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Le BIM : une nouvelle manière de travailler dans la construction




 

 

 

 

Entretien avec monsieur Michel Lesage, directeur du Service aux entreprises et de la formation continue, Cégep Limoilou;

 

Un texte d'Alain Lallier, éditeur en chef, Portail du réseau collégial

Le Cégep Limoilou dévoilait en octobre dernier son centre d’expertise BIM, un projet mis en place par la Direction du service aux entreprises et de la formation continue. Déjà, depuis 2010, le Cégep Limoilou et le Cégep du Vieux Montréal avaient conclu un partenariat permettant au réseau collégial d’assumer un rôle de pionnier dans la formation liée à l’émergence du BIM. Michel Lesage observe qu’en 2018 cette approche est toujours émergente, mais passablement moins futuriste et marginale que ça ne l’était en 2010. « Il fallait être visionnaire pour le voir venir à l’époque. C’est un ajout d’espaces que le Centre d’expertise BIM vient apporter à ce que l’on faisait déjà à l’époque. Mais c’est également un espace qui épouse mieux l’esprit de travail collaboratif sur lequel repose l’approche. Même l’aménagement de la salle reproduit cette intention de permettre aux gens de travailler en mode collaboratif, à l’instar des bureaux de projets. Plus moderne, la signature de la salle est également plus corporative. L’environnement de travail convient tout à fait à des partenaires corporatifs. Cette salle dispose au plan technologique d’infrastructures de télécommunication dédiées de manière à ce qu’elle puisse servir nos besoins, mais également ceux des clients commerciaux intéressés à la louer pour réaliser leurs projets en BIM. Ceux-ci peuvent venir dans cette salle avec leurs données, leurs plans et des données sensibles ou confidentielles. Nous devons en conséquence leur offrir des accès internet qui garantissent la confidentialité et la sécurité des données. »


Nouveau Centre d'expertise BIM inauguré au Cégep Limoilou

Un centre accessible dédié à l’industrie
Michel Lesage souligne également que le centre se singularise par son accessibilité. Il est situé près d’une entrée du collège et facile d’accès pour des gens de l’extérieur. « Le collège a conçu le centre comme un projet permettant de répondre aux besoins de l’industrie et d’approcher des partenaires afin de leur offrir des possibilités de commandites et de s’associer financièrement au collège dans le développement de l’offre de formation et de services du centre. Les entreprises pourront contribuer financièrement, en services ou en équipements au développement du centre. Le centre est un ajout important par cette signature et ces possibilités technologiques : un emballage corporatif riche de nouveaux équipements offrant la possibilité de travailler en mode collaboratif et de façon structurée. »

L’approche du BIM
Le BIM (Building Information Modeling), ou modélisation des données du bâtiment, représente une nouvelle manière de travailler dans le domaine de la construction. « De ce temps-ci, nous entendons constamment parler de l’industrie 4.0. Après le virage de l’automatisation, de la mécanisation et de la robotique, nous en sommes maintenant dans le 4e virage industriel. Nous voyons les robots et l’intelligence artificielle, les systèmes de production et de décision liés ensemble pour la prise de décision en temps réel dans l’industrie. Si nous devions identifier ce qu’est la construction 4.0, nous parlerions du BIM : une manière de lier les différents intervenants dans un projet de construction depuis sa conception : soit le donneur d’ouvrage qui fait faire des plans par un architecte et supervise le travail d’un ingénieur qui à son tour encadre le travail de l’entrepreneur général et des entrepreneurs spécialisés. Ultimement, nous retrouvons le propriétaire du bâtiment qui gère, opère et maintient l’infrastructure. Plutôt que de travailler en silos, ces différents intervenants travaillent en même temps autour d’une seule maquette numérique, soit une représentation en trois dimensions de l’ouvrage en question. En plus du plan, le BIM inclut des données se rapportant à chaque composante de la construction: spécifications, paramètres, poids, dimension et résistance à la chaleur. Si on achète, à titre d’exemple, des conduites d’aération, la dimension, le poids, le matériel utilisé seront spécifiés et intégrés à la maquette accessible en temps réel à tous les intervenants. Il s’agit d’une sorte de hub technologique auquel adhèrent les différents partenaires dans un projet de construction et par lequel ils communiquent. La maquette est utilisée lors de la conception, de la construction et dans l’avenir dans la maintenance des bâtiments. »

Les avantages de cette approche
Parmi les avantages de cette approche se retrouve la détection des problèmes potentiels d’arrimage avant de construire, ce qui diminue les surprises et les arrêts de travail sur les chantiers. Michel Lesage explique : « Nous allons de plus en plus vers le préfabriqué. Les composantes d’un bâtiment sont, de ce fait, fabriquées au préalable en usine et assemblées sur le chantier avec une précision incroyable. Les Chinois érigent des tours gigantesques dans des temps record, simplement parce que lorsqu’ils arrivent sur le chantier, les pièces ont été préalablement fabriquées en usine. On n’a qu’à les assembler. C’est une transformation à venir non seulement pour le monde de la construction comme telle, mais également pour tous les manufacturiers qui fabriquent des éléments pour le monde de la construction. »

Des exemples probants dans la région de Québec
Le BIM est déjà utilisé dans la région de Québec. Lors de l’inauguration du nouveau centre, l’Aéroport de Québec a pris la parole afin d’exprimer comment le BIM avait été pour eux une aventure productive : « Pour la réalisation du projet d’agrandissement et de réaménagement de l’aérogare, nous avons intégré l’approche BIM à notre mode de gestion de projet au maximum, du début à la fin. À la mise en place du BIM il y a cinq ans, YQB faisait figure de pionnier avec son bureau de projet réunissant tous les intervenants, soit les professionnels de l’ingénierie, le gérant de construction et l’équipe de projet de YQB. Nous avons été confrontés à plusieurs défis que peut entraîner la gestion du changement, mais le jeu en valait la chandelle », a indiqué Marie-Noëlle Simard, directrice Ingénierie et construction à l’Aéroport international Jean-Lesage de Québec.

Comment maîtriser le BIM ?
Quelles sont les compétences requises pour arriver à s’inscrire dans une telle approche ? « Elle suppose la maîtrise à plusieurs niveaux : des logiciels eux-mêmes ; de la capacité de modéliser une pièce en compatibilité avec les plateformes numériques utilisées par le BIM. Il faut également maîtriser l’approche du BIM, entre autres, la manière dont les différents professionnels travaillent ensemble en mode collaboratif. Au Québec, la législation et les règlements ne permettent pas aux architectes et aux ingénieurs d’intervenir n’importe comment. C’est très encadré et réglementé. Le BIM vient changer la manière d’établir des contrats, de les superviser et de les gérer. Nous sommes moins dans une séquence linéaire, mais plus en mode organique. Nos formations touchent les logiciels du BIM, mais nous avons également une formation d’introduction au BIM, le Programme d’éducation BIM, que nous offrons depuis longtemps en lien avec une association aux États-Unis et pour lequel le Cégep Limoilou et le Cégep du Vieux Montréal sont des distributeurs autorisés, les seuls au Canada d’ailleurs. Cette formation se fait en quatre modules d’une journée chacun et elle permet d’acquérir la certification de premier niveau attribuée par CanBIM. »

Les liens avec l’enseignement régulier
Même si le centre est prioritairement dédié aux besoins de l’industrie, il a développé plusieurs façons de travailler en lien avec le cégep. Des plages horaires sont réservées pour permettre à des enseignants du régulier de venir faire l’expérience des outils du BIM. Le centre invite également les enseignants à suivre gratuitement les formations non créditées offertes le soir aux entreprises. « Ce que nous souhaitons, c’est qu’il y ait un réinvestissement dans les programmes de l’enseignement régulier. Nous aurons prochainement deux comités aviseurs rattachés au centre. L’un formé des représentants de l’industrie pour nous influencer sur le développement des formations et des services du centre ; et le second sera formé d’un représentant par département concerné par le BIM afin de voir comment le programme peut en profiter, influencer le développement du centre et celui de ses formations ou des formations offertes par les départements, et comment peuvent être offertes des expériences intéressantes pour nos enseignants et étudiants. Nous voulons permettre aux programmes concernés de réfléchir et de réaliser l’importance d’intégrer le BIM dans leur programme. Nous pensons plus spécifiquement à sept programmes : d’abord à génie civil, mécanique du bâtiment et géomatique ; mais également à génie industriel sous l’angle de gestion de projets, à animation 3D et synthèse d’images sous l’angle de la gestion d’images 3D et de la création de modèles numériques 3D. Nous pensons qu’il y aurait également de l’intérêt pour le programme de génie mécanique en conception de pièces et d’équipements assistés par ordinateur ; en génie électrique pour l’électronique et la domotique dans les bâtiments. Des enseignants de l'enseignement régulier ont aussi été libérés pour travailler à l’évaluation de la manière dont le BIM pourrait être intégré dans le ou les programmes du secteur régulier. »



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