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Le CIRADD : le parti-pris du développement durable régional



Entrevue et dossier préparés par Alain Lallier, Éditeur en chef, Portail du réseau collégial

 

 


 

 

 

 

Entretien avec David Bourdages, directeur général du Centre d’initiation à la recherche et d’aide au développement durable (CIRADD), affilié au Cégep de la Gaspésie et des Îles

 

 

Un angle d’approche différent
Le CIRADD se démarque des autres CCTT par l’angle qu’il prend pour aborder l’innovation. « À la base, l’innovation n’est ni technologique ni sociale, mais une nouvelle idée, une adaptation nouvelle qui est mise de l’avant. Elle peut être une technologie, un procédé, une façon de faire plus sociale. Au CIRADD, notre angle est l’innovation sociale, le changement de culture, de pratique. L’idée s’inscrit dans le comment peut-on innover dans nos façons de faire, et ce, dans une perspective de développement durable et régional », explique d’entrée de jeu David Bourdages. Parmi les thèmes sur lesquels le centre travaille, notons entre autres le développement social, l’employabilité, le développement intersectoriel en milieu rural, l’aménagement du territoire.

Une implication marquée des étudiants
Même si tous les CCTT ont dans leur mission d’avoir un impact sur l’enseignement, le CIRADD se distingue par une implication marquée des étudiants du cégep dans ses activités. Pour David Bourdages, dès l’origine, le CIRADD entendait tout faire afin que l’expertise du collégial puisse être mise à la disposition du milieu et des collectivités pour les aider à s’orienter vers un développement plus durable. « L’expertise du cégep, ce sont des enseignants; mais ce sont également les étudiants qui, à l’intérieur des cours au départ, menaient l’ensemble des projets soutenus et encadrés par des enseignants et cela se fait toujours. Nous avons balisé cette pratique innovante dans une formule que nous avons appelée "le module d’aide aux collectivités".

(...) Avec le temps, le processus s’est transformé et amélioré. Il a changé de couleur pour s’adapter aux réalités de l’enseignement, aux besoins du milieu et aux réalités du CIRADD devenu CCTT en 2010. En dépit de ces évolutions, nous avons toujours gardé un lien privilégié avec l’enseignement dans le cadre de projets d’intégration des acquis en sciences humaines et en sciences de la nature. Les projets doivent répondre à un besoin réel du milieu, impliquer un partenaire prêt à recevoir les résultats. Ce sont les étudiants qui réalisent les projets. Dans la plupart des CCTT, les étudiants soutiennent les chercheurs. Nous inversons cette dynamique dans cette pratique. Chez nous, ce sont les étudiants qui sont les chercheurs et ce sont les enseignants et le Centre collégial qui soutiennent les étudiants. »

La performance du Cégep à l’échelle du Canada
Le Cégep de la Gaspésie et des Îles s’est classé 2e en 2015 et 5e en 2016 au palmarès canadien des collèges en recherche. Comment expliquer une telle performance de la part d’un établissement de taille modeste ? Un des critères du classement demeure le volume de contrats en dollars. À ce chapitre, c’est la force des autres CCTT rattachés au cégep (Mérinov et Technocentre éolien) qui y contribuent. Bien sûr, le CIRADD obtient des subventions et des contributions du milieu pour ses recherches. Mais c’est l’indicateur de la participation des étudiants aux activités du CIRADD qui est marquant pour le classement du cégep. « Même si le CIRADD est le plus petit des trois CCTT, plus de 26 personnes travaillaient au centre en 2017 avec un chiffre d’affaires de près d’un million de dollars. Au total, les trois centres engagent plus de 200 experts. C’est considérable pour une région comme la Gaspésie. C’est surtout la synergie de ces trois unités de recherche et leurs interrelations avec le cégep et avec le milieu qui ont permis un tel classement. »

L'équipe du CIRADD



Le Cégep reconnu comme centre UNEVOC
Le collège est reconnu comme centre UNEVOC, — rattaché à l’UNESCO — un réseau international de collèges et d’instituts similaires qui développent l’enseignement professionnel et technique. Le Cégep s’est positionné dans ce réseau d’environ 200 centres au niveau du développement durable entre autres à partir de la recherche qu’il fait dans ses trois unités et de l’enseignement qu’il est capable de développer avec cette recherche.

« Nous terminons actuellement une recherche sur l’impact de l’engagement dans les communautés des instituts et collèges. C’est un projet que nous avons fait en collaboration avec cinq autres centres dans le monde, Philippines, Grenade, Brésil, Tunisie, Sénégal et Canada. L’étude a permis de rejoindre 60 centres UNEVOC dans le monde et 40 pays différents. C’est lié à notre expertise en développement durable régional. »

Des réalisations
Parmi les nombreuses réalisations du centre, le directeur général souligne un chapelet de projets entourant les recherches sur les communautés gaies et lesbiennes en milieu rural. Le projet est né d’un maillage avec une association locale en création qui voulait mieux comprendre la réalité de la communauté dans la région toujours dans une volonté d’inclusion, de valorisation et de lutte à l’exclusion sociale. « Ces réalités communautaires peuvent avoir des impacts économiques sur les régions. Nous sommes en pénurie de main-d’œuvre en Gaspésie et dans l’ensemble du Québec. L’idée était de travailler de façon objective et d’augmenter les connaissances. Pendant trois ans, trois projets étudiants ont été menés dans le cadre du module d’aide aux collectivités. Ces projets ont permis l’élaboration d’un projet de portrait d’une région rurale, la Gaspésie et les Îles -de-la-Madeleine. La chaire de recherche contre l’homophobie de l’UQAM nous a signifié qu’il s’agissait potentiellement de la première recherche en milieu rural au Canada. Cette étude a permis d’améliorer la compréhension de la dynamique de cette communauté, pour elle et avec elle, et de la région et nous a permis de développer des pratiques innovantes. Nous sommes en attente de financement pour développer des outils supplémentaires se rapportant à la concrétisation des suites. »

Recherche appliquée
Développement d’indicateurs – stratégie régionale d’attraction
Projet complété (mars 2013) - L’enjeu de la démographie s’est imposé au cours des dernières décennies. Il est devenu important pour les différents intervenants de la Gaspésie et des Îles-de-la-Madeleine que la région soit proactive et innovante afin de devenir une destination de choix pour les Québécois, les Canadiens et les immigrants internationaux qui veulent y élire domicile.



Un OBNL en multiples interactions avec le Cégep


Le CIRADD est hébergé jusqu’à maintenant au sein de la bâtisse du campus du cégep à Carleton-sur-Mer. Pour David Bourdages, même si le centre est un OBNL indépendant avec son propre conseil d’administration, il est important qu’il maintienne des relations harmonieuses avec le cégep et ses autres partenaires. « Nous ne sommes pas orientés enseignement, mais orientés innovations vers l’enseignement, affirme-t-il. Comme toute forme de collaborations, la question de la régularité et de la continuité des communications est importante. Nous avons des comités où les trois centres sont représentés. Le Cégep met également de l’avant le développement de la recherche dans ces trois CCTT, mais aussi plus largement. Il y a un engagement des deux côtés. Dialogue, ouverture et synergie sont des mots clés pour nous. Nous gardons toujours l’accent sur le développement de l’enseignement, mais également sur le développement de la région puisque le Cégep est un intervenant majeur dans le développement régional au niveau de l’enseignement et de l’innovation et que les attentes du milieu sont importantes. »

Un projet : la maison du CIRADD
Le CIRADD mise présentement sur un projet d’infrastructure qui lui offrirait les espaces suffisants à son développement. Le projet consiste à mettre en place un HUBS d’innovation intégrée. « Nous voulons disposer d’un chapelet de lieux et d’organismes capable de stimuler l’innovation de façon large au niveau des entreprises, mais également des citoyens. Nous avons au Canada un système qui développe les jeunes dès le bas âge en hockey. Au niveau de la recherche, nous commençons vers 18 ans. C’est à notre avis trop tard. Il faut amorcer le développement de l’esprit créatif dès le primaire et au secondaire. Cela permettrait d’avoir des chercheurs qui travailleraient de façon plus interdisciplinaire. Les HUBS visent à décloisonner la recherche et l’innovation des entreprises économiques vers les citoyens. La Maison du CIRADD pourrait être ce mixte entre les fonctions du développement durable et celles liées à la créativité, l’innovation citoyenne et en entreprises. La Maison jouerait alors un rôle de levier pour l’émergence de la créativité et de l’innovation. Ce projet permettra de lancer le centre dans un deuxième cycle de développement. »

 



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