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Réseau des CCTT
Le Québec inspire la Finlande
Dès qu’il est question de faire avancer la société, le Québec se tourne vers les pays d’Europe du Nord pour s’inspirer de leurs solutions. Cette fois, c’est le Québec qui a attiré l’attention non seulement de la Finlande, mais de toute l’Europe avec ses CCTT : les centres collégiaux de transfert de technologies et de pratiques sociales, liés aux cégeps.

PHOTO FOURNIE PAR INOVEM
Le centre collégial de transfert technologique (CCTT) INOVEM de Victoriaville est spécialisé dans les domaines de l’ébénisterie et du meuble. Il a été visité par une délégation de la Finlande.
« La Finlande figure souvent dans les classements internationaux comme un modèle d’excellence en matière d’éducation, mais même les meilleurs systèmes doivent s’adapter aux mutations économiques et technologiques », écrivent dans une lettre d’opinion envoyée à La Presse Elina Pylkkänen, secrétaire d’État permanente au ministère finlandais des Affaires économiques et de l’Emploi, et Pilvi Torsti, directrice de la Fondation européenne pour la formation (ETF).
En Finlande et en Europe, les établissements de formation professionnelle n’évoluent pas assez rapidement pour répondre aux besoins des citoyens, de l’industrie, des PME et des économies régionales, expliquent-elles.
En plus, ces écoles attirent moins d’élèves. De leur côté, les PME peinent à accéder au soutien nécessaire pour innover rapidement à moindre coût, relatent-elles.
Lors d’une entrevue vidéo avec La Presse, Mme Torsti a expliqué que l’agence pour laquelle elle travaille doit trouver des solutions. « Notre rôle est d’apporter l’excellence mondiale, particulièrement dans le domaine de l’enseignement et de la formation professionnels », précise-t-elle.
« L’un de nos partenaires nous a suggéré d’examiner de plus près le modèle québécois », ajoute-t-elle.
« La réputation du travail fait au Québec a voyagé hors du Canada », renchérit lors de l’entrevue vidéo son collègue Georgios Zisimos, chef de service en conseil politique à l’ETF.
En 2024, la Finlande a donc organisé une mission d’étude au Canada. Georgios Zisimos faisait partie de la délégation finlandaise qui a visité un CCTT accompagné d’une école française.
L’exemple de Victoriaville
« Notre arrêt principal était Victoriaville, raconte-t-il. Nous avons visité le centre de transfert technologique INOVEM [spécialisé en ébénisterie et meuble], mais aussi des entreprises affiliées : un fabricant de guitares et une entreprise de cercueils. »
« L’idée était de comprendre l’écosystème, poursuit-il. Comment tout un réseau d’entreprises et d’écoles professionnelles contribue au modèle, et pas seulement une école isolée. »
À la suite de cette visite, un rapport élogieux a été produit et publié en mai dernier. Il indique que le système québécois des CCTT est mature, car les centres collégiaux sont clairement chargés de mener des recherches appliquées et des transferts de technologies pour les industries.
Même si, ici, on juge souvent que les CCTT manquent de moyens et de financement, le rapport européen souligne sa structure financière durable. Le modèle québécois utilise une structure à fort effet de levier, souligne le rapport, où une subvention modeste de 13 % des revenus permet aux centres de gagner les 87 % restants grâce à des projets industriels.
Les CCTT sont aussi inspirants pour l’Europe, car ils donnent aux petites entreprises un accès à la recherche et développement, aux équipements spécialisés et au prototypage. Enfin, le rapport indique que les étudiants acquièrent du même coup une expérience pratique en matière d’innovation.
« Ce qui nous intéresse, c’est la pérennité du modèle. Au Québec, cela fonctionne depuis des décennies, et tous les acteurs semblent satisfaits, observe Pilvi Torsti.
« Nous ne croyons pas au “prêt-à-porter” (one size fits all), poursuit-elle. Chaque pays doit adapter le modèle à sa propre culture. Mais le Québec sert de source d’inspiration. »
La Finlande teste actuellement deux centres inspirés du modèle québécois. La mission au Québec a aussi inspiré des recommandations politiques pour déployer à plus grande échelle le modèle des CCTT. Le rapport cite des budgets stables plutôt qu’un financement de projets temporaire, ainsi que l’embauche de personnel dédié au programme plutôt que de se fier seulement aux professeurs.
« Nous sommes impatients de voir la suite. Il y a une forte attente des PME pour que ce type de solution améliore leur productivité et leur efficacité. C’est la beauté de la coopération internationale », conclut Georgios Zisimos.


