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Pour soutenir l'agriculture biologique




Serge Préfontaine, agroéconomiste et coordonnateur du CETAB+

Entrevue avec monsieur Serge Préfontaine, coordonnateur du CETAB+ du Cégep de Victoriaville

La naissance du CETAB+
Le CETAB+ (Centre d’expertise et de transfert en agriculture) a été créé en 2010. Le Cégep de Victoriaville était déjà impliqué dans la formation en agriculture biologique depuis 1987. Au secteur régulier, il existe un programme en agriculture qui s’appelle Gestion et exploitation d’une entreprise agricole. Serge Préfontaine nous explique que le Cégep avait donné une couleur particulière à ce programme mettant l’accent sur l’agriculture biologique. « C’est le seul établissement au Québec qui donne une couleur spécifiquement bio au programme en agriculture. Par ailleurs, le service de formation continue donnait beaucoup de formations en agriculture biologique. Ce qui nous a amenés à répondre à d’autres demandes qui nous ont permis de réaliser quelques projets de recherche. Les gens nous demandaient aussi des services-conseils. À l’époque, nous n’avions pas de structure pour répondre à ce genre de demandes ».

« Nous avons alors décidé de créer un centre. Le directeur général, M. Vincent Guay a cru au potentiel du projet. Le collège a alors fait une étude de pertinence. 40 organisations ont été rencontrées. Nous avons sondé environ 200 personnes. Il y a eu un consensus autour de la pertinence du projet et le milieu a manifesté ses besoins ».

Le CETAB n’a pas encore une reconnaissance officielle du Ministère de l’Éducation. Une demande a été logée au début des activités du Centre, mais le ministère a jugé que, bien que la spécificité bio était excellente, que la performance en diffusion était signifiante, que le volet recherche n’était pas assez développé. « Depuis, nous faisons beaucoup de recherches appliquées. Nous espérons nous qualifier pour avoir le financement de base qui nous permette de mieux fonctionner. Nous sommes déjà reconnus comme  Centre d’accès à la technologie du CRSNG; ce qui nous permet d’avoir une aide financière de 100,000 $ par année. Le Cégep contribue 100,000 $ par année. La CRÉ du Centre-du-Québec contribue le même montant. Ce qui nous permet d’avoir un financement presque équivalant à un CCTT. Ça prend un bon financement de base pour ensuite réaliser des projets ».

Le choix du Bio
Le choix du Bio pour le centre venait d’abord d’une préoccupation des professeurs et d’un intérêt conjugué à des demandes qui venaient de l’externe. Les cours offerts à la  formation continue ont ouvert la porte à d’autres demandes. L’étude de pertinence a démontré qu’il y avait d’énormes besoins. « Dans notre planification stratégique, nous avions prévu, après trois ans, être 11 personnes à travailler au centre, des prévisions jugées optimistes mais qui ont été dépassées. Actuellement, en comptant les stagiaires, 24 personnes œuvrent au centre. Ce qui plus que la moyenne des CCTT » précise Serge Préfontaine.

« Le bio, ce n’est pas une mode; c’est vraiment, une préoccupation de fond des consommateurs »
On parle de plus en plus de l’agriculture bio au Québec. Mais monsieur Préfontaine note que ça demeure marginal en % de production et de consommation au Québec. « On parle de 2 à 3 % en matière de consommation. Par contre, si on regarde la question sur le plan de l’augmentation annuelle, le bio connaît une croissance supérieure aux autres secteurs,  près de 20 % par année. Le marché du bio, c’est des milliards de dollars. Ce n’est pas une mode; c’est vraiment, une préoccupation de fond des consommateurs. Il a actuellement un mouvement qui est mondial. De ce point de vue, nous sommes au Québec à la traîne d’autres pays, bien que  nous suivions la tendance de fond. Ce qui rend les choses difficiles au Québec, c’est qu’il y a très peu d’aide. En Europe, il y a beaucoup plus d’aides financières qui sont données aux agriculteurs pour favoriser la transition vers le bio et son maintien. Ici, on retrouve très peu d’initiatives dans ce domaine ».

Les champs de recherche
La grande majorité des recherches se font directement sur les fermes.  En expérimentation et recherche, le Centre travaille à comparer les différentes fertilisations et les techniques pour mieux travailler les sols, par exemple, par leurs activités sur le sous-solage qui aide à contrer la compaction du sol, de même que sur la lutte aux mauvaises herbes. « En bio, il est important que le sol permette aux racines de pénétrer profondément pour aller chercher les éléments nutritifs et contrer les périodes de sécheresse. Nos recherches portent aussi sur les techniques de lutte alternatives aux produits chimiques.

Filets anti-insectes au verger

La production pomicole, une des plus importantes consommatrices de pesticides
« Le Centre s’intéresse beaucoup à la production pomicole, parce c’est une des plus importantes consommatrices de pesticides au Québec. La question environnementale est importante. Quand les pomiculteurs arrosent leur verger, ils ont de hauts taux de dérivés de pesticides dans leur urine. L’enjeu de la recherche en bio est de trouver des alternatives efficaces aux  produits chimiques. Ex. : dans le verger expérimental, on installe des filets au-dessus des pommiers pour éviter que les insectes aillent piquer les pommes. La production de pommes au Québec étant fragile en matière de rentabilité, il est difficile de convaincre les producteurs d’utiliser des approches bio. Le problème est aussi du côté des consommateurs. Les gens ne vont pas cueillir ou acheter des pommes avec de la  tavelure. Ils veulent des pommes parfaites ».

S’équiper pour la production sous grands tunnels
Le Centre travaille aussi beaucoup sur les mauvaises herbes. « Nous perfectionnons des techniques de rotation, mais travaillons aussi sur l’introduction d’équipement développé ailleurs dans le monde pour les appliquer aux conditions du Québec. Nous voulons aussi développer les techniques de production sous grands tunnels. Cette technique permet un meilleur contrôle des conditions météorologiques. Les conditions d’humidité excessive favorisent grandement le développement de maladies. Le Centre s’est équipé  de grands tunnels pour augmenter son expertise et réaliser des recherches ». Monsieur Préfontaine prévoit un développement important de ce type de production bio au cours des prochaines années.

Production de tomates et de poivrons bio en grandes serres

Les OGM et le bio
« La seule façon aujourd’hui d’être certain que l’on  ne consomme pas des produits OGM, c’est de consommer des produits bio. Puisqu’il n’y a pas d’étiquetage, on ne peut savoir s’il y a usage ou non d’OGM. 70 % de la production de soja dans le monde est OGM. C’est irréversible à cause des modes de production des grandes entreprises, fournisseurs d’intrants : les principaux producteurs d’OGM sont aussi les grands producteurs de pesticides. Si tu vends des semences OGM, tu vas vendre aussi des pesticides qui vont avec ces semences. Si ces semences OGM en arrivent à de meilleurs  rendements, ça tient plus au fait que ces grandes entreprises continuent leur sélection sur les rendements et ne le font plus sur les variétés non OGM. ».

Favoriser l’agriculture de proximité
« Nous travaillons pour que la plus grande partie du dollar du consommateur dépensé pour son alimentation puisse aller à l’agriculteur. Nous favorisons les « circuits courts », c’est-à-dire, l’agriculteur vend directement ou il n’y a pas plus qu’un intermédiaire. On encourage aussi toute transformation à la ferme qui va permettre une valeur ajoutée. Les gens ne sont pas prêts à payer un cinq livres de carottes chers. Mais, ils sont prêts à payer pour des carottes avec la queue qui sont attachées avec un élastique. Ils achètent alors de la fraîcheur. De pareille façon, le consommateur est prêt à payer un pot de confiture bien plus cher que son contenu en fruit. Cet apport financier permet à l’agriculteur d’augmenter ses revenus et de mieux vivre de la production de sa ferme. Cette approche permet aussi une meilleure sensibilisation des consommateurs à la réalité de la ferme. Il y a énormément à faire en ce sens, et le Centre aimerait avoir plus de ressources à y consacrer dans les prochaines années ».

Les collaborations avec d’autres centres
Le Centre entretient des relations avec d’autres établissements de recherche en particulier avec l’Université Laval et avec l’IRDA de St-Bruno. À l’international, le Centre a établi un partenariat avec le Centre français d’information en agriculture biologique qui travaille à faire un dépouillement mensuel de toutes les nouveautés du secteur biologique. Le CETAB participe à cette veille technologique en publiant mensuellement une infolettre : Biopresse. En septembre, le Centre va participer à un grand salon en France sur l’agriculture bio.

Les projets d’avenir
Pour le CETAB, la reconnaissance comme CTTT à part entière apparaît comme essentielle pour assurer la survie et le développement du Centre. Monsieur Préfontaine a dans ses cartons un projet de développement d’un site de recherche avec un incubateur d’entreprises. « Il est maintenant difficile de démarrer en agriculture. Un partage en commun d’installations profiterait aux uns et aux autres. Il faut permettre aux jeunes de se faire la main dans le démarrage d’une future entreprise. La Ville de Victoriaville et la Corporation de développement économique sont intéressées par le projet. Un plan d’affaires est en préparation. On va tabler fort et on espère que ça va fonctionner comme plusieurs de nos projets ».

Entrevue réalisée par M. Alain Lallier, édimestre, Portail du réseau collégial, août 2013





 
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