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Investir le dossier de la littératie, un projet de pointe



 

 

Entretien entre Marie Lacoursière et Monsieur Michel Simard, directeur de la formation continue au Collège Lionel-Groulx et porte-parole du CREMA

 

 

 

Le Centre de recherche et d’expertise en multilittératie des adultes (CREMA) du Collège Lionel-Groulx permet et favorise la recherche sur le développement d’outils et le partage de pratiques novatrices en évaluation et en rehaussement des compétences en littératie auprès des adultes en formation, en emploi et en recherche d’emploi. Il vise le développement de différents axes d’intervention afin d’informer et de soutenir les intervenants autant du point de vue de l’évaluation des compétences en littératie que de la formation, permettant ainsi le rehaussement de ces compétences, mais également de la recherche menant à de nouvelles pratiques novatrices. Nous avons échangé avec Michel Simard, directeur de la formation continue au Collège Lionel-Groulx et porte-parole du CREMA

Une enquête internationale révèle que le Québec est en dessous de la moyenne en littératie

Comment le Collège Lionel-Groulx en est-il venu à investir le dossier de la littératie? Michel Simard explique que, il y a huit ans, dans le cadre de l’identification des créneaux de développement du service de formation continue, un test d’évaluation des compétences en littératie, offert dans le reste du Canada, a attiré son attention. Développé par le collège Bow Valley à Calgary, l’outil, appelé TOWES (Test of Workplace Essential Skills), a été utilisé pour certains besoins du cégep et, à l’usage, le service de la formation continue a réalisé son immense potentiel.

Au même moment, une enquête internationale sur les compétences des adultes produite par l’OCDE (OCDE 2003), à laquelle le Québec et le Canada ont participé, révélait que les résultats du Québec en littératie étaient au-dessous de la moyenne. Michel Simard explique la démarche : « Monsieur Conrad Murphy, de Bow Valley College, a accepté une offre d’utilisation de ces tests pour le Québec. Cela fut suivi d’une entente de partenariat avec onze cégeps pour assurer de couvrir l’ensemble du territoire québécois. Le collège a ainsi travaillé à l’adapter en français pour le Québec. Dans le cadre de projets de recherche-action de l’Association des collèges communautaires du Canada (ACCC), maintenant Collèges et Instituts Canada (CiCan), en lien avec les compétences essentielles et la littératie dans les milieux de formation aux adultes et en emploi, le collège a participé à huit projets qui ont permis de développer notre expertise dans le domaine. »

Le développement des outils en français

Le directeur précise que le groupe de recherche s’est rapidement rendu compte qu’il n’existait pas de matériel pédagogique en français sur le marché permettant le rehaussement des compétences en littératie, soient celles en lecture de textes suivis, en utilisation de documents et en calcul. Le collège a ainsi investi des dizaines de milliers de dollars auprès d’experts de contenus. Anne-Josée Tessier, conseillère pédagogique, a été de plus dégagée pendant plus d’un an et demi afin de produire les documents pédagogiques actuellement utilisés. « Ces guides du formateur, cahiers et aide-mémoire pour les participants peuvent être maintenant utilisés par les collèges auprès des adultes admis dans les programmes d’AEC (Attestation d’études collégiales). Un premier test permet d’évaluer les niveaux des compétences en littératie et est suivi d’une intervention de rehaussement de ces compétences d’une durée variant de 30 à 60 heures avec post-test après la formation et un autre post-test trois mois plus tard pour mesurer la progression de ces compétences. Nous avons fait la démonstration que 67 % des adultes au Canada admis dans des programmes techniques (84% au Collège Lionel-Groulx) sont sous le niveau 3 des cinq niveaux de compétences. L’acquisition des compétences techniques au collégial requiert un niveau 3 et plus. La moitié de ceux qui étaient sous le niveau 3 sont au niveau 1, soit de très faibles compétences se rapprochant de l’analphabétisme. Le niveau 2 correspond à de l’alphabétisme fonctionnel. Ce fut pour nous une grande surprise. »

La création du CREMA (Centre de recherche et d’expertise en multilittératie des adultes)

En juin dernier, le Collège a créé le CREMA. « Nous avons décidé de nous assumer. Nous sommes devenus le collège francophone de référence au Canada pour tout ce qui touche les évaluations, les outils de rehaussement de compétences, matériel pédagogique, matériel didactique. Notre volonté est de partager notre expertise avec la communauté, parce que nous considérons que c’est un enjeu qui touche l’ensemble des établissements d’enseignement, tant au niveau des commissions scolaires qu’au niveau de l’enseignement des adultes, des centres de formation professionnelle, mais également des centres de formation continue des cégeps, la main-d’œuvre en emploi et en recherche d’emploi. Le CREMA fait une veille dont les résultats sont publiés dans un bulletin mensuel distribué à toute la communauté. Nous participons aussi à des groupes de recherche, dont celui de l’Équipe de recherche en littératie et inclusion (ÉRLI) de l’Université du Québec en Outaouais. » Au dire de monsieur Simard, une cinquantaine de chercheurs travailleraient sur ces problématiques au Québec, et ce, particulièrement au niveau scolaire.

Jouer un rôle de vulgarisateur

Le collège collabore toujours avec Collèges et Instituts Canada. Il a été choisi pour faire partie d’un nouveau projet pilote visant les chômeurs, projet qui devrait démarrer en 2016. CREMA travaille sur le développement d’outils et sur les arrimages. « Nous voulons vraiment jouer le rôle de vulgarisateur pour bien faire comprendre au monde du travail les immenses avantages de rehausser les compétences en littératie de leurs employés. Le CREMA veut aussi intervenir auprès des autres conseillers pédagogiques et des enseignants pour les sensibiliser sur cet aspect important que l’on doit intégrer dans les cursus de formation. »

Les incidences sur la capacité du Québec à générer de la richesse

Les chercheurs d’emploi sont les plus démunis en termes de compétences. Le bulletin publié au mois de décembre en fait la démonstration. « C’est assez catastrophique. Malheureusement, entre l’étude de l’OCDE de 2003 et celle de 2013, le Québec a encore régressé. Nous sommes passés de sous la moyenne canadienne à la fin du peloton à tous les niveaux et dans tous les secteurs. Cette situation a des incidences sur la capacité de générer de la richesse au Québec, qu’elle soit individuelle ou collective. Lorsque nous avons une main-d’œuvre ou des diplômés qui ont des niveaux de compétence moindre que les autres provinces canadiennes ou les autres pays de l’OCDE, cela place le Québec dans une situation où il génère moins de richesses. Nous croyons profondément que c’est notre mandat social de contribuer à redresser le tout. »

La situation peut être redressée par des interventions relativement courtes

Ce qui est intéressant, selon le principal intéressé, c’est que la situation peut être redressée grâce à des interventions relativement courtes. Une personne de niveau 2 a besoin d’à peu près 60 heures de formation pour atteindre le niveau 3. Il existe des moyens de faire qui n’appartiennent pas à l’enseignement traditionnel. « Il ne s’agit pas de les retourner à l’éducation aux adultes en secondaire 3 ou 5, ou de leur donner des cours de grammaire ou des cours de mathématiques standards à l’enseignement général en classe. C’est en travaillant sur des documents que ces gens-là utilisent tous les jours au travail ou dans la vie courante que nous y arrivons. Nos guides de formation utilisent seulement des documents de la vie quotidienne. C’est pour cette raison que nous parlons de multilittératie lorsque nous rehaussons les compétences en littératie d’un individu ; les impacts se font sentir sur sa vie personnelle, au travail, en apprentissage, dans ses transactions avec les institutions financières, dans sa compréhension des contrats d’assurance, des services de santé, de la vie communautaire, sur sa participation à la vie démocratique et la confiance en soi. Les impacts d’un rehaussement sont multiples et touchent plusieurs aspects de la vie. »

« La catastrophe québécoise »

Depuis sept ans, Michel Simard a pris le bâton du pèlerin. Il a multiplié les démarches auprès du Conseil supérieur de l’éducation, du ministère de l’Éducation, du ministère de l’Emploi et de la Solidarité sociale pour que Québec change ses critères et les rende plus flexibles pour permettre l’évaluation des compétences en littératie. Les premières années, il s’est heurté à des murs opaques. La veille du CREMA démontre que plusieurs pays étaient sérieusement avancés dans les politiques et mesures pour intégrer ces pratiques dans les établissements. Le Québec était quinze ans en retard sur ce que le Canada faisait en lien avec cette problématique. Selon lui, l’avis du Conseil supérieur de l’éducation parue en septembre 2013 fut un des premiers pas qui ont fait bouger le gouvernement. Trois semaines plus tard, l’OCDE publiait son enquête. Alain Dubuc du journal La Presse parlait alors de la « catastrophe québécoise ». Le Québec se situant au 17e rang des 24 pays. «  Il y a eu une importante prise de conscience. Malgré nos façons de faire depuis plusieurs années, certains croient encore qu’il suffit d’avoir un diplôme de secondaire 5 pour avoir un niveau 3. C’est faux. La moitié des diplômés du secondaire ne possède pas le niveau 3. De toute façon, les fonctions de travail par ordre d’enseignement (DEP en soudure ou DEC en gestion de commerce) ont des niveaux de compétence attendue en littératie similaires qui ne réfèrent aucunement à un ordre d’enseignement. À titre d’exemple, un pharmacien a besoin d’un niveau 4 en littératie en utilisation de documents et d’un niveau 5 en calcul. L’exigence pour un électricien industriel est de 5 en utilisation des documents et de 4 en calcul. Pour réussir sa maîtrise, une bibliothécaire a besoin d’un niveau 3 en lecture de textes, 3 en utilisation de documents, 3 en calcul. Ces niveaux sont les mêmes que ceux d’un superviseur en commerce de détail. Ce n’est pas lié à des ordres d’enseignement. Certains DEP nécessitent des compétences en littératie plus élevées qu’au DEC et au BAC et l’inverse est vrai aussi. Cela varie d’une fonction de travail à une autre. »

Une importante déperdition dans le temps

Les problèmes rencontrés au Québecparticulièrement en ce qui concerne l’acquisition des diplômes de l’ordre secondaire et moins, révèlent une importante déperdition dans le temps. « Un jeune de dix-sept ans qui diplôme peut se retrouver dix ans plus tard sans avoir vécu dans un milieu de travail stimulant. S’il n’a pas participé dans sa vie privée à des activités qui stimulent ses compétences en littératie, il accuse une importante déperdition de ses compétences à un point tel que son niveau de productivité est très faible comparativement aux gens qui ont maintenu ces niveaux de compétences. C’est un problème large et complexe, mais qui n’est pas insoluble. »

Les choses commencent à bouger

À force de démarches, de représentations, de mémoires, de recommandations, Michel Simard nous dit que les choses commencent à bouger. Il en veut comme témoignage la recommandation 18 du Rapport Demers, souhaitant que les services de formation continue soient en mesure d’évaluer et de rehausser les compétences en littératie des adultes admis dans les AEC et de faire cette mise à niveau avant le début de la formation. C’est aussi une recommandation du Conseil supérieur de l’éducation. Il croit que prochainement le cadre réglementaire sera modifié pour permettre cette mise à niveau. Depuis le 23 septembre dernier, le ministère de l’Emploi et de la Solidarité avec la Commission des partenaires du marché du travail (CPMT) a mis sur pied de nouveaux programmes qui permettent aux entreprises de procéder à l’évaluation et au rehaussement des compétences en littératie de leur main-d’œuvre. « C’est un programme extrêmement intéressant qui rembourse jusqu’à 100 % de l’intervention incluant le salaire de l’employé (jusqu’à 20 $ de l’heure) qui participe à ce rehaussement. Ce sont des développements importants. Il reste néanmoins encore beaucoup de choses à faire au niveau de l’éducation des adultes dans les commissions scolaires et auprès des chercheurs d’emplois. »

L’expérimentation à Lionel-Groulx montre une hausse du taux de diplomation

Le Collège Lionel-Groulx a réalisé un projet pilote pancanadien et a poursuivi l’expérimentation pendant deux ans. 84 % des adultes admis dans ses programmes d’AEC sont sous le niveau 3. L’intervention pendant deux ans en rehaussement des compétences a permis de rehausser le taux de diplomation à 86 %. Ce taux dans les AEC dans les collèges varie entre 73 et 78 %. « On diplôme en moyenne deux personnes de plus par cohorte, lorsqu’on hausse les compétences en littératie. Nous identifions également des gains positifs sur la réussite de la maîtrise des compétences. L’acquisition des compétences est plus solide et la déperdition dans le temps est plus lente. C’est un investissement payant pour les fonds publics. Trois quarts des adultes dont on parle sont sur des mesures d’aide sociale ou d’assurance-emploi. Leur permettre d’avoir une vie meilleure et une vie citoyenne engagée, de pouvoir contribuer à leur société, d’augmenter leur estime de soi constitue des bénéfices sur notre enrichissement collectif. Pour plusieurs des adultes qui s’inscrivent dans les AEC, c’est la dernière chance. Ils ont 24, 30 ou 40 ans ; ils ont eu des parcours académiques atypiques ; ils ne sont pas satisfaits de leur parcours professionnel. Ils aspirent à de meilleures conditions de vie, à de meilleures conditions de travail. »

Faire de la formation de formateurs

Compte tenu des changements réglementaires attendus, le Collège Lionel-Groulx compte jouer un rôle actif d’accompagnement dans le réseau des collèges en mettant à sa disposition les outils qu’il a développés. Il entend offrir des services de formation des formateurs dans le domaine.

Une note optimiste

Michel Simard termine l’entretien sur des paroles optimistes : « Les astres s’alignent davantage en 2016 qu’ils ne l’étaient en 2008. Ce fut bien sûr un long parcours de combattant. Je suis heureux que les choses évoluent dans la bonne direction. J’espère que le Québec saura se donner, au cours des prochaines années et dans le cadre d’une économie mondiale, les outils requis pour rattraper le temps et le terrain perdus comparativement aux autres provinces canadiennes et au reste du monde. » Un dossier à suivre sur le Portail du réseau collégial et pour en savoir plus:

Site Web du Centre de recherche et d’expertise en multilittératie des adultes

Site Web de la formation continue et services aux entreprises du Collège Lionel-Groulx

Téléphone : (450) 971-7878





 
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