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La petite enfance en mal d’éducatrices qualifiées

2021-10-12



Par Élise Prioleau

Les dernières années ont vu décroître le nombre d’éducatrices à la petite enfance diplômées. En quatre ans, le nombre d’étudiant-e-s inscrit-e-s à la Technique d’éducation à l’enfance a diminué de près de 15 %. Une situation qui aggrave l’inquiétante pénurie de main-d’œuvre dans les services de garde. Pour attirer rapidement de nouvelles recrues, une AEC a été créée en partenariat avec la Fédération des cégeps. Le nouveau Parcours travail-études en petite enfance remplira-t-il ses promesses ?

La pénurie d’éducatrices spécialisées est telle que le ministère de la Famille a révisé à la baisse son fameux « ratio de personnel de garde qualifié ». Un règlement qui oblige les garderies à engager un minimum d’éducatrices spécialisées. Depuis 2021, c’est une éducatrice sur trois en fonction qui devra être diplômée.

 

 

 

Marc Boucher, président de l’Association des enseignants et enseignantes de Technique d’éducation à l’enfance (AEETEE).

 

« On espère que ce taux va remonter à deux éducatrices formées sur trois comme c’était le cas avant 2021. Il faudra en arriver à un ratio de trois sur trois. Meilleure sera la formation, meilleure sera la qualité des services éducatifs », affirme Marc Boucher, président de l’Association des enseignants et enseignantes de Technique d’éducation à l’enfance (AEETEE).

Parcours travail-études en petite enfance
Pour répondre au manque de personnel, une AEC spécialisée ouvre ses portes cet automne. Une formation d’un an qui permet aux étudiantes d’intégrer immédiatement le marché du travail. Les étudiantes se voient même offrir une rémunération pour étudier, en plus de leur salaire. Si cette mesure est nécessaire, elle a ses limites, selon Marc Boucher.

« En période de pénurie de main-d’œuvre, cette mesure est compréhensible étant donné que le ministère veut éviter les bris de service. Or, il faut comprendre que l’AEC ne remplace pas la Technique. L’AEC ne donne pas accès à une pleine reconnaissance professionnelle. Il faut travailler trois ans après la diplomation pour être considéré comme qualifié et bénéficier du même salaire que les détenteurs du DEC. »

« C’est un métier qui demande une très bonne connaissance du développement de l’enfant. »
- Diane Turcotte, porte-parole de la technique d’éducation à l’enfance à la Fédération des cégeps

Une profession qui se complexifie
Le ministère a entrepris d’actualiser le programme de Technique d’éducation à l’enfance. Diane Turcotte, porte-parole de la Technique à la Fédération des cégeps, a participé à l’analyse de la profession. Un processus qui mènera à une redéfinition des exigences du programme.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Diane Turcotte, porte-parole de la Technique à la Fédération des cégeps

 

 

« Des éducateurs et professionnels issus de différents milieux éducatifs étaient invités à répondre à des questions sur la profession, notamment sur les défis rencontrés et les tâches accomplies. Ce qui en ressort c’est que c’est très complexe et varié comme profession. C’est un métier qui demande une très bonne connaissance du développement de l’enfant. »

Selon Diane Turcotte, le métier d’éducatrice à la petite enfance a évolué dans la dernière décennie et s’est complexifié. «Il faut comprendre que la technicienne en éducation à l’enfance ne fait pas qu’occuper les enfants. Elle prépare les enfants à l’école. Elle vise un développement harmonieux des tout-petits. Les éducatrices guident les enfants. Elles leur suggèrent des jeux avec des visées éducatives pour soutenir leur développement. À cela s’ajoute le fait que les services éducatifs reçoivent de plus en plus d’enfants qui ont des besoins particuliers», rappelle-t-elle.

« On souhaite que nos éducatrices aient la meilleure formation possible. »
- Marc Boucher, président de l’Association des enseignants et enseignantes de Technique d’éducation à l’enfance


Viser la meilleure formation possible pour les éducatrices
Les techniciens en éducation à la petite enfance exercent un rôle important auprès des tout-petits. Pour assurer un service de qualité dans les garderies, le DEC technique de trois ans est nécessaire, selon Marc Boucher. Bien que le ministère de la Famille offre la somme incitative de 2300 $ par année aux étudiant-e-s de la Technique, les incitatifs pour faire l'AEC semblent encore plus intéressants, pense-t-il.

« On aimerait qu’il y ait une aussi grande reconnaissance accordée au DEC qu’à l’AEC. C’est tentant pour les jeunes d’opter pour une formation rapide et payante, mais ça ne remplace pas la qualité de la formation générale au cégep. Les cours de français et de philosophie sont importants pour permettre aux étudiantes de développer leur capacité d’analyse, pour être en mesure de prendre les meilleures décisions plus tard lorsqu’elles seront en présence des enfants. »

Les 0-5 ans ont besoin d’être bien stimulés, mais aussi bien accompagnés, souligne Marc Boucher. « Quand on n’a pas de formation qui permet d’établir un lien significatif avec l’enfant et d’intervenir de façon appropriée, nos interventions, même bien intentionnées, peuvent être moins soutenantes pour les enfants. »

Revaloriser la profession
La Technique d’éducation à la petite enfance mène vers un emploi moins bien rémunéré que la plupart des autres techniques. Ce retard au niveau des conditions de travail nuit au recrutement et tend à dévaloriser la profession.« C’est un métier qu’il faut revaloriser », souligne Marc Boucher. Le premier geste à poser, propose-t-il est d’améliorer le salaire des éducatrices. « Le ministère projette de combler l’écart, mais ce n’est pas encore à la hauteur de ce que voudraient le syndicat et les membres. Une négociation est en cours. On attend une amélioration salariale substantielle. »

Pour faire valoir la profession, une campagne de recrutement auprès des hommes est souhaitable, selon le président de l’AEETEE. « La présence à la fois de femmes et d’hommes dans les services de garde amène une complémentarité et un enrichissement des services éducatifs », soutient-il.

Parallèlement à ces mesures, Marc Boucher aimerait voir les écoles primaires embaucher davantage de diplômées de la Technique dans les maternelles 4 ans, afin de travailler en collaboration avec les enseignant-e-s du primaire. Il est temps de reconnaître le professionnalisme des diplômées en éducation à la petite enfance, insiste Marc Boucher.

« Les services éducatifs sont des services essentiels, d’un point de vue économique, social et moral. C’est une responsabilité de société de donner des services de qualité à tous les enfants. L’éducation préscolaire prépare les enfants à l’école. C’est une étape qui a un impact sur la réussite scolaire future de l’enfant. »



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