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Maxime Delcour
Sans téléphone au cégep : le pari d’un enseignant
Des parcours inusités, des histoires qui sortent de l’ordinaire. La Presse vous présente des gens de différents horizons dont les trajectoires peuvent surprendre et inspirer.
Virginie Coossa Collaboration spéciale
Maxime Delcour est docteur en neurosciences. Autant dire qu’il connaît bien les mécanismes du cerveau. Ancien chercheur à temps plein, il enseigne la psychologie au cégep Montmorency depuis 2019. Au fil des années, il a vu ses rappels à l’ordre se multiplier dans ses classes : les étudiants ont de plus en plus souvent la tête penchée sur leur téléphone… et l’esprit ailleurs.
Mais le véritable déclic est survenu l’an dernier. « Je me suis vu intervenir deux fois dans le même cours de manière exaspérée, et j’ai réalisé que ce n’était pas du tout la relation pédagogique que je voulais entretenir avec mes élèves. Et surtout, j’ai compris que même s’ils voulaient m’écouter et rester attentifs, ils n’y arrivaient tout simplement pas. »
Les effets du téléphone intelligent sur l’attention, particulièrement chez les jeunes, préoccupent d’ailleurs de plus en plus les chercheurs. La collègue de M. Delcour Tania Tremblay est chercheuse en psychologie au collège Montmorency et chercheuse associée à l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ). Depuis plusieurs années, elle s’intéresse aux effets des écrans sur les jeunes. Elle a d’ailleurs publié une recherche pour l’INSPQ portant sur l’usage du téléphone intelligent et ses effets1. Ses conclusions sont préoccupantes : le téléphone peut nuire à l’attention et aux apprentissages, au point où sa simple présence serait susceptible de mobiliser une partie de nos ressources cognitives.
À cela s’ajoutaient d’autres sources d’irritation en classe liées au téléphone : les retards, les allers-retours aux toilettes pendant les cours et les travaux rédigés à l’aide de ChatGPT.
Aux grands maux, les grands remèdes. Maxime Delcour a décidé de retirer les téléphones à chacun de ses cours et de les déposer dans une boîte fermée, placée à l’avant de la classe.
Je savais que leur demander de simplement éteindre leur téléphone ou de le mettre en mode avion ne serait pas suffisant. Ils devaient en être carrément séparés pendant cette période de deux heures et demie pour qu’on puisse enfin vivre une véritable cohésion de classe.
Maxime Delcour
Une mesure qui exigeait évidemment la collaboration des étudiants, dont certains se sont montrés réfractaires au départ. Quelques-uns évoquaient la crainte de manquer « quelque chose » ; une étudiante angoissait à l’idée de ne pas pouvoir être jointe en tout temps par son amoureux.
« J’ai pris le temps de leur exposer ma démarche et les raisons derrière celle-ci. Les élèves sont lucides et savent qu’ils sont accros au numérique. Je leur ai expliqué que même lorsque la sonnerie est coupée, la vibration d’un téléphone constitue un stimulus difficile à ignorer. J’aspirais à obtenir toute leur attention ; il fallait donc soustraire l’objet de leur portée. Pour tout vous dire, après mes explications, la plupart étaient d’accord. Ils avaient simplement besoin que quelqu’un le fasse, dans un cadre légitime et cohérent. »

PHOTO MARCO CAMPANOZZI, LA PRESSE
Maxime Delcour
À la fin de la session, au printemps 2025, M. Delcour a mené un sondage anonyme afin de connaître la perception des étudiants devant cette nouvelle mesure. Résultat : même si plusieurs d’entre eux ont trouvé très frustrant d’être séparés de leur téléphone, surtout au début, près de 70 % de la cohorte a affirmé que cette règle avait contribué à une meilleure compréhension de la matière et à leur réussite scolaire. Plusieurs ont également dit avoir davantage interagi entre eux et posé plus de questions en classe.
Bref, le bilan s’est révélé largement positif.
Une initiative qui prend de l’ampleur
Encouragé par ces résultats, Maxime Delcour a décidé de sonder l’intérêt de ses collègues afin de voir s’ils voulaient rejoindre son initiative.


