Entretien avec madame Andrée Langevin, Coordonnatrice du CERAC du Cégep Marie-Victorin

 

 

 

En juin 2013, le ministère annonçait au Sommet sur l’enseignement supérieur l’implantation de quatre Centres d’Expertise en Reconnaissance des Acquis et des Compétences (CERAC) pour la formation technique dans quatre cégeps : Drummondville, Sainte-Foy, Marie-Victorin et Champlain College. Présentée alors comme projet-pilote de deux ans, l’expérimentation s’est prolongée jusqu’en juin 2016. Le Ministère s’est doté de différents moyens pour évaluer le projet et éventuellement statuer sur un modèle de gouvernance plus définitif. Il a ainsi, l’an dernier, fait appel à la firme Léger Marketing pour connaître la satisfaction de l’ensemble du réseau par rapport aux centres d’expertise. Le groupe Educonseil a également interrogé chacun des CERAC confidentiellement et individuellement afin de faire état de leurs propres façons d’envisager la suite. Cette année, le Ministère a mis en place un comité de réflexion stratégique regroupant des représentants de la Fédération des cégeps, du Ministère, des directions des études (hors CERAC), des directions de formation continue (hors CERAC), et deux représentants élus pour les quatre CERAC. Le comité a pour mandat de réfléchir sur l’avenir de la RAC au collégial et sur les façons de faire pour la positionner avantageusement.

Nous faisons le point avec Andrée Langevin, coordonnatrice de la RAC au Cégep Marie-Victorin sur la situation de la RAC au collégial.

Des avancées indéniables
D’entrée de jeu, madame Langevin reconnaît les avancées importantes que la RAC a connues au cours de dernières années. Depuis 2012, il y a eu une augmentation de fréquentation de 35 %. « Il y a eu des avancées fabuleuses sur le plan de la méthodologie. Des collèges ont fait la preuve qu’ils pouvaient accueillir une “clientèle” importante en respectant les spécificités de la démarche. L’évaluation est au cœur du processus et nous sommes capables de maintenir le niveau d’individualisation requis, et ce, même avec plusieurs dossiers de candidature à traiter ».

« Nous disposons d’un financement qui prend en compte cette individualisation de la démarche et, si des ajustements sont encore à faire, ce financement nous donne une certaine marge de manœuvre. Par contre, cela est moins évident en région où les “masses critiques” sont moins présentes.

Généralement, le service est de qualité. Les CERAC ont fait un travail important de formation continue auprès des professionnels et du personnel en soutien. Des guides ont été édités en appui à ces formations. Des modules de formation continue sont maintenant offerts pour les conseillers et les spécialistes. Nous avançons et faisons l’envie des universités sur le plan de la méthodologie et de l’encadrement réglementaire. Il y a eu des avancées au niveau des admissions. Les changements au RREC nous ont donné des opportunités, comme de prendre en compte l’expérience jugée suffisante. Bien sûr, il existe encore des préjugés voulant que la RAC soit marquée par le clientélisme, la formation à rabais et/ou la marchandisation de l’éducation. Ce discours-là on l’entend encore, parfois. Les collèges qui tirent le mieux leur épingle du jeu sont les collèges qui ont opté pour mettre en œuvre les principes avec rigueur et ouverture».

Encore le dossier en dessous de la pile
Malgré des avancées importantes de la RAC en particulier au collégial, la reconnaissance des acquis et des compétences demeure le «dossier en dessous de la pile», et ce, même en formation continue. Elle nous explique : «Nous sentons la volonté politique très forte de lui donner du souffle, de lui faire de la place. Les projets de recherche et de développement soutenus par le MEES, par exemple, sont de bons indicateurs de cette volonté. Mais on ne sait pas encore jusqu’où pourra évoluer le dossier. Actuellement, il y une nano équipe qui s’occupe de la RAC au ministère. La professionnelle responsable travaille avec compétence et intelligence avec le réseau. Elle a l’appui de ses supérieurs. Mais on sent tout de même que le dossier de la RAC demeure relativement fragile. En formation continue, il a beaucoup évolué depuis 15 ans. Mais, c’est encore un dossier un peu marginal par rapport aux formations données en classe ou en entreprise. Mon rêve : que la RAC, qui, soulignons-le mène à la diplomation, AEC et DEC, devienne un vecteur en éducation tout aussi important que le secteur régulier ou que le reste de la formation continue. Qu’elle devienne sans ambiguïté une option connue et reconnue.»

Le travail des CERAC
Madame Langevin souligne que les CERAC ont accompli un travail important au niveau du développement des outils en soutien à la démarche et de la sensibilisation auprès des directions de collège. «Chacun des CERAC le fait avec ses propres ressources et expertises. Il faut bien comprendre que la RAC, c’est un changement de paradigme. Ça va prendre des années avant que ça s’inscrive comme un axe fort de la formation tout au long de la vie. Il y a des gens que nous ne convaincrons jamais. Il reste par ailleurs un travail d’harmonisation et d’arrimage avec d’autres dispositifs de RAC. Il faut informer et sensibiliser à l’intérieur de nos collèges comme à l’externe. Nous terminons à Marie-Victorin un rapport de recherche sur la valeur de la RAC pour la population immigrante, sa valeur pour l’adéquation formation-emploi. Nous découvrons qu’il s’agit là d’une démarche largement méconnue par les employeurs. Nous constatons de même que nous aurions tout intérêt à mieux travailler avec les organismes communautaires en employabilité. Les personnes à l’accueil des personnes immigrantes et réfugiées ne connaissent pas suffisamment la RAC et l’offre de service du réseau. Ils ont l’impression d’un travail en vase clos, ils n’ont pas tout à fait tort. Il y a donc encore un travail important d’information mutuelle et de sensibilisation à faire, autant auprès de ces organismes clés, quand il s’agit de la RAC auprès des personnes immigrantes, que du public en général. Combien de candidats nous disent : “Mon Dieu, si on avait connu ça avant!".

Des outils adaptables à la culture de chaque cégep
Un projet conjoint CERAC-Fédération a permis de développer une section RAC dans Mon retour au cégep. Le site est très convivial et donne les clés d’accès aux services. Par contre, Andrée Langevin fait une mise en garde : “il faut être conscient qu’une telle promotion doit s’accompagner de la capacité à livrer la marchandise, et ce, dans l’ensemble du réseau. Le bouche-à-oreille peut autant promouvoir les services que lui faire mal. Nous travaillons tous fort pour améliorer les pratiques, les qualifier le plus possible en prenant en compte le contexte de chacun. Le mode d’emploi idéal pour tel collège ne l’est peut-être pas pour l’autre. Quand nous formons ou donnons des outils, il faut avoir le souci de bien équiper, mais s’assurer aussi de leur adaptabilité au contexte spécifique de chacun des collèges et à leur culture propre. Un établissement qui a un service de RAC depuis 30 ans, n’a pas les mêmes racines, la même marge de manœuvre dans son établissement que celui qui s’y initie. Dans le cadre de nos formations, nous insistons pour dire que les propositions mises de l’avant commandent des adaptations”.

Un manque de ressources, mais moins de chaises musicales
Il manque de ressources complètement dédiées à la RAC dans les établissements. "Trop souvent, les professionnels qui ont charge du dossier se voient confier simultanément d’autres mandats, et ce en grands nombres. Les restrictions budgétaires ont laissé des traces. Cependant et heureusement, depuis 5 ans et c’est une des avancées des CERAC, il y a moins de chaises musicales. Nous retrouvons de plus en plus de professionnels qui travaillent au dossier depuis un certain nombre d’années".

À qui sert la RAC ?
La RAC ne s’adresse pas uniquement aux personnes immigrantes. Selon les programmes, le type de clientèle peut varier. La démarche de RAC peut être utilisée comme un tremplin intéressant en parcours de formation continue. ‘Pour toutes sortes de raisons, les gens n’ont pas fini leur diplôme ou bien ils en ont un et ils n’ont pas travaillé dans le domaine du diplôme initial. Un poste s’ouvre ; ils ont une promotion. Ils veulent progresser en emploi et se sentent compétents pour le faire. La démarche de RAC est faite pour eux. Ils ne se voient pas retourner sur les bancs d’école, ils ont fait les apprentissages autrement. C’est une clientèle qui ne serait ainsi jamais revenue dans nos milieux éducatifs, si cette démarche ne leur avait pas été offerte. Elle offre tant d’avantages sur le plan de la conciliation travail-famille. Les gens sont impressionnés par l’aspect individualisé de la démarche qui leur offre une latitude très appréciée’. L’ouverture à l’obtention d’autres diplômes est aussi un avantage. Certains continueront au niveau universitaire. Enfin, autre avantage et non le moindre, la démarche de la RAC, mobilise puissamment les compétences des personnes. Nous constatons un effet sur le sentiment d’efficacité personnelle, sur l’identité professionnelle. Les gens sont très nombreux à dire : ‘Ça a changé ma vie’.

Il faut ancrer davantage ce dossier
Parmi ses souhaits les plus importants, Andrée Langevin espère que la RAC s’enracinera de façon permanente dans les cégeps. Un bon ancrage permettrait de sortir d’une zone de fragilité. "On est encore dans une zone très fragile. Ça fait partie intrinsèque du dossier. Nous sommes entre le cursus de programmes et celui de l’emploi. Il faut naviguer dans ce corridor étroit. Si on l’ancre davantage, le dossier aura de l’avenir. Soyons conscients que nous travaillons dans des paramètres conçus pour un cursus de formation par cours, alors que notre spécialité est d’évaluer des compétences sans avoir assisté le processus d’apprentissage. Nous sommes ainsi comme à l’envers du trafic. Il faut rendre ce dossier prioritaire à la fois dans les collèges comme dans les visées gouvernementales. Actuellement, nous avons les bases pour le faire. Même au niveau mondial, c’est positivement unique ce qui se passe ici. Même si nous voyons tout ce qui reste encore à faire. Tout est là, il faut assurer l’ancrage de nos avancés auxquelles les CERAC ont contribué. Il faut maintenant enraciner solidement les pratiques. Les racines sont là ; elles ont besoin d’être plus profondes pour résister aux vents".

Dossier préparé par Alain Lallier, éditeur en chef et édimestre au Portail du réseau collégial.





 
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