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Pour une meilleure intégration professionnelle des immigrants



Un échange avec M. Thomas Gulian

L’Institut de recherche sur l’intégration professionnelle des immigrants (IRIPI) fait partie des centres collégiaux de transfert de technologie en pratiques sociales novatrices. En 2009, le gouvernement du Québec faisait un appel de projets pour la création de centres collégiaux en innovation sociale. Le Collège de Maisonneuve a déposé sa candidature dans le domaine spécifique de l’intégration socioprofessionnelle des personnes immigrantes. Madame Hélène Brassard, gestionnaire d’expérience, coordonnait à l’époque le Service de coopération internationale du Collège. C’est sous sa direction que le centre IRIPI a vu le jour. Un constat indiquait à l’époque que les diplômés d’origine immigrante de certains programmes avaient plus de problèmes à s’insérer dans le marché du travail. Ce constat demeure encore valable aujourd’hui et rejoint les résultats de plusieurs recherches scientifiques sur ce sujet. Marie Lacoursièren échange avec monsieur Thomas Gulian, actuel responsable de l’Institut.

Innover pour créer des pratiques novatrices et améliorer l'intégration                     À titre de CCTT, l’IRIPI n’intervient pas directement auprès des personnes immigrantes. D’autres le font. Il s’applique plutôt à créer des pratiques novatrices pour améliorer l’intégration professionnelle de ces personnes. « Nous le faisons par le biais de projets en partenariat avec différents acteurs du domaine, de préciser Thomas Gulian. Comme l'ensemble des CCTT, notre mission comporte trois volets : la recherche appliquée, le soutien à l’innovation et la formation sur mesure. Depuis 2009, nous avons mené des dizaines de projets. »

La gestion de la diversité  
Le premier axe d’action de l’Institut touche la gestion de la diversité. Elle se rapporte aux pratiques, aux différents outils, aux savoir-faire qui permettent une meilleure intégration des immigrants au milieu du travail. « La question repose sur la façon dont les entreprises peuvent tirer parti de ces compétences. Pour cela, nous travaillons ensemble à l’amélioration de leur processus de gestion des ressources humaines, c’est-à-dire l’élaboration d’outils d’embauche, d’accueil et d’intégration qui soient adaptés à la variété des profils issus de l’immigration. Nous abordons également les questions se rapportant à la rétention, l’évaluation et la promotion du personnel et généralement à la gestion des équipes diversifiées, Nous créons des canevas d’entrevues restructurés en fonction de leurs besoins, des tests de sélection et d’embauche sur mesure, des mises en situation, qui s’appliquent à l’ensemble du personnel en évitant les biais qui peuvent conduire à écarter les candidatures des personnes immigrantes. »

Cibler les conseillers à l’emploi et les conseillers d’orientation
Le second axe de l’institut concerne l’accompagnement à l’emploi. Dans ses interventions, L’IRIPI cible l'ensemble des acteurs qui conseillent la personne immigrante jusqu’au moment de son arrivée en milieu de travail. À titre d’exemple, l’IRIPI collabore avec une fédération d’organismes communautaires à la création d’outils qui peuvent être mis à la disposition de ses conseillers à l’emploi.

En 2013, l’institut a terminé un projet où furent créés plusieurs outils pour accompagner les personnes immigrantes dans les premières semaines de leur insertion dans leur nouveau milieu de travail. Ces outils permettaient par exemple de mieux évaluer, diagnostiquer les problématiques qui peuvent se présenter dans la relation avec l’employeur. « Ce type de projets donne des suites. Ils constituent d'intéressantes recherches-action, parce qu’ils supposent l’implantation de changements dans le milieu qui l’expérimente. Nous sommes quelques fois interpellés pour ajuster ce changement en fonction des retours que nous avons du terrain. Il en va de même dans les cas de gestion de la diversité. Les acteurs nous demandent de rester dans le milieu pour les accompagner un peu plus loin dans le changement envisagé et cela peut même donner lieu à des projets de formation sur mesure. »

 En éducation, les préoccupations au regard de l’interculturalisme rejoignent la pédagogie, l’inclusion en milieux scolaires, la persévérance, notamment autour de la question des stages.Nous finalisons actuellement, un projet relié à l’intégration professionnelle des immigrants de certains programmes techniques. Par l’analyse des taux de placement et des contacts qu’ils avaient avec les professeurs, nous avons remarqué qu'un grand nombre de diplômés peinait à trouver un emploi. Nous avons donc mis en forme et présenté des clés utiles à la recherche d’emploi en développant, avec les intervenants du Collège, des approches d’accompagnement efficaces à la préparation, à la réalisation et à l’évaluation du stage. Les diplômés font leur expérience, un tremplin vers une recherche d’emploi plus générale. Le projet repose sur une approche inclusive et s’applique également à d’autres clientèles étudiantes. Thomas Gulian avoue que le centre est très sollicité. « Les besoins sont importants et les enjeux autour de l’immigration le sont également. La politique d’immigration dernièrement parue identifie l'ensemble des acteurs et des intervenants qui ont des besoins en matière de pratiques sociales novatrices, et notre rôle c’est de les aider. »

Des acteurs et des partenaires très variés
L’IRIPI travaille principalement avec les PME, les associations d’employeurs, Emploi-Québec, avec le secteur parapublic : les réseaux de l’éducation, de la santé et des services sociaux. « En santé, le manque de main-d’œuvre nous amène à travailler les processus d’intégration des infirmières diplômées hors Québec. Nous collaborons également avec les ordres professionnels, les organismes communautaires publics, privés et parapublics. Les acteurs avec lesquels nous intervenons sont très variés. »
Les défis de l’organisation ne manquent pas

Le centre fonctionne par projets. Deux types de financement s’appliquent. « Nous fonctionnons par contrats, ententes de services, octrois de subventions scientifiques ou fonds de recherche. Les organisations avec lesquelles nous travaillons n’ont pas toujours les sommes requises pour le type d’accompagnement demandé. La recherche du financement adéquat demeure dans cette situation, comme dans bien d’autres secteurs, le nerf de la guerre. »

Des enjeux qui évoluent rapidement
Les enjeux concernant l’immigration évoluent et requièrent une mise à jour constante des connaissances et des façons de faire. « Dans cette perspective, les chercheurs qui collaborent avec l’IRIPI sont proactifs. Ils sont de près ou de loin membres d’équipes de recherche, ce qui leur permet d’établir le lien entre les connaissances scientifiques de pointe et les besoins des partenaires sur le terrain. »

Un lien important avec le Collège de Maisonneuve
Thomas Gulian confirme que l’Institut a un lien extrêmement fort avec le Collège. L’IRIPI est un service du Collège. « Nous avons un impact sur l’enseignement. Nous accueillons chaque année une dizaine de stagiaires des programmes de sciences humaines ou de techniques de documentation du collège. Nous organisons des stages d’initiation à la recherche. Les étudiants complètent les connaissances acquises en cours avec nos chercheurs. Ils participent à plusieurs projets, accompagnent les chercheurs sur le terrain pour comprendre comment se fait une entrevue, une analyse de données; ils assistent à des réunions avec des partenaires et réalisent de ce fait ce qu’est la recherche partenariale. Le travail des chercheurs de l’IRIPI ne porte pas spécifiquement sur l’enseignement mais, ensemble en équipe, nous transférons nos connaissances aux étudiants d’une autre façon et cela est important pour nous. »

La participation des enseignants du collège
Cette année, cinq enseignants ont été dégagés pour participer aux projets du Centre. Ils proviennent des programmes d’administration, de sciences sociales, de criminologie, de psychologie. « Cela fait partie des indicateurs sur lesquels un CCTT est évalué. Nous avons la chance de travailler dans un grand collège. Ceux et celles qui se joignent à nous complètent l’expertise de nos équipes de recherche qui sont très dynamiques. Leur expérience en entreprise, souvent dans des postes d’intervention, constitue un atout des plus positifs. Certains sont des enseignants qui sont chercheurs dans des institutions universitaires et qui ont l’habitude de la recherche partenariale. Nous sommes fiers de cette compétente équipe de collaborateurs. »

Impact sur l’établissement
Les priorités de l’IRIPI s’insèrent dans les axes du plan stratégique du Collège de Maisonneuve. « Nous travaillons sur la question du rapprochement et des liens à créer entre la recherche et l’enseignement. Au-delà d’accueillir des enseignants et des étudiants stagiaires, l’IRIPI contribue à plusieurs comités se rapportant à l’éthique de la recherche et de l’interculturel. Cette année, pour la première fois, nous avons organisé une journée institutionnelle de la recherche à laquelle sont conviés les enseignants chercheurs du collège, le personnel du CCTT, les techniciens et ceux qui font de l’innovation. »

Être au carrefour du savoir et des technologies
Le Collège de Maisonneuve joue un rôle significatif à l’externe. « Grâce à ses nombreux liens avec les organismes collaborateurs, l’IRIPI participe activement au positionnement du Collège de Maisonneuve à titre de « Carrefour du savoir et des technologies » au service de partenaires externes, entreprises ou autres organisations, qui peuvent être amenés à travailler avec lui. »

Entrevue et texte réalisés par Marie Lacoursière, édimestre au Portail du réseau collégial





 
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