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Le CTA, un centre technologique en vitesse de croisière




Une entrevue avec Pascal Désilets, directeur général du Centre technologique en aérospatiale (CTA) du Collège Édouard-Montpetit


 

En novembre dernier, le Centre technologique en aérospatiale rattaché au Collège Édouard-Montpetit était inauguré officiellement .Une nouvelle infrastructure de recherche et de développement de 30,000 pieds carrés. Un investissement de 12 millions de dollars dont 6 millions en équipements exceptionnels, dont certains uniques au Canada. À l'automne 2011, Le CTA s’est vu octroyer un programme de recherche en inspection des matériaux composites grâce à un appui financier de 2,3 millions de dollars accordé au collège Édouard-Montpetit par le Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada (CRSNG). Voilà deux évènements d’actualité d’envergure qui méritaient que le Portail rencontre son directeur général pour en savoir plus long.

Un Centre étroitement lié à l’ÉNA (École nationale d’aéronautique)
Le CTA est né en 1993. Pour Pascal Désilets, il n’y a pas de doute, L’ÉNA a joué et joue encore un rôle essentiel dans la vie du CTA : « Le Centre est né de l’ÉNA et il poursuit ses activités dans les domaines de l’ÉNA : Techniques en constructions d’aéronefs, techniques en maintenance d’aéronefs et avionique. C’est la base de notre expertise. Dans tous les domaines, on est appuyé par l’expertise développée à l’ÉNA. Les installations sont séparées, mais elles sont complémentaires. Notre laboratoire d’usinage est complémentaire des équipements de l’ÉNA. On ne duplique pas les équipements. Notre meilleur argument de vente a toujours été l’ENA. Une flotte de 32 avions, des hélicoptères, des bancs d’essai moteur, des souffleries, plein d’ateliers d’usinage, de nombreux laboratoires. C’est un joyau bien gardé avec un statut d’école nationale, la seule au Québec très liée avec l’industrie. Nous avons des laboratoires Pratt et Whitney, 7 moteurs Pratt et Whitney PT-6 utilisés dans les cours directement connectés sur la base de données de l’entreprise. Pour les jeunes, c’est de la vraie expérience sur des vrais moteurs. L’École est la plus grosse au monde dans son domaine avec 1,300 étudiants dédiés à l’aérospatiale, avec des infrastructures et des équipements d’une valeur de plus de 75 millions de dollars. En s’appuyant sur l’ÉNA, le Centre a accès à des professeurs en avionique, en construction, en maintenance d’aéronefs ».
 

Cette liaison étroite prend des formes variées : prêt de 6 professeurs de l’ÉNA libérés de leur enseignement pour travailler sur des projets du CTA. Une dizaine de professeurs participent annuellement aux projets. Des étudiants sont aussi engagés dans les équipes. Pour Pascal Désilets, tout le monde y trouve son compte : « les étudiants peuvent travailler sur des nouvelles technologies; les enseignants peuvent incorporer leurs travaux à leur enseignement. En aérospatiale, nous travaillons beaucoup sur les composites. Les professeurs qui travaillent avec nous incorporent leurs nouvelles connaissances dans leurs cours".

"Dans le cadre de la mise à jour des programmes de l’École, le Centre a collaboré au développement d’outils pédagogiques qui servent à l’enseignement. Par exemple, le Centre a mis au point des maquettes de petites souffleries où les étudiants peuvent apprendre les bases de l’aérodynamique en voyant le profilé, la fumée. Nous avons développé des maquettes de carburateurs d’avion en simulations interactives. Nous en sommes maintenant à exporter à d’autres écoles les outils que nous avons développés ».

Un centre branché sur les entreprises du secteur
Le Centre est un organisme à but non lucratif avec un conseil d’administration de 14 personnes dont 10 membres viennent de l’industrie et 4 du collège. Le secteur de l’aérospatial compte de gros joueurs. C’est un secteur dynamique. Le président du Conseil, M. Sylvain Larochelle, est directeur chez Pratt & Whitney Canada. Siègent aussi au CA des gens de Bombardier, Bell Helicopter, CMC Électronique, Héroux-Devtek, des gens des PME… « Ceci nous permet d’être très branchés sur les entreprises du secteur. Nos membres du conseil d’administration nous ouvrent beaucoup de portes » explique Pascal Désilets.
Le Collège compte 4 représentants : le directeur général du collège, un professeur, un représentant de la formation continue et le responsable des finances. « Nous avons une très bonne relation avec le collège. Nous utilisons plusieurs de ses services: finances, informatiques, et de paye. Le dg du cégep, Serge Brasset est aussi directeur de l’ÉNA, ce qui facilite les interrelations et la synergie. Serge Brasset est un directeur général très rassembleur, très motivant et très impliqué. Il a à cœur le développement de l’École et du Centre ».

Depuis 4 ans en collaboration avec l’ÉNA, le Centre organise un colloque annuel qui s’adresse aux professionnels de l’industrie. C’est le seul évènement du genre en aérospatiale qui fait des présentations en français avec des gens du milieu. Le prochain colloque (« Aérotechnique; Innovations et perspectives » se tiendra le 14 mars 2012. La participation à cette rencontre est en croissance constante. 

Des collaborations multiples avec les universités
Le CTA se démarque par le nombre de collaborations avec les universités. Pascal Désilets explique : « Il y a beaucoup de monde dans le secteur et aussi beaucoup d’argent investi en production. On parle de 12 milliards au Québec. C’est un secteur concentré : 30 kilomètres autour de Montréal. Plusieurs universités sont impliquées. Nous faisons partie du Consortium de recherche et d’innovation en aérospatiale du Québec (CRIAQ). Nous participons à des projets de recherche collaboratifs qui impliquent un minimum de deux entreprises et de deux centres de recherche. Un bon exemple : le projet d’analyse des avions en fin de vie. Menée par L’École Polytechnique de Montréal, l’université McGill, l’ETS et le CTA y participent. Ces partenaires uniront leur expertise pour étudier les meilleures façons de désassembler des avions en fin de vie, de façon sécuritaire et efficace tout en s’assurant de préserver au mieux la valeur de l’avion et de respecter les normes environnementales. L’avion sur lequel nous travaillons est logé ici".

Le programme de recherche en inspection des matériaux composites illustre les collaborations multiples avec les établissements universitaires : le programme de recherche est issu d’un besoin identifié par l’industrie, comme le démontre le grand nombre d’utilisateurs de technologies d’inspection des matériaux composites qui collaboreront au projet : Bombardier Aéronautique, L-3 MAS, Pratt & Whitney Canada, Héroux Devtek, Marquez Transtech, FDC composites et Delastek. Une équipe impressionnante sera mise à contribution pour mener à bien le programme de recherche. En effet, des experts du CTA et des professeurs de l’École nationale d’aérotechnique (ÉNA) formeront le groupe permanent de recherche. D’autres institutions y collaboreront, notamment par la participation d’une trentaine de stagiaires de l’École nationale d’aérotechnique (ÉNA), de l'École de technologie supérieure, de l'Université Laval, de l'Université Sherbrooke, de l'École Polytechnique de Montréal, et de l'Université Concordia. Enfin, le Groupe CTT, un centre de transfert technologique en textiles lié au Cégep de St-Hyacinthe, contribuera aussi à ce projet en travaillant sur la possibilité de produire un tissu en 3D afin que le textile utilisé pour la fabrication de matériaux composites soit mieux adapté à la forme désirée.

Le CTA est doté de trois centres d'usinage à cinq axes ou plus. Deux d'entre eux visent principalement la fabrication des pièces de stuctures d'avions. Un troisième, acquis dernièrement, est un centre d'usinage Mori Seiki à 9 axes qui peut fabriquer des pièces d'atterissage ou de moteur d'avion en un seul montage.


Les collaborations avec d’autres CTTT du réseau collégial.
Le CTA favorise aussi les collaborations avec les autres CCTT du réseau TransTech. À titre d’exemple, le Centre de robotique et de vision industrielle du Cégep Lévis-Lauzon a ses bureaux dans les locaux du Centre. Plusieurs projets ont été réalisés conjointement en automatisation. « Nous conjuguons nos expertises pour faire avancer des projets. Il y a aussi des collaborations avec le Centre du Cégep de Saint-Jérôme dans le domaine des composites avec le souci de travailler en complémentarité » explique le directeur général.

Le CTA, pépinière d’entreprises
« Des entreprises louent des locaux pour développer des produits; ce qui permet la collaboration des spécialistes du Centre. Par exemple : THS a développé des technologies d'inspection des câblages des aéronefs. Ils ont pu utiliser les équipements et les avions du Centre et ceux de l’ÉNA pour tester leurs produits. Autre exemple : MSB design a été fondé par un professeur et un technicien qui ont monté leur entreprise dans les locaux du Centre pour ensuite s’installer à Boucherville. L’entreprise compte maintenant une centaine d’employés ».

« Nous sommes chanceux »
De 2004 à 2012, le Centre a connu une croissance importante, passant d’un chiffre d’affaires de 100,000$ à 2,5 millions en projets industriels. Le Centre a développé une stratégie de développement qui va lui permettre de perdurer et de mieux traverser les périodes plus difficiles que peut rencontrer le secteur. Pascal Désilets conclue : « nous sommes chanceux : nous avons connu une belle croissance; nous avons obtenu des investissements significatifs; nous sommes en bonne synergie avec l’ÉNA et le collège; nous sommes interreliés avec plusieurs organismes tant du secteur industriel que de recherche. Nous sommes toujours en mode collaboratif tout en maintenant un souci constant du respect des compétences des autres, c’est une de nos marques de commerce ».

Entrevue réalisée par Alain Lallier, le 9 février 2012



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