant 50 ans dans les conduites d’eau potable et les conduites d’égout. Ils sont durables, légers, mais non recyclables en fin de vie. Quand on fait le cycle d’analyse du cycle de vie, les bénéfices de l’utilisation des matériaux composites sont beaucoup plus grands. Ce qu’on en fait à la fin de la vie utile représente moins de 3 % des cas. Nous travaillons sur la valorisation pour trouver des endroits nous permettant de les réutiliser. Notre travail, dans le projet des bateaux en fin de vie, misait sur la valorisation par procédé de pyrolyse. Parallèlement, il faut développer de nouveaux matériaux recyclables à la fin de leur vie utile. C’est le deuxième prototype sur lequel nous travaillons en ce moment afin de rendre les matériaux composites 100 % recyclables. »

Le besoin de recycler les bateaux en fin de vie provient de Transports Canada, précise Daniel Poirier :« Ils avaient lancé un appel de projets auquel nous nous sommes joints en collaboration avec l’Institut maritime de Rimouski. Des partenaires industriels se sont ajoutés, dont Vision Marine Technologies de Boisbriand, un fabricant de bateaux électriques ne produisant aucune émission de pollution et préservant un environnement naturel complètement propre. S’est également joint au projet un sous-traitant, Abitibi&co, pour la fabrication des pièces. Le projet a généré des collaborations au départ imprévues. Nous nous sommes également associés à un grand partenaire industriel de matières premières, Arkema,qui a produit la fameuse nouvelle résine recyclable. »

À la source, le problème environnemental provient du fait que les propriétaires de bateaux qui prennent l’eau ou qui sont devenus désuets avaient deux options : sortir le bateau de l’eau, le mettre en morceaux et l’envoyer au site d’enfouissement, ou encore, le couler. Transports Canada se retrouve ainsi avec plusieurs embarcations échouées sur les berges partout au Canada.

Le procédé mis au point par le Centre permet de séparer la résine (matrice utilisée dans le matériau composite de la fiche) et le renfort (fibres, billes, microsphères). Le Centre essaie de trouver également des voies permettant la valorisation du renfort de façon séparée.

Janic Lauzon rappelle que nous utilisons les matériaux composites dans plusieurs secteurs : « Le bras spatial canadien a été une des premières utilisations dans l’aérospatial. Il existe des matériaux composites dans les avions, les trains, le métro de Montréal, les articles de sports, les bains et les douches et ainsi que les pales d’éoliennes. C’est un produit plus résistant que les plastiques qui ne se corrode pas. »

La méthode de valorisation du Centre repose sur une technologie de pyrolyse sous vide, où l’on vient récupérer les fibres pour pouvoir les réutiliser, essentiellement dans les composites. « La portion matrice devient une huile condensée pouvant être réutilisée dans un secteur d’application. À l’intérieur de ses activités, le CDCQ de Saint-Jérôme est à développer une plateforme de développement durable pour la valorisation des composites dans tous les secteurs. Il y a un grand nombre de pièces en fin de vie que nous devrions pouvoir récupérer de façon plus durable, » conclut Daniel Poirier.


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