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L’intégration aux études et l'engagement scolaire des collègiens



Synthèse de l'étude,

Marco Gaudreault, Julie Labrosse,

SoniaTessier, Michaël Gaudreault

Nadine Arbour

Ton entrée au cégep, comment ça se passe? C’est en ces termes que les cégépiens de la première cohorte d’étudiants issus du renouveau pédagogique des régions de la Mauricie, de Lanaudière et du Saguenay–Lac St Jean (SLSJ)  ont été invités, à l’automne 2010, à participer à une enquête portant sur leur vécu scolaire, leurs habitudes de vie et leurs environnements social, familial et culturel. Cette recherche s’inscrit dans une démarche de mobilisation de l’ensemble des acteurs  scolaires, de la santé ainsi que des services sociaux, municipaux et communautaires œuvrant auprès des collégiens afin d’améliorer globalement la situation des jeunes adultes de ces régions. Le but ultime était d’adopter une vision commune et des actions concertées pour favoriser leur réussite éducative et leur insertion socioprofessionnelle par l’étude des déterminants de l’intégration aux études collégiales et de l’engagement scolaire.

Plusieurs publications ont été réalisées à partir des données de l’enquête :

  1. des portraits descriptifs, pour chaque cégep et chacune des régions, ont permis aux intervenants de se donner des connaissances communes pour adopter des priorités d’action;
  2. une monographie, dont les résultats sont repris sommairement dans le présent document, afin d’identifier les groupes à risque et les facteurs associés à deux problématiques, à savoir une intégration scolaire difficile aux études collégiales, et un faible engagement scolaire.

Les trois groupes visés par l’enquête sont les étudiants admis conditionnellement  aux études collégiales, les étudiants inscrits à la session d’accueil et d’intégration, ainsi que les autres étudiants, c’est-à-dire les cégépiens de la formation préuniversitaire ou technique. Le défi qui a été confié aux chercheurs est le suivant : pour chacun des groupes cibles, identifier des facteurs associés aux problématiques d’intégration et d’engagement, et tenter de préciser, avec les acteurs du milieu, des pistes pour l’intervention qui pourront interpeller l’ensemble des intervenants gravitant autour des collégiens des trois régions à l’étude.

La collecte des données, l’échantillon et le taux de réponse

Nous avons tenté de joindre tous les étudiants de première année qui en étaient à leur première inscription au collège à l’automne 2010 (cohorte A). Au total, nous avons obtenu un échantillon de 4 922 étudiants parmi les 6 942 étudiants ciblés, ce qui correspond à un taux de réponse de 71 %. À posteriori, les étudiants qui n’étaient pas issus du renouveau pédagogique ont été retirés des analyses. Ainsi, l’enquête permet d’inférer les résultats à tous les étudiants fréquentant chacun des collèges visés avec une marge d’erreur de plus ou moins 5 %. Seuls les étudiants ayant été exposés au renouveau pédagogique ont été retenus aux fins d’analyse, ce qui explique que la taille de l’échantillon passe de 4 922 à 3 631. Afin d’assurer la représentativité de l’échantillon, celui-ci a été pondéré par sexe, par famille de programmes et par collège.

Il est à noter que le nombre limité d’étudiants admis conditionnellement aux études collégiales (n = 195) ne nous a pas permis de réaliser des analyses multivariées pour ce groupe d’étudiants. Cependant, pour avoir une compréhension globale de leur situation, une analyse descriptive de plusieurs aspects de la vie des étudiants admis conditionnellement aux études collégiales a été effectuée.

À la suite du portrait descriptif des étudiants admis conditionnellement, il semble qu’ils sont plus à risque de connaître un cheminement postsecondaire difficile, notamment en raison de leur origine sociale plus modeste, de leurs antécédents scolaires moins reluisants et de leur perception d’être moins bien préparés à entreprendre des études collégiales. Pour cette population d’étudiants, le premier chapitre d’analyse du rapport de recherche dé¬montre que ce sont des enjeux d’intégration qui les caractérisent, particulièrement la dimension scolaire de l’intégration, alors que leur niveau d’engagement scolaire est relativement semblable à celui observé chez les autres étudiants. Les enjeux d’intégration scolaire qui les différencient sont liés à la perception de leurs capacités à mener à bien leur projet d’études (éprouver de la difficulté dans les cours et avoir songé à abandonner).

Par la suite, des méthodes d’analyse statistique multivariées ont permis de mettre en lien l’ensemble des facteurs répertoriés dans l’enquête (personnels, scolaires, familiaux, environnementaux, etc.) avec le niveau d’intégration et d’engagement scolaires pour deux groupes ciblés : les étudiants inscrits à la session d’accueil et d’intégration et les étudiants inscrits dans un programme de formation préuniversitaire ou technique. Par ailleurs, après avoir réalisé des analyses multivariées séparément pour les filles et pour les garçons du collège, il appert que les caractéristiques des deux groupes d’étudiants inscrits au sein d’une formation préuniversitaire ou technique sont semblables. Il faut donc conclure que, bien que la situation soit plus préoccupante chez les garçons, il n’y a pas lieu d’adopter une approche différenciée d’après le genre de l’étudiant en formation préuniversitaire ou technique pour faciliter l’intégration aux études et l’engagement scolaire affectif.

Les principaux constats liés à l’intégration aux études collégiales

À la lumière des résultats obtenus, il est possible de dégager un portrait général pour tous les nouveaux arrivants qui considèrent leur adaptation à la charge de travail difficile. Ce portrait met en évidence trois éléments :

  1. leur niveau de préparation acquis durant le secondaire qui leur semble insuffisant;
  2. la perception du manque d’habiletés (l’outil de collecte ne permettant pas de vérifier si cette perception est réaliste ou non) pour faire face aux exigences de l’enseignement collégial;
  3. le fait qu’ils ne perçoivent que peu de soutien, notamment de la part des autres étudiants, durant cette démarche de transition et d’adaptation scolaires. Bien que révélées par des énoncés différents, ces caractéristiques nous ramènent à des réalités sociales apparentées.

Pour les filles inscrites au sein d’une formation spécifique (formation préuniversitaire ou technique), le rapport au temps (adhérer à la culture de l’immédiateté et limiter son implication bénévole en raison du manque de temps) est également un facteur nuisible à l’intégration scolaire.

Les principaux constats liés à l’engagement scolaire affectif

En lien avec l’engagement dans les études, il appert que les principales raisons pour lesquelles les étudiants s’engagent peu sur le plan affectif, nonobstant le genre ou la population étudiée, sont le manque de motivation, le sentiment de ne pas être à sa place ainsi que le faible soutien de la part de l’entourage. Retenons que la vie intellectuelle doit être valorisée par l’établissement d’enseignement et dans l’entourage des étudiants pour qu’ils s’engagent davantage dans leurs études. Pour les filles inscrites en formation préuniversitaire ou technique, ces trois thèmes englobent tous les facteurs liés à un plus faible niveau d’engagement scolaire affectif.

Pour les garçons inscrits au sein d’une formation spécifique, il faut également favoriser une intégration scolaire réussie pour diminuer les chances de témoigner d’un faible engagement affectif dans les études.

Les constats liés à la fois à l’intégration scolaire et à l’engagement affectif dans les études

La détresse psychologique élevée, la faible perception de ses habiletés cognitives, le faible soutien de la part des autres étudiants, le fait d’avoir songé à abandonner ses études, la faible motivation intrinsèque et le fait d’adhérer à la culture de l’immédiateté sont des facteurs défavorables à la fois pour l’intégration scolaire et pour l’engagement affectif dans les études des nouveaux arrivants. En contrepartie, le fait de souhaiter un emploi en sciences naturelles ou appliquées ainsi que le fait de commencer ses études collégiales avec un nombre hebdomadaire d’heures de cours élevé sont des facteurs favorables à l’intégration et à l’engagement.

Spécialement pour les étudiants qui amorcent leurs études postsecondaires à la session d’accueil et d’intégration, la dimension « sommeil » influence à la fois leur niveau d’intégration et d’engagement. D'ailleurs, ceux qui ressentent plus de fatigue depuis l’occupation d’un emploi rémunéré sont aussi susceptibles de rencontrer des difficultés d’adaptation à la charge de travail et ceux qui souffrent d’insomnie font également preuve d’un plus faible engagement affectif.

Les domaines d’actions prioritaires

Certaines interventions pourraient favoriser l’intégration aux études et l’engagement scolaire des étudiants de collège.

Le besoin de soutien pour la détresse psychologique. Dans le cadre de la présente analyse, nous remarquons qu’une plus forte détresse psychologique est associée aux difficultés d’intégration aux études des populations étudiées. Pour alléger les manifestations qui en découlent, le soutien social revêt un rôle protecteur suffisamment important pour justifier que nous nous intéressions au fait de faciliter l’intégration des étudiants dans leur nouveau milieu d’études. Des ressources spécialisées doivent également être disponibles dans les collèges si les étudiants en font la demande.

Le soutien au choix de carrière dans une perspective interordres. Nous joignons nos voix à tous ceux qui recommandent un déploiement optimal de l’approche orientante misant sur l’implication de chacun des membres de l’équipe-école dans le choix de carrière de l’élève. Les résultats portent à croire qu’au-delà des demandes de services en matière d’information scolaire et d’orientation de la part des étudiants, il faut sans doute instituer une mise en contexte des diverses professions à travers les disciplines de l’enseignement secondaire et collégial.

La nécessité de rehausser les compétences en littératie. Ce sont notamment les cégépiens admis conditionnellement au cégep de même que ceux inscrits à la session d’accueil et d’intégration, mais une part non négligeable des garçons (14,6%) est également susceptible de rencontrer des difficultés d’alphabétisation. Inévitablement, les problèmes de lecture sont un écueil important dans la vie d’un étudiant. Par ailleurs, considérant les difficultés d’intégration et le plus faible engagement scolaire d’une bonne proportion des étudiants admis conditionnellement qui éprouvent des difficultés en lecture, faudrait-il s’interroger sur les répercussions d’accueillir, au collège, les étudiants qui n’ont pas obtenu toutes leurs unités du secondaire en français? Les gains potentiellement réalisés en termes de fluidité des parcours pour la persévérance scolaire semblent plombés par une intégration moins réussie compte tenu des difficultés éprouvées en lecture.

L’amélioration de la gestion des priorités. Avant de s’intéresser au développement des habiletés à gérer son temps, il importe de revenir sur notre rapport au temps. Le mode de fonctionnement « en temps réel » donne l’impression d’une synchronisation totale et universelle des systèmes de communication. Il est possible d’être connecté en permanence, ce qui se traduit par une disponibilité en continu des individus et par une accessibilité étendue des services. Rien ne peut plus attendre : la culture de l’urgence s’instaure partout, même en dehors de la sphère marchande (Aubert, 2003). De ce fait, la conciliation des différents temps sociaux passe indéniablement par la gestion des priorités. Pour que l’étudiant connaisse une intégration réussie au cégep, il doit savoir planifier son temps de travail, estimer le temps consacré à chacune des tâches à réaliser et se doter de moyens pour améliorer l’utilisation de son temps dans le but d’en faire un meilleur usage. Ne serait-il pas souhaitable d’accorder une véritable place au développement de ces compétences dans le Programme de formation de l’école québécoise aussi bien au secondaire qu’à l’enseignement collégial?

La (re)découverte du plaisir d’apprendre. Il faut se redire que le plaisir d’apprendre fournit suffisamment de motivation aux élèves pour surmonter les « épreuves », et qu’il demeure l’un des plus puissants antidotes aux inégalités sociales et intellectuelles qui accompagnent parfois la démotivation. Et s’il est difficile d’inoculer ce plaisir d’apprendre, abandonner cet objectif est incompatible avec les fonctions reliées à l’enseignement.

Le renforcement du sentiment de compétence. Le sentiment de compétence mesuré dans le cadre de la présente enquête fait référence à la perception des capacités (par opposition aux capacités réelles). Une perception négative des habiletés cognitives est présente chez toutes les populations étudiantes dont l’intégration scolaire est difficile. Cela nous amène à nous demander si le cheminement collégial est vu comme quelque chose d’inatteignable pour plusieurs. De quelle manière leur a-t-on parlé du cégep? Tient-on pour acquis qu’ils ont les capacités nécessaires pour bien s’intégrer ou leur fait-on sentir qu’ils ne sont pas prêts? L’intense couverture médiatique sur les ratés du renouveau pédagogique lorsque les jeunes étaient en voie d’intégrer le cégep a-t-elle influencé le jugement des étudiants face à leurs capacités de réussir? Seule une nouvelle enquête auprès d’une cohorte plus récente permettrait de révéler ces retombées, mais une chose est certaine, l’image qu’on a véhiculée de cette cohorte n’a certainement pas joué un rôle positif. Par ailleurs, qu’importe la source de cette distorsion associée à l’image de soi, tous ceux qui œuvrent auprès de ces étudiants peuvent aider à remettre les pendules à l’heure. Souligner les bons coups des étudiants, les encourager dans leurs apprentissages, croire en leur capacité de réussir et leur manifester des attentes élevées sont quelques exemples de gestes à poser pour renforcer le sentiment de compétence.

Les questions soulevées par la recherche

Les idées qui suivent ne constituent pas une liste exhaustive et ne devraient pas être considérées comme une tentative indue de remplacer la réflexion des acteurs dont la responsabilité première est justement d’adopter des plans d’action en cette matière. Les auteurs souhaitent transmettre leurs propres réflexions et les soumettre à un débat. Les étudiants admis sous condition au cégep sont amenés à planifier leur horaire scolaire au sein de deux établissements d’enseignement dont la concertation est, au dire des étudiants eux-mêmes, inadéquate, quand elle n’est pas carrément inexistante. Plusieurs d’entre eux indiquent que l’encadrement et le soutien de la part des professionnels (conseillers et enseignants) ainsi que la souplesse de l’horaire des cours sont des conditions facilitantes pour la gestion du double horaire.

Rappelons que le soutien est le thème central pour faire état d’une intégration réussie tout en étant favorable à l’engagement scolaire, et ce, pour toutes les populations étudiantes analysées. Or, la façon la plus efficace d’aider les étudiants à être assidus dans leurs apprentissages est de les amener à se sentir compétents (Bouffard-Bouchard, Parent et Larrivée, 1991). Dans cette optique, il pourrait être bienvenu d’étendre l’offre des services spécifiques des étudiants inscrits à la session d’accueil et d’intégration aux étudiants admis conditionnellement et, pourquoi pas, à l’ensemble des nouveaux arrivants du collège (suivi personnalisé du cheminement scolaire, démarche d’orientation individuelle sur plusieurs rencontres avec un conseiller d’orientation et cours complémentaire axé sur la méthodologie de la réussite au collège, dont la gestion des priorités et du temps). Tel que le stipulent les énoncés des compétences de Tremplin DEC, l’application des méthodes de travail propices à la réussite des études collégiales ainsi que le choix d’une orientation scolaire et professionnelle sont des objectifs à développer auprès de nombreux collégiens.

Selon les résultats de l’enquête, les besoins de soutien des collégiens sont grands. L’accroissement des taux de diplomation au secondaire et l’intégration croissante des étudiants ayant des handicaps physiques ou intellectuels contribueront à augmenter ces besoins. Conséquemment, l’enveloppe dédiée à ce soutien devrait être adaptée aux besoins grandissants des étudiants et des collèges, mais les collèges devront aussi augmenter les précieuses ressources allouées au soutien des étudiants. Cette étude a identifié quelques domaines d’actions prioritaires qui permettront d’en optimiser l’usage. De même, les faits mis au jour par l’enquête devraient inciter les autorités gouvernementales à commander une analyse exhaustive des besoins auprès des collèges québécois pour valider ce qu’il nous a été permis de constater chez les étudiants des dix collèges participant à cette recherche. Finalement, si les principaux facteurs associés à l’intégration scolaire et à l’engagement scolaire affectif sont surtout d’ordre scolaire, il y a plusieurs situations où la famille et, plus largement, l’entourage, les organismes communautaires et plusieurs services publics offerts à l’ensemble de la population, peuvent contribuer à faciliter l’intégration et l’engagement des étudiants.

Il semble plus opportun que jamais que les directions des collèges s’allient à leur communauté et à l’entourage des étudiants pour identifier les manières les plus efficaces de soutenir les citoyens de demain.

Pour consulter tous les documents relatifs à l’enquête interrégionale 2010 auprès des collégiens de Lanaudière, de la Mauricie et du Saguenay–Lac-Saint-Jean, cliquez sur ce lien suivant



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