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Pour la responsabilité sociale et l’écocitoyenneté




Entretien entre Marie Lacoursière et Élise Tousignant, directrice de la formation continue au Collège de Rosemont depuis la fin de 2013. Madame Tousignant assume également, depuis mai 2015, la direction du Centre d’étude en responsabilité sociale et écocitoyenneté (CÉRSÉ) un centre collégial de transfert technologique spécialisé dans le domaine du développement durable.

 


Le Collège de Rosemont a une longue histoire en matière d’initiatives en lien avec l’environnement, le développement durable et l’implication citoyenne.  Ses réalisations ont amené à la reconnaissance officielle du ministère de l’Éducation, de l’Enseignement supérieur, de la Science et de la Recherche en mars 2010 du CÉRSÉ en son sein. Dès les années 70, le service à la collectivité du collège offrait des cours et encourageait des partenariats avec la communauté pour développer des compétences citoyennes. Il fut le premier établissement à avoir une politique d’intégration interculturelle et un intervenant social dans ce domaine. « Beaucoup de travail a été fait avec le quartier Rosemont–La Petite-Patrie, reconnu comme un quartier à l’avant-garde en matière d’initiatives en développement durable, explique madame Tousignant. Des enseignants se sont impliqués dès 1975 pour créer le cours multidisciplinaire et visionnaire, Pollution, énergie Avenir de l’homme. Tout est donc parti de la base, des enseignants et du personnel engagés envers l’environnement et le développement durable. »

C’est d’ailleurs à l’initiative d’un enseignant du Collège, monsieur Robert Litzler, maintenant retraité mais toujours actif, qu’a été créée l’Association québécoise pour la promotion de l’éducation relative à l’environnement (AQPERE), qui a toujours logé au collège. L’organisme a joué un rôle déterminant dans l’intégration de l’éducation relative à l’environnement à l’école dans le cadre de la réforme scolaire du Québec.

La mission du CÉRSÉ
Comme tous les centres collégiaux de transfert technologique, le CÉRSÉ a une triple mission : recherche appliquée, aide technique aux entreprises et organisations et information/formation/diffusion. Grâce à une approche basée sur la recherche appliquée, le centre cherche à comprendre les leviers, les freins et les processus associés aux changements de comportements et de pratiques en matière de développement durable.

« Tout ça se décline à travers des champs d’expertise que nous privilégions et qui se situent au carrefour des aspects environnementaux, sociaux et économiques : acceptabilité sociale, conception d’outils novateurs en développement durable, démarches collaboratives, éducation au développement durable et à l’écocitoyenneté, mobilisation et concertation des parties prenantes, politiques d’approvisionnement responsable et de développement durable, réalisation d’études, d’enquêtes, de portraits et d’évaluation de programmes. À titre d’exemple, nous avons mis à profit les techniques de mobilisation, de sensibilisation et de concertation que nous avons développées auprès de groupes communautaires pour la mise sur pied de jardins collectifs. Développer le pouvoir d’agir peut amener des changements de comportements positifs pour le développement durable. »

Aider les entreprises à se doter de politiques et à agir de façon responsable
Dans le cadre de ses activités d’aide technique, le CÉRSÉ appuie les entreprises et organisations qui veulent se doter d’une politique de développement durable ou d’approvisionnement responsable, comme ce fut le cas avec les Corporations de développement économique communautaire (CDEC) du Québec. « Notre Collège sert de laboratoire puisque nous avons été parmi les premiers à nous être dotés de telles politiques dans le milieu collégial. Nous avons mis sur pied des comités de concertation en développement durable afin de tester des méthodes, des moyens ou des actions, pour les partager par la suite avec les collectivités rapprochées, et même plus éloignées puisque le CÉRSÉ a un mandat d’envergure québécoise. Un nombre important de cégeps sont maintenant reconnus comme cégep vert, et nous nous en réjouissons; le Collège Rosemont a été un précurseur et il doit continuer à se distinguer par l’innovation sociale », confirme la directrice du CÉRSÉ.

Contribuer au développement de la formation collégiale
À l’écoute des utilisateurs potentiels des résultats de ses recherches et de son expertise, le CÉRSÉ répond à des besoins concrets exprimés par ses derniers. Ainsi, une enseignante de psychologie du Collège de Rosemont qui souhaitait développer des activités de développement durable pour ses étudiants et étudiantes en stage dans des centres de petite enfance fut appuyée par une des conseillères du centre. Elles ont développé et expérimenté des fiches d’activités qu’elle utilise dans le cadre de son cours Enfance et adolescence. Le résultat de leur travail sera publié par l’Association québécoise de pédagogie collégiale (AQPC) dans un guide pour l’intégration du développement durable dans l’enseignement collégial. Dans la même veine, un travail d’accompagnement se fait avec le département de techniques administratives et l’Institut universitaire technique de Belfort-Montbéliard en France, par lequel un profil de gestionnaire écocitoyen a été développé. Madame Tousignant précise : « Nos partenaires français sont venus nous visiter l’automne dernier pour une deuxième fois et nos pédagogues sont aussi allés en France l’année dernière. Nous avons développé ensemble un langage commun sur le développement durable, identifié les compétences dans nos cursus respectifs en techniques administratives et gestion de commerce auxquelles des contenus en développement durable pouvaient être associés et nous sommes maintenant à développer des fiches d’activités pédagogiques pour les enseignants. »

Les initiatives citoyennes d’appropriation de l’espace habité
Le CÉRSÉ travaille présentement à des recherches sur l’impact des initiatives citoyennes d’appropriation de l’espace habité sur le pouvoir d’agir, qu’on appelle aussi empowerment, des individus et des collectivités. « Nous parlons ici de la mise en place de jardins communautaires, d’espaces ce vie, d’initiatives de collecte de fruits d’arbres non exploités sur des terrains publics ou privés pour les distribuer à des banques alimentaires ou les rendre disponibles à des citoyens moins fortunés ou l’aménagement de ruelles vertes. Nous avons dans ce sens un projet de recherche en partenariat avec Lande, un organisme visant la réappropriation des terrains vacants à Montréal, et la Société de développement environnemental de Rosemont (SODER). Par ce genre d’initiatives, nous cherchons à comprendre comment se développe le pouvoir d’agir des citoyens. Nous croyons que cela sera vraiment utile pour les collectivités, les arrondissements, les villes et les municipalités de bien comprendre comment se développe ce pouvoir d’agir et à quel moment et comment les organisations devraient ou non les soutenir. De plus en plus, les citoyens veulent être consultés, pris à partie et impliqués. Ils ont des idées novatrices. C’est une immense richesse qui doit être mise à contribution. Il s’agit là d’un axe de recherche passionnant pour le CÉRSÉ. »

L’entrepreneuriat social
La question large de l’entrepreneuriat social constitue également un important axe de recherche du centre. Les entrepreneurs sociaux sont des gens qui cherchent à répondre à des problèmes ou besoins sociaux par le biais de l’entrepreneuriat. Ces besoins peuvent être dans tout type de domaine, comme le transport ou l’accès à une alimentation de qualité. « Nous menons un projet avec un incubateur d’entrepreneurs sociaux de Montréal afin de tracer le portrait de l’entrepreneur social. Ceci aidera notre partenaire à savoir comment recruter et répondre aux besoins de ces innovateurs sociaux de premier plan.» Ce sont des exemples d’axes de recherche très importants et porteurs pour le CÉRSÉ qui nous animent et nous mobilisent énormément. Les centres collégiaux de transfert technologique ont tous leurs créneaux novateurs et uniques. L’appui à l’innovation dans les organisations et les PME est au cœur de la mission de nos centres. »

Les aspirations du CÉRSÉ
Après cinq années d’existence, le CÉRSÉ entend confirmer ses créneaux d’excellence, faire valoir son expertise en s’y concentrant, développer sa visibilité à l’intérieur et à l’extérieur de ses réseaux naturels. «Nous voulons définitivement devenir un incontournable, une référence en recherche appliquée et aide technique en responsabilité sociale des entreprises et en écocitoyenneté. Nous avons beaucoup travaillé au niveau de notre communauté et en milieu urbain montréalais. C’est bien et très important parce que beaucoup des problématiques auxquelles nous nous intéressons sont liées au milieu habité et urbain. Notre expertise en méthodes de consultation, mobilisation et concertation est cependant également très pertinente dans le champ de l’acceptabilité sociale des grands projets. Le CÉRSÉ a travaillé en partenariat avec un autre collège au dépôt d’un projet se rapportant à l’acceptabilité sociale des mines, mais cela peut s’étendre dans d’autres domaines comme l’exploration pour l’exploitation d’hydrocarbures ou d’autres ressources naturelles, le développement immobilier ou industriel; ces questions d’actualité sont au carrefour de la responsabilité sociale des entreprises et de l’écocitoyenneté. Les gens qui habitent un territoire remettent de plus en plus en question les grands projets conçus de l’extérieur. Ils s’inquiètent pour des questions de sécurité, d’environnement, de vivre-ensemble. Il est essentiel pour les promoteurs de projets de développement d’envergure d’en tenir compte. Il ne s’agit plus maintenant de simplement dire "Nous avons envoyé un sondage à tout le monde" ou "Nous avons invité les citoyens à une rencontre d’information". Les citoyens veulent être véritablement consultés, impliqués, partenaires en définitive. Le CÉRSÉ peut jouer un rôle positif et proactif dans cette mouvance. »

Rayonner à partir du Centre
Le CÉRSÉ fait partie de différents groupes de recherches. Les chercheurs des universités ont accès à des programmes de recherches différents de ceux du collégial et ont intérêt à travailler en collaboration sur certains projets. La complicité et la complémentarité est bonne, et ce, en partie grâce au mode de recherche appliquée privilégié, le partenariat avec le milieu, les entreprises et les organisations. Les uns et les autres y trouvent leur compte profitant de ce fait des avantages de développer et cocréer ensemble. « Dans les années à venir, le CÉRSÉ entend développer et consolider ses partenariats, élargir son territoire d’intervention et faire rayonner son expertise. Pourquoi ne pas faire profiter tout le Québec de notre expertise et même rayonner éventuellement ailleurs dans le monde? », conclura la directrice du centre de transfert, madame Élise Tousignant.
Pour plus de détails sur le CÉRSÉ et ses réalisations



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