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Le CNETE : un CTTT performant branché sur son collège et sa région



Une entrevue avec madame Nancy Déziel, directrice générale du CNETE du Collège Shawinigan.

En juin dernier, le Collège Shawinigan était fier d’annoncer l’obtention d’une chaire de recherche industrielle du Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada (CRSNG) sur les bioprocédés et les technologies de fermentation. Cette chaire est accompagnée d’une importante subvention du Fonds collège-industrie pour l’innovation (FCII) totalisant 1 078 723 $. Le Portail a contacté la directrice générale du Centre pour en connaître les tenants et aboutissants.

« Faire partie de la première cuvée de collèges qui reçoivent une chaire de recherche, pour le Collège, c’est tout un honneur. »
Nancy Déziel nous explique que l’obtention de cette chaire de recherche pour le collège est importante à deux niveaux : « Le financement vient sécuriser une partie des projets pour les prochaines années puisque ce financement nous est octroyé pour 5 ans et peut être renouvelé trois fois. On parle même d’un financement qui peut perdurer jusqu’à 15 ans. Mais, ce qui nous fait surtout plaisir, c’est la reconnaissance de notre expertise dans ce domaine de recherche. Cette chaire concrétise les efforts de nombreuses années. De faire partie de la première cuvée de collèges qui reçoivent une chaire de recherche, c’est tout un honneur. Nous avons été des pionniers en recherche dans plusieurs domaines. Le CTTT a été officialisé depuis une dizaine d’années, mais nous sommes là depuis 23 ans. Nous avons été les premiers à recevoir des fonds du FCII (Fondation canadienne pour l’innovation). Nous avions aussi été les premiers reconnus au niveau du programme de stagiaires au niveau du doctorat. Ces reconnaissances confirment que nous sommes toujours les premiers dans la course et que nous sommes des pionniers. »

Monsieur Hassan Chadjaa , titulaire de la Chaire de recherche

Cette reconnaissance permet au Centre d’avoir une personne dédiée à ce secteur de recherche à temps plein. « Cette personne demeure en contact constant avec ce milieu et cette interaction permet d’être à l’avant-garde des innovations pour l’industrie. Cette chaire a un titulaire : monsieur Hassan Chadjaa qui est directeur scientifique du Centre. Il doit regarder ce qui s’en vient, être à l'affût des nouveautés, établir les grands partenariats et faire le lien avec toute l’équipe de recherche. Comme nous sommes très polyvalents dans les CTTT, il assume également une fonction de chercheur », explique madame Déziel.

Le champ d’expertise du CNETE
Le champ d’expertise du CNETE n’est pas strictement sectoriel comme celui d’autres centres. L’expertise est au niveau technologique. « Nous travaillons plus de façon horizontale. Nous développons des technologies qui touchent à tous les secteurs de l’industrie. Le secteur des technologies environnementales embrasse très large. Au cours des 10 dernières années, nous nous sommes concentrés dans les technologies de fermentation, soit des procédés bio-industriels. On touche ici à plusieurs secteurs industriels : pharmaceutiques (antiviraux, vaccins, antibiotiques, probiotiques), agroalimentaires (fromages, bières), chimiques (recyclage de solvants, production de composés chimiques fins, biodétergeants). Nous touchons également le domaine de la filtration membranaire et de la bioénergie. Il s’agit alors de purifier une biomolécule, de concentrer un produit ou de recycler certaines composantes industrielles. Dans les prochaines années, nous entendons développer tout le secteur des traitements des gaz. Nous touchons à la fois la chimie organique, la chimie analytique, la catalyse et la chimie de l’eau. »



Plateforme de fermentation
« Nous avons des microbiologistes, des biologistes cellulaires, des technologistes et des gens spécialisés en agroalimentaire qui travaillent au Centre. Dans le cadre d’un procédé industriel, nous sommes en mesure de développer une souche, de mettre au point le procédé de production et le procédé de purification de cette molécule et la formulation du produit final. Nous maîtrisons la chaîne complète. Quand nous avons besoin d’expertise complémentaire, nous allons chercher ce qui existe déjà, soit dans le réseau de CTTT en priorité, soit dans les universités ou dans les centres de recherche fédéraux. Nous essayons de travailler au maximum en collaboration. Au cours de la dernière année, nous avons travaillé avec 11 CTTT et 6 universités. 33 % de notre chiffre d’affaires vient de projets multipartenaires. On sait où on commence; on sait où on s’arrête. Quand nous développons une nouvelle expertise, nous savons qu’elle n’est pas couverte ailleurs dans le réseau », explique la directrice générale.

Au niveau des réalisations
Un exemple concret de réalisation : contribution au développement de Bières de la Nouvelle-France; ce brasseur, qui voulait développer une bière sans gluten, avait besoin de développer un nouveau procédé. En collaboration avec Cintech Agroalimentaire, le Centre a travaillé au niveau du bioprocédé, de la fermentation et de la filtration.

Un centre branché sur la région
La région a connu des périodes de changements majeurs. Les grandes entreprises en électrochimie et la pétrochimie ont longtemps joué un rôle majeur. Dans les années 50 et 60, cette région a été très innovante. « Maintenant, nous retrouvons plusieurs PME hautement technologiques. Il y a une volonté de développement en ce sens. Un centre d’entreprenariat en élaboration va d’ailleurs former de futurs entrepreneurs et les accompagner dans un incubateur en vue de maximiser les chances de réussite de ces PME. Nous sommes en amont de ce qui s’en vient. Quelque 20 % des sommes que nous investissons en recherche sont sur des projets autonomes sans partenaires industriels immédiats. Notre but, quand ces projets arrivent à maturité, c’est de les transférer en priorité à des entreprises de la région. Nous favorisons d’abord Shawinigan, mais nous considérons toutefois que notre région, c’est la Mauricie. Au cours des cinq dernières années, 85 % de nos projets ont abouti sur le marché. Nous avons une évaluation du risque au niveau d’un projet et nous sommes en mesure de le pousser jusqu’au marché. Nous tenons compte du fait que les PME n’ont pas les liquidités de la grande entreprise. Nous essayons d’abaisser le risque et nous les intégrons dans nos projets. Depuis 3 ans, notre chiffre d’affaires investi dans des projets régionaux est passé de 10 % à 50 %. Ce que nous souhaitons, c’est rendre les entreprises existantes plus compétitives et être à la base de l’émergence de nouvelles industries ou de nouveaux produits dans les entreprises hautement technologiques. Déjà, nous avons des résultats : des entreprises vont conquérir de nouveaux marchés et vont prendre de l’expansion. Depuis 3 ans, notre chiffre d’affaires a été multiplié par 175 %. Nous sommes très engagés dans la région. Je siège à plusieurs conseils d’administration. Je préside la chambre de commerce, je suis à SABC, au fonds Laprade, au CLD, à incubateur Mauricie, à Économie du savoir Mauricie. Nous essayons de faire les liens entre tous ces organismes et nous en constatons les retombées. »

De multiples relations avec les autres centres.
Madame Déziel a été technoconseillère au réseau TransTech. Elle a donc eu l’occasion et le privilège de visiter presque tous les autres centres. Elle connaît bien les directeurs ou directrices. Elle travaillait alors pour le projet réseautage. Elle est sortie convaincue que « travailler ensemble a un effet multiplicateur extrêmement important et génial. Nous sommes maintenant 950 employés dans le réseau TransTech. Très rapidement, grâce à un coup de téléphone ou un courriel , je peux avoir une réponse pour un client. Si je deviens le partenaire de mon client et que je lui facilite la tâche, il va revenir chez nous. Le réseau est très complet. Les expertises sont multiples. C’est un bijou caché. Mais, c’est une force importante au niveau de la recherche. »
Ses efforts en ce sens ont été reconnus. Dans le cadre d’un projet avec la chaire de recherche industrielle sur les biotechnologies et l’environnement de l’UQTR, le Centre spécialisé en pâtes et papiers du Cégep de Trois-Rivières et l’entreprise Agrosphère pour la production d’un procédé de production de bioéthanol, le Centre a obtenu le prix « Célébrons le partenariat ».
Le Centre a aussi obtenu le prix coup de cœur du Gala de l’innovation de l’ADRIQ en novembre 2011 pour un autre projet.

Une structure souple, mais efficace
Nancy Déziel se dit entourée d’une belle équipe polyvalente. 21 personnes permanentes dont 7 professeurs-chercheurs provenant de plusieurs départements du Collège Shawinigan, de biotechnologies, de chimie analytique, de mathématique. Aussi des spécialistes, des techniciens. « La structure administrative est réduite à son plus simple appareil. Nos budgets ne nous permettent pas de soutenir une grosse structure. Ça nous demande d’être extrêmement efficaces et polyvalents. Nous avons une quinzaine de stagiaires. Ce qui nous amène à plus de 37 personnes qui ont œuvré cette année au CNETE. »



Des interrelations multiples avec le collège
Les installations du CNETE sont logées à l’intérieur du cégep. Le Centre n’a pas de bâtiment qui lui soit propre. « Nous travaillons fort pour aller en chercher un. Nous avons connu une croissance importante qui se poursuit. Nous sommes à l’étroit. Nous devons doubler notre surface de travail. Pour nous, il est important d’être dans le collège ou près du collège, parce qu’il y a une interaction importante entre le centre et le collège. Le CNETE fait partie intégrante du collège même si nous sommes une OSBL. Tous les jours, les gens du collège descendent chez nous et nous montons régulièrement les escaliers pour interagir avec eux. Les retombées sont très intéressantes tant au niveau des expertises pour les entreprises que pour les mises à jour des connaissances des professeurs par la recherche et par les contacts industriels. Nous donnons des bourses pour les étudiants. Nous accueillons des visites de façon continue dans différents domaines. Même les gens d’arts plastiques se sont engagés dans un projet d’arbre de Noël en bouteilles recyclées. Nos activités auront rejoint cette année 1500 élèves et étudiants. Nous avons organisé cette année un concours de l’innovation étudiante. Nous avons demandé aux étudiants de nous soumettre un projet de recherche. Les projets gagnants se sont mérité une bourse et un stage dans nos installations dans un projet majeur. La qualité des projets nous a impressionnés. Nous allons d’ailleurs développer certains de ces projets. »

Le Centre possède son propre conseil d’administration qui est présidé par le directeur général du collège. Deux autres membres du collège siègent aussi au conseil : la directrice des études qui est aussi responsable de la recherche au collège et le directeur adjoint aux services administratifs. Les autres membres proviennent d’organismes de la région ou du milieu industriel. 

Nanzy Déziel insiste : « La collaboration étroite entre le Centre et le collège se traduit par une “contamination” de plusieurs départements et professeurs au niveau de la recherche autant en recherche technologique que disciplinaire. Le collège en a fait une orientation de son plan stratégique. Nous souhaitons être une figure de proue en recherche. Nous sommes impliqués au niveau de plusieurs organismes stratégiques de recherche entre autres le Fonds de recherche du Québec en technologie TransTech. Plusieurs autres CTTT nous ont visités. Ils voulaient connaître notre modèle, voir comment le centre réussit à intégrer les professeurs dans leurs activités. Nous sommes heureux de partager nos pratiques gagnantes. »

Sollicitée par de nombreux dossiers et responsabilités, madame Déziel se considère tout de même privilégiée : « Nous avons la chance de voir des résultats concrets à l’intérieur du cégep, mais aussi dans les entreprises de la région. C’est très gratifiant quand on développe quelque chose de voir que le tout aboutit, que nous créons des emplois, que les entreprises vont bien. Satisfaction de voir que 80 % de nos clients reviennent nous voir après pour d’autres projets ou services. »

Entrevue réalisée par M. Alain Lallier, le 10 octobre 2012 



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