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Formation collégiale

Expérience éducative et nouvelles réalités

En mai 2022, le Conseil supérieur de l’éducation (CSE) publiait Formation collégiale : Expérience éducative et nouvelles réalités. Cet avis du Conseil invite à repenser la formation collégiale en considérant les réalités d’aujourd’hui dans une perspective d’avenir tant pour les collégiens que pour la société.

Ces recommandations présentées à la ministre de l’Enseignement supérieur résultent des travaux de la Commission de l’enseignement et de la recherche au collégial (CERC), une commission dont la majorité des membres œuvrent au sein des collèges.

La directrice générale du Collège de Maisonneuve, Malika Habel, qui préside la CERC et la coordonnatrice de cette commission, Katie Bérubé, en commentent les grandes lignes.

Malika Habel, directrice du Cégep de Maisonneuve et présidente de la CERC.

 

« S’il fallait résumer cet avis en trois mots, ce serait ceux de flexibilité, d’ouverture et d’accompagnement. » souligne madame Habel.

  • « Flexibilité des parcours, flexibilité dans l’organisation de la formation,flexibilité dans la durée des études, flexibilité des apprentissages pour s’adapter aux besoins d’une population étudiante aux profils très différents les uns des autres ;
  • « Ouverture quant à la définition de la réussite, ouverture quant à l’espace-temps à accorder à nos jeunes étudiants pour leur permettre de “trouver leurs marques” ;
  • « Accompagnement des étudiants dans l’exploration, des étudiants vers l’autonomie et la responsabilisation tout en offrant l’encadrement et les ressources nécessaires. » précise-t-elle.

Une réflexion collective

L’avis Formation collégiale, Expérience éducative et nouvelles réalités est le fruit d’une réflexion collective, incluant le point de vue des étudiants, dans la perspective de déployer une vision actualisée de la formation au collégial et de contribuer à son essor.

« Comme pour l’ensemble des travaux du Conseil, cet avis repose à la fois sur les savoirs savants, les savoirs d’expérience, de même que sur les délibérations démocratiques au sein des instances du Conseil. Une démarche large et exploratoire a été empruntée pour déceler les forces en présence dans l’environnement de l’enseignement supérieur et leur incidence sur la formation dans le but de mettre en lumière les nouveaux besoins pour la formation au collégial. Le point de départ de cette réflexion se situe dansl’analyse des grandes tendances sociétales et des phénomènes liés aux caractéristiques de la population étudiante et à ses cheminements scolaires qui influencent les formations et qui agissent comme facteurs de changement.Le Conseil constate que ces transformations entraînent de nouveaux besoins pour la formation collégiale en matière d’apprentissages essentiels et de flexibilité. » explique madame Bérubé.

Des enjeux de flexibilité et de complexité

Pour le Conseil, les citoyens de demain évolueront dans un univers pluriel et en constante mutation. D’où l’importance d’acquérir une solide culture générale pour naviguer dans un monde de plus en plus complexe.

« Le Conseil s’est interrogé à savoir quelle formation, au-delà de la spécialisation liée à un programme d’étude spécifique, tout collégien doit recevoir aujourd’hui pour s’épanouir comme personne et évoluer dans la société d’aujourd’hui et de demain. » mentionne madame Bérubé. À cet effet, madame Habel identifie les trois éléments d’importance mis en évidence dans l’avis : acquérir une solide culture générale, s’initier et s’ouvrir à l’interdisciplinarité, développer des compétences générales, dites du 21e siècle.

Force est de constater aussi qu’il est complexe de dresser le portrait type du collégien d’aujourd’hui. Selon le Conseil, leurs attentes, leurs besoins et leurs objectifs de formation sont tellement diversifiés qu’il est impossible de les caractériser et pratiquement impensable de leur proposer des cheminements communs. Des constats qui demandent d’ailleurs le déploiement d’une nouvelle perception de la réussitede façon àmieux refléter et valoriser la diversité des parcours étudiants.

  1. Acquérir une solide culture générale ;
  2. S’initier et s’ouvrir à l’interdisciplinarité ;
  3. Développer des compétences générales, dites du 21e siècle.

Dans cette perspective, madame Habel souligne que « le Conseil en appelle à la nuance quant au discours qui accompagne l’analyse des cheminements scolaires au collégial. Il estime qu’une prise de décision en matière de réussite appuyée sur les indicateurs usuels offre une vision réductrice de la réalité et promeut l’idée d’un cheminement standard constituant la norme à suivre par les étudiantes et les étudiants. D’où la nécessité d’une vision englobante de la réussite dans une perspective de réussite éducative.Le Conseil rappelle que les collèges ont une importante fonction d’orientation et souhaite qu’une plus grande valeur soit accordée à ces cheminements diversifiés. »

« Sans rompre totalement avec le modèle de formation actuel, le Conseil propose une approche progressive pour tendre vers une formation collégiale qui intègre différentes options de flexibilité pour les étudiantes et les étudiants, tout en s’assurant de les accompagner et de les soutenir dans la prise de décision face aux choix offerts. » soulève madame Bérubé.

Systématiser et soutenir pour aller plus loin, ensemble

Les collèges ontdéjà des initiatives pour aller vers plus de flexibilité et plus de reconnaissance de la réussite. Ils sont déjà à pied d’œuvre pour offrir une bonification de l’expérience éducative en dehors du cadre formel des programmes tient à rappeler madame Habel, par exemple :

  • reconnaissance de l’engagement étudiant ;
  • accompagnement en entrepreneuriat ;
  • tutorat d’aide aux devoirs et d’éveil scientifique ;
  • mise de l’établissement au service de la collectivité ;
  • rapprochement avec le milieu de la recherche scientifique ;
  • programmes d’études bonifiés.

« D’ailleurs, dans son avis le Conseil souligne l’intérêt de ces initiatives ainsi que le dynamisme du réseau collégial dans les efforts concertés visant leur mise en œuvre.Un examen des plans stratégiques des cégeps permet de constater leur proactivité face aux tendances sociétales qui influencent les formations. » poursuit-elle.

L’avis du Conseil dégage 5 grandes orientations déclinées en 22 recommandations dont la grande majorité sont destinées à la ministre de l’Enseignement supérieur.Mesdames Habel et Bérubé présentent les grandes lignes des visées de cet avis du Conseil avec en fil de trame les enjeux de systématisation et de soutien qu’elles supposent.

Orientation 1:

Actualiser les représentations des cheminements étudiants et de la réussite au collégial

Par cette orientation, le Conseil recommande « que toutes les instances intéressées adoptent une définition de la réussite dans une perspective de réussite éducative, c’est-à-dire une réussite qui va au-delà des résultats scolaires pour englober l’ensemble des dimensions de l’activité éducative qui contribue au développement du potentiel (développement personnel, social et professionnel) de chaque individu. »

Afin de mettre en application cette définition de la réussite, le Conseil formule des recommandations qui incitent les acteurs concernés à notamment :

  • Valoriser et endosser la vision d’une réussite éducative et considérer des indicateurs variés et complémentaires pour évaluer la situation de la réussite au collégial (recommandation 1) ;
  • Revoir le cadre réglementaire de façon à permettre la poursuite d’études à temps partiel à la formation ordinaire en reconsidérant les conditions associées à ce statut d’études (recommandation 3) ;
  • Reporter la date limite d’abandon de cours (recommandation 4) ;
  • Examiner les dispositions ministérielles et les pratiques organisationnelles qui concourent à l’allongement des parcours étudiants et à déceler les obstacles qui pourraient être levés (recommandation 6).

Orientation 2:

Répondre aux besoins de la société et des personnes par des apprentissages pertinents et durables

Par cette orientation, le Conseil recommande « que la formation collégiale des années à venir soutienne l’acquisition de compétences du 21e siècle jugées essentielles dans la société d’aujourd’hui et de demain de même que le développement d’une culture générale solide de manière à permettre aux individus de s’épanouir et de devenir des agentes et des agents de changement dans leurs futurs milieux de travail et au sein de la société ; que la formation renforce une approche interdisciplinaire des apprentissages en vue d’habiliter les individus à analyser des problématiques complexes de la société actuelle. »

À cette fin, le Conseil émet des recommandations qui incitent la ministre de l’Enseignement supérieurà notamment :

  • Mettre en place un comité de travail qui veillera à définir un profil de sortie global de l’étudiante et de l’étudiant au collégial (recommandation 8) ;
  • Revoir les processus ministériels d’élaboration et de révision des programmes d’études (recommandation 9).

Orientation 3:

Accroître les options de flexibilité de la formation à différents niveaux d’intervention

Par cette orientation, le Conseil recommande « que soit trouvé un équilibre entre structure et flexibilité de la formation pour répondre à une diversité d’objectifs et de besoins et soutenir la réalisation d’une diversité de parcours. »

Dans ce but, le Conseil formule des recommandations qui incitent la ministre de l’Enseignement supérieurà notamment :

  • Soutenir financièrement les établissements d’enseignement collégial pour l’intégration d’options de flexibilité (recommandation 12) ;
  • Revoir les balises encadrant la formation générale complémentaire de façon à élargir l’éventail et le nombre de cours au choix offerts aux étudiantes et aux étudiants (recommandation 13).

Orientation 4:

Optimiser le déploiement de la formation collégiale

Par cette orientation, le Conseil recommande « que soit optimisé le déploiement de la formation collégiale par le renforcement de la synergie entre les collèges eux-mêmes ainsi qu’entre les collèges et les différents lieux d’apprentissage et les autres ordres d’enseignement. »

À cet effet, le Conseil émet des recommandations qui incitent la ministre de l’Enseignement supérieurà notamment :

  • Soutenir les collaborations entre les collèges et les milieux de travail (recommandation 16) ;
  • Autoriser le réseau collégial à concevoir des mécanismes de reconnaissance des acquis et des compétences et à le soutenir dans son entreprise, de façon à en élargir les possibilités à la formation ordinaire (recommandation 17).

Orientation 5:

Accompagner l’étudiante et l’étudiant dans le développement de l’autonomie nécessaire à sa responsabilisation éclairée dans la définition et la réussite de son projet de formation

Par cette orientation, le Conseil recommande « que les acteurs concernés se mobilisent pour accompagner l’étudiante et l’étudiant dans le développement de l’autonomie nécessaire à sa responsabilisation éclairée dans la définition et la réussite de son projet de formation. »

« Par l’ensemble de ces recommandations, le Conseil incite tous les acteurs concernés à mettre en œuvre des actions novatrices de façon à enrichir l’expérience éducative étudiante et l’arrimer aux nouvelles réalités. » affirme madame Habel.

Le Conseil offre un Coffre à outils où plusieurs outils complémentaires à l’avis sont disponibles.

Se tourner vers l’avenir

En concluant cet avis, le Conseil mentionne qu’au terme de ses travaux, il a pris connaissance du Plan d’action pour la réussite en enseignement supérieur 2021-2026 publié par le ministère de l’Enseignement supérieur en septembre 2021. Ce plan d’action met de l’avant plusieurs mesures qui recoupent les recommandations de l’avis et le Conseil appuie cette volonté d’agir sur des préoccupations partagées.

Avec tout le dynamisme qui les caractérise, déjà les collèges s’affairent à repenser, renouveler et actualiser l’expérience éducative qu’ils offrent tout en respectant leur cadre d’intervention. Cependant, le Conseil souligne que la mise en œuvre de ces initiatives prometteuses nécessitele soutien financier et surtout les changements législatifsadéquats.

Monique Brodeur, présidente du Conseil supérieur de l’éducation.

 

Dans cette foulée, la nouvelle présidente du Conseil supérieur de l’éducation (CSE), Monique Brodeur, prend le relai de Maryse Lassonde pour mener à bien les visées du Conseil qui considère que : « Concrétiser cette vision d’avenir est une responsabilité collective. Une mobilisation de l’ensemble du réseau collégial ainsi que des interventions à portée systémique sont nécessaires pour offrir une expérience éducative pertinente, riche et stimulante. »[i]


[i]https://www.cse.gouv.qc.ca/publications/experience-educative-nouvelles-realites-50-0553/ consulté le 3 août 2022.

Par Thérèse Lafleur, Portail du réseau collégial