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L’AQPC, une hormone de croissance inespérée pour l’ensemble du réseau collégial

2021-06-09


Par Alain Lallier

       Entretien avec M.Gérald Sigouin

L’Association québécoise de pédagogie collégiale (AQPC) fête cette année son quarantième anniversaire de fondation. Au fil des ans, l’Association a animé de différentes manières le réseau des collèges. Pour souligner l’événement, le Portail s’est entretenu avec un acteur majeur dans l’histoire de l’AQPC : Gérald Sigouin. Il nous raconte comment l’Association a influencé le développement pédagogique du réseau des collèges.

Une idée audacieuse

Gérald Sigouin raconte : « Dans le contexte des affrontements syndicaux et patronaux qui avaient lieu depuis la création des cégeps, l’idée de créer une association pédagogique était audacieuse. De plus, à l’époque  ̶  nous sommes en 1981 ̶  pour un certain nombre d’employés des collèges, la pédagogie était perçue comme n’ayant ni contenu ni substance, donc d’un intérêt limité. Un travail de fond était à faire. Au début, nous n’étions pas pris très au sérieux par notre entourage ni par les directions des collèges, mais peu à peu, nous avons vite trouvé des alliés autant du côté patronal que du côté syndical et ministériel. »

Au colloque de fondation de 1981, auquel participaient 17 personnes, Gérald Sigouin accepte de jouer le rôle de trésorier. À partir de 1986, il agit à titre de président du comité exécutif et finalement en tant que directeur général. Il prend en main le colloque annuel jusqu’à son départ en 2004. 23 années consacrées à la cause, rien de moins!

Une naissance dans un contexte de changements et de polarisation

« En 1981, les cégeps étaient encore jeunes dans leurs structures. C’était des institutions différentes avec des traditions différentes, où l’on faisait l’expérience d’un grand changement de culture par rapport aux collèges classiques auxquels ils succédaient. Dans les premières années, nous avons assisté à un souque à la corde, à une polarisation du pouvoir entre les syndicats et les administrations, ce qui laissait bien peu de place pour l’aide aux enseignant.e.s. À l’origine, la création de l’AQPC visait à regrouper les conseiller.ère.s pédagogiques, qu’on appelait des CRE ou conseiller.ère.s en recherche et expérimentation. Le regroupement des conseillers Performa a permis la création d’un autre réseau regroupant un certain nombre de professeurs. Ce regroupement avait des idées larges, je dirais, idéalistes : "C’est la société québécoise que l’on veut servir; c’est l’enseignement le plus efficace possible que l’on veut donner à nos étudiantes et à nos étudiants." Pour y arriver, on voulait faire travailler les gens ensemble, mais sous l’angle pédagogique. Nous pensions que l’administration et la partie syndicale avaient leur importance, mais qu’il manquait une patte au tabouret pour maintenir un équilibre. Il n’était pas facile d’aller dans ce sens. Au début, les directions des établissements nous regardaient d’un œil dubitatif. La Fédération des cégeps avait même aboli la commission qui nous permettait de nous réunir. Notre regroupement voulait permettre aux conseiller.ère.s et aux professeur.e.s de continuer à se concerter et à mieux travailler. »

Des événements charnières

Parmi les événements charnières dans l’histoire de l’AQPC, Gérald Sigouin tient à souligner le premier colloque conjoint de 1988 entre la Fédération des cégeps et l’AQPC. L’événement s’inscrivait dans le cadre du 20e anniversaire des cégeps. Il a réuni plus de 1000 participants pendant trois jours au Cégep de Sainte-Foy, un sommet dans la courte existence de l’AQPC.

Une reconnaissance par l’ensemble du réseau

« À l’époque, l’AQPC était un organisme fragile qui n’avait pas encore atteint son plein rayonnement dans le réseau public et privé des collèges, confesse Gérald Sigouin. Mais cette occasion offerte par l’ensemble des collèges publics a suscité une reconnaissance et engendré de nombreuses retombées, et ce, non seulement pour l’AQPC, mais pour tout le réseau collégial, y compris le réseau des collèges privés. De plus, cette alliance en a précédé deux autres à peine quelques années plus tard. En 1992, le Congrès ACCC-AQPC réunissait 2000 participants de tout le Canada au Palais des congrès de Montréal et, l’année suivante, la grande fête des 25 ans des cégeps à Chicoutimi enregistrait une participation d’au moins 1000 personnes. Mais ce fut lors du colloque conjoint de 1988 tenu au Cégep de Sainte-Foy que, pour la première fois, le chiffre magique des mille participants était atteint. »

Quelles ont été les retombées de cet événement particulier de 1988 ?

« Dès lors, on pouvait enfin parler d’un rayonnement plus large de l’AQPC aux membres du personnel des cégeps et des collèges, et non pas seulement à quelques initiés convaincus de l’importance de la pédagogie, comme on peut encore le lire dans la mission officielle de l’Association : "Offrir des lieux d’échanges sur la pédagogie en enseignement supérieur aux membres du personnel des cégeps et des collèges dans le but d’améliorer la réussite éducative des étudiantes et des étudiants du Québec."

« Le rayonnement s’est amorcé grâce aux textes et aux idées publiés dans les actes du colloque. Par la suite s’est ajoutée la diffusion de la revue Pédagogie collégiale, qui a justement lancé son premier numéro officiel lors du colloque conjoint de 1988. »

Une fierté en matière d’animation : les mentions d’honneur

Par-delà la tenue des colloques et de la publication de la revue Pédagogie collégiale, Gérald Sigouin tient à souligner une dimension originale qui était et qui demeure pour lui un objet de fierté sur le plan de l’animation du réseau des collèges. « La remise des mentions d’honneur aux membres du personnel enseignant dont on veut souligner l’excellence du travail a été une avancée importante. C’était une occasion en or de valoriser le personnel enseignant et l’aboutissement d’une évolution amorcée quelques années plus tôt. Bien sûr, la démarche a été qualifiée "d’élitiste" par certains. Il y a eu des résistances. Mais, maintenant, tous les collèges y participent. Pour moi, il s’agit d’un indicateur sociologique de l’évolution des collèges. J’ai dû me faire convaincant auprès des représentants syndicaux qui doutaient du fait qu’en valorisant un prof, c’est tous les profs que l’on valorise. »

Quelle conclusion tirer après toutes ces années ?

« En 2017, j’étais invité, à l’ouverture du colloque de l’AQPC afin de célébrer la contribution de mon successeur à la direction générale, Benoit Bolduc, et pour participer à l’hommage rendu à notre amie Hélène Allaire, se rappelle-t-il. Puis ce fut la fameuse conférence prononcée par Guy Rocher concernant les retombées du Rapport Parent et la création des cégeps. C’était la troisième fois qu’il était invité au colloque annuel, la première fois, en 1992. L’AQPC lui avait alors rendu hommage. Lors de la conclusion de sa conférence, il a fait part de sa fierté de voir le réseau collégial continuer de grandir et ne manqua pas de souligner par la même occasion le rôle majeur de l’AQPC dans l’évolution du réseau. C’est difficile à comprendre dans les autres ordres d’enseignement qu’on puisse avoir une association qui vise l’amélioration de la qualité de l’enseignement et le développement pédagogique tout en regroupant des gens de partout. Ça fascinait Guy Rocher. Il parle avec admiration de l’engagement de l’AQPC, mais également de nombreuses personnes à tous les niveaux. Ce type de regroupement en enseignement supérieur est unique. »

Un souci de qualité toujours à l’ordre du jour

Pour l’ancien directeur général de l’AQPC, le travail des équipes dirigeantes et des membres de l’AQPC a permis à travers les ans d’organiser différentes activités et productions pédagogiques adaptées aux besoins, entre autres, du personnel enseignant. Le colloque de l’AQPC est non seulement devenu l’événement phare du réseau collégial réunissant professeurs, professionnels, administrateurs, mais aussi le plus grand colloque francophone de pédagogie. « Nous nous sommes toujours dit, dans l’organisation de nos colloques, qu’il faut que les profs s’y sentent les bienvenus, qu’ils s’y sentent bien et valorisés. La qualité du contenu et la qualité de l’organisation étaient pour nous des incontournables. Et je crois que ce souci de la qualité du contenu est toujours à l’ordre du jour. »

L’AQPC, une hormone de croissance inespérée pour l’ensemble du réseau collégial

Gérald Sigouin termine l’entretien en affirmant que « l’AQPC a été, en quelque sorte, une hormone de croissance inespérée pour l’ensemble du réseau collégial. Cet ordre d’enseignement avait connu des années plutôt turbulentes depuis sa création. Si on se souvient bien, ce n’est qu’au début des années 2000 que cessèrent les projets politiques et les mouvements d’idées pour remettre en question l’existence même des cégeps. Désormais, l’opinion publique a joué son rôle et, enfin, les éditoriaux ont pris la défense du réseau avec conviction. Nous pouvons donc dire : "Longue vie au réseau collégial et à l’AQPC!" »



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