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Entrevue réalisée par Marie Lacoursière avec madame  Suzanne Filteau, enseignante au Cégep Marie-Victorin.

Nous avons rencontré Madame Suzanne Filteau, enseignante au Département de design de mode du Cégep Marie-Victorin. En début de carrière elle réalise la difficulté d’évaluer la créativité. Lors de ses études à la maîtrise en éducation et après avoir lu sur la question de l’évaluation de la créativité, elle constate qu’effectivement, le concept même de créativité doit être clarifié. Elle décide d'en faire le sujet de son mémoire de recherche. Elle réalise dans un premier temps  que tous les êtres humains ont la capacité d’être créatifs et qu’il est possible  d'accroître la créativité.  L'éducation, l'apprentissage, les découvertes personnelles et l'expérience sont des facteurs qui font en sorte que nous développons tous des personnalités uniques et différentes. Un sondage exploratoire auprès d'étudiants et d'enseignants lui confirme que la créativité ne veut pas dire la même chose pour tout le monde. Pour elle, l'élaboration de cette recherche n'a pas été sans embûches. Plusieurs personnes exprimaient du scepticisme et ne comprenaient pas le bien-fondé d'étudier le concept de créativité. Si cette recherche peut servir à quelqu’un d’autre qu'à moi, tant mieux, se disait-elle. Nous avons échangé avec elle.

ML Votre projet de recherche a nécessité beaucoup de ténacité n'est-ce pas ?

SF J’ai persévéré parce que je voulais moi-même comprendre. Mes étudiants me demandaient : l’innovation et la créativité, est-ce pareil? Est-ce que la pensée créatrice et la créativité, c’est la même chose? Est-ce que la pensée convergente et la pensée créatrice sont de même nature? Je ne savais pas toujours quoi répondre. La réflexion sur le concept de créativité s’avérait fondamentale et venait de bien loin. Toute petite, j’en parlais déjà avec ma mère. Je me suis donc inscrite à la maîtrise et j'ai finalement choisi Madame Marie-Hélène Guay comme directrice afin de travailler à la clarification du concept. Après une revue extensive de la littérature sur la créativité, un modèle s’est imposé. Comme le dessin est important pour moi, pour essayer de comprendre, je dessinais, je faisais des bulles qui créaient des intersections. Finalement, un modèle intégrateur de la créativité a surgi.L'étude que j’ai menée porte ses fruits et peut servir en quelque sorte d’assise. Ce modèle est actuellement testé dans le Département de design de mode du Cégep Marie-Victorin. Il permet, entre autres, une meilleure planification de l'enseignement de la créativité dans les cours visés.

ML: Beaucoup d’auteurs s’entendent pour dire que le terme « créativité » est très difficile à définir. Il existe de la confusion quant à l’utilisation du terme. La créativité c'est quoi  ?

SF  La créativité est un système composé de cinq éléments distincts, intereliés et formant un tout. Ces cinq éléments sont la personne, le processus, le produit, la période et la place (l’environnement) (aussi appelés les 5P). » Vous retrouverez l'information précise à la page  68 dans mon mémoire de maîtrise.Pour être créatifs, les individus doivent développer des habiletés cognitives, affectives, motivationnelles et sensorielles; et tous les êtres humains ont la capacité d’être créatifs. L’éducation, l’apprentissage, les découvertes personnelles, l’expérience et l’environnement sont des facteurs qui font en sorte que les individus développent des personnalités uniques et différentes. L’ensemble de ces facteurs influence le développement de la créativité et s’inscrit adéquatement dans le modèle complet de la créativité. qui découle de sa recherche. Intégrer le modèle et la référence.

ML: Est-ce que les étudiants qui arrivent chez vous dans le programme de design de mode sont tous créatifs?

SF: Il est certain qu’en design de mode, la création est primordiale, et je pense ne pas me tromper en affirmant que les étudiants qui arrivent dans les programmes au collégial sont tous créatifs à la base. Certains ont moins exploité cette qualité. Généralement, une majorité d’ étudiants manifestent des qualités créatives. Par contre,certains estiment qu’ils sont déjà hautement créatifs, et ce n’est pas toujours le cas. Les étudiants manifestent souvent des difficultés à dépasser le geste lié à la première idée. Nous devons alors les aider à développer davantage leurs idées afin qu'ils exploitent au maximum la créativité.

ML: Quel est le cours porteur de la créativité dans votre programme en design de mode?

SF:Il y a 2 façons d’envisager le développement de la créativité. Lors de l'évaluation récente de notre programme, nous aurions pu choisir un cours porteur mais, après mûre réflexion, nous avons opté pour un enseignement décentralisé, c'est-à-dire que la créativité est développée dans plusieurs cours. Le modèle de créativité est d'abord présenté dans le cours d’initiation à la mode « Exploration mode », le cours qui sert d’assise à la confirmation de choix professionnel à la fin de la première session. Ce modèle permet également un meilleur consensus quant à la définition de la créativité auprès des enseignants et des étudiants, tout au long de la formation. La personne utilise un processus créatif pour créer un produit qu’on espère créatif dans un environnement donné et dans une période donnée. Il le fait grâce à la pensée créatrice. La personne peut travailler la créativité toute seule ou en alliance avec des gens différents d'elle, afin d'unir différentes forces personnelles. Le modèle permet donc de travailler le concept de la créativité à travers différents cours, et ce, tant au niveau du processus que de la réalisation du produit. Nous abordons ainsi les différents aspects de la créativité à travers des interventions ciblées et coordonnées. Il est ainsi reconnu comme principe intégrateur et nous testons présentement son utilité en design de mode. Nos attentes sont plus précises et nos actions sont mieux coordonnées. L'an passé, les reprises de sessions compressées  à cause de la grève étudiante ont ralenti nos travaux. L'expérimentation doit cependant se poursuivre. C’est un travail de longue haleine qui se conjugue sous forme de défis. La créativité est reconnue chez nous comme un des principes fondamentaux de la formation et un fil intégrateur dans le programme, et ce, durant les trois années de formation. Nous avons même imaginé que nos étudiants de troisième année viendront éventuellement expliquer le concept de créativité aux nouveaux venus de première année. Le modèle ne correspond pas à une recette à suivre. Il sert de guide et permet d’avoir un meilleur consensus d’équipe et de mettre tous les éléments du concept de créativité en ordre.

ML: Est-ce que ce modèle fait des petits dans le réseau?

SF: C’est difficile à dire, car je ne suis pas toujours en mesure de savoir qui l'utilise.Quand je fais des conférences dans les cégeps, la réception est toujours très positive. De plus, j’ai eu la chance d’aller présenter le modèle à Barcelone au colloque International Congress of UniversityTeaching and Innovation par le biais d’une affiche très visuelle. Les congressistes venaient me voir pour me manifester leur intérêt et la compréhension qu’ils en avaient. J'ai d'ailleurs eu l'honneur de gagner le concours d’affiche. J’ai également fait une conférence très bien reçue au Nouveau-Brunswick.
Ce modèle peut certainement être utilisé dans plusieurs disciplines ou programme.

ML: Nous sommes passés d’une ère industrielle à une ère de créativité. Les collèges devraient-ils faire de la créativité une marque de commerce?

SF:« C’est une excellente question. Nos étudiants devront  trouver des solutions à de nombreux problèmes. Si certains cégeps misent sur les bienfaits du sport-études ou offrent un profil entrepreneurial,  pourquoi ne pas aussi offrir un profil où la créativité serait mise de l'avant? Je pense bien que cela n’existe pas. Le modèle de créativité pourrait servir d'assise, mais attention, il demeure théorique. Il permet de comprendre ce qu’est la créativité, mais il faut continuer à réfléchir à la mise en œuvre de la créativité, ce que le modèle ne permet pas nécessairement. Comment faire pour générer plus d’idées, de meilleures idées et comment les mettre en production selon de nouveaux principes? En réalité: comment faire autrement?

Malheureusement, trop souvent la créativité a une connotation artistique. Il faut cependant se défaire de ces liens trop facilement établis entre la créativité et le côté artistique. La créativité est aussi nécessaire en mécanique du bâtiment qu’en arts plastiques. Il existe de multiples façons de trouver des solutions innovantes, d’aborder les défis et les contraintes de notre siècle et, si un cégep (peu importe les programmes qu'il offre) fait de la créativité sa marque de commerce, je pense qu'il attirera plusieurs étudiants. D'ailleurs, il suffit de penser aux différentes offres d’emploi : le mot créatif est conjugué à toutes les sauces. La créativité et la résolution de problème sont des leitmotivs, peu importe le type d'emploi.

La créativité pour moi, c’est une passion, ça correspond au développement optimal de la personne. Elle fait partie des compétences situées dans le haut de la pyramide de Maslow. Sa compréhension et son intégration comme habileté fondamentale génèrent de grands changements chez la personne comme dans la société. Il faut donc à mon avis amener les étudiants au dépassement d'eux mêmes, c'est-à-dire à devenir plus créatifs.
Je serai toujours très heureuse de présenter et d'expliquer le modèle que j'ai développé et que j'espère continuer à partager. »
 

Entrevue réalisée par Marie Lacoursière, édimestre pour le Portail du réseau collégial.





 
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