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eCAMPUSQUÉBEC, de l’intention à l’action

2020-03-30


Dossier préparé par Mme Thérèse Lafleur, Rédactrice au Portail

Quand Guy Rocher, un des pères de la réforme du système d’enseignement québécois, a participé à un cours à distance du Cégep Beauce-Appalaches, il a demandé « mais vos étudiants, ils sont où dans la Beauce ? ». Le professeur lui a répondu : « Mes étudiants sont partout au Québec. C’est ça qui est intéressant. J’ai vingt étudiants. Il y en a quelques-uns de la Beauce bien sûr, mais les autres sont à Montréal, à Québec, en Abitibi. » L’éminent sociologue Guy Rocher, professeur émérite à l’Université de Montréal, a trouvé que c’était une expérience remarquable : « C’était la première fois que je donnais un cours à des étudiants aussi dispersés sur le territoire. Il y a là une nouvelle possibilité d’extension du cégep. »

Effectivement, l’espace numérique repousse les frontières de l’enseignement supérieur. Les avancées technologiques permettent d’explorer de nouveaux univers de partage des savoirs au bénéfice de tous. Et, bien que la conquête de ce monde nouveau comporte son lot d’inconnu, déjà en 2018 le ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur dévoilait le premier Plan d’action numérique en éducation et en enseignement supérieur. Un plan arrimé à la Politique de la réussite éducative et, depuis, à la Stratégie de transformation numérique gouvernementale 2019-2023. L’eCampus s’esquissait.

Le scénario initial était de créer une plateforme sur laquelle allait se donner et se développer des cours en formation à distance (FAD). Le concept a évolué depuis. L’eCampus sera « la » référence québécoise en matière de formation à distance.

À travers l’eCampus Québec,l’étudiant pourra chercher, trouver et comparer la formation à distance qui l’intéresse. Quand il aura précisé son choix, il sera dirigé vers les établissements qui l’offrent, et ce, sur la plateforme privilégiée par chaque établissement. L’eCampus ne se veut pas un campus où se donnent des cours, mais un portail pour accéder à l’offre de cours développés et proposés par les établissements. Donc un cégep qui développe une formation pourra l’afficher sur son site Web tout en étant présent, visible et bien indexé sur l’eCampus. Par ailleurs, l’eCampus pourrait soutenir les établissements d’enseignement dans la création de nouveaux cours par certaines mesures budgétaires ou des appels à proposition.

Du travail reste à faire pour que l’enseignement supérieur soit doté de ce portail intelligent. Mais grâce au Chantier mis en branle en 2018-2019, les composantes de l’eCampus ont pris forme. Déjà amorcé, le plan de travail 2019-2021 permettrad’en poursuivre l’élaboration et d’en préciser l’opérationnalisation.

Le Chantier 2018-2019

Dans la foulée des initiatives pour mettre en œuvre l’eCampus, c’est le volet humain qui a pris le pas sur l’angle technologique dans l’approche priorisée. Ainsi, à l’hiver 2018, le Chantier de coconstructionrassemblant l’ensemble des intervenants en enseignement supérieur a été lancé afin de réfléchir collectivement, tant au projet de l’eCampus qu’à l’offre de formation à distance des collèges, privés et publics,ainsi que des universités. Une démarche collective permettant de saisir les opportunités qui se profilent et de proposer des solutions à certains défis :
• sociodémographiques : évolution des effectifs étudiants, du marché du travail et des besoins en matière d’adéquation formation-emploi, etc. ;
• liés aux transformations de l’enseignement supérieur : concurrence internationale pour le recrutement étudiant, diversification des clientèles, parcours étudiants, etc.

Des représentants des réseaux collégial et universitaire ont travaillé en comités sur lesthématiques suivantes : développement et gestion de l’offre ; reconnaissance d’équivalences ; évolution du rôle du personnel enseignant ; partage d’expertise ; financement ; gouvernance et architecture. Cette démarche de coconstructionen groupes de travail a représenté :
• 52 rencontres (plus de 120 heures d’échanges) ;
• plus de 175 participants des collèges et des universités ;
• un taux moyen de participation de 73 % ;
• des échanges fructueux avec des représentations des étudiants et du personnel enseignant pour identifier les besoins préliminaires et produire des portraits par groupes d’utilisateurs fondés sur les avis et mémoires reçus provenant notamment des instances syndicales et des associations étudiantes. Des avis qui continuent d’ailleurs d’alimenter les travaux.
• 55 recommandations issues des groupes de travail.

eCAMPUSQUÉBEC, une vision évolutive

Le Chantier a mené à affiner une vision collective de l’eCampus Québec. Ses grands objectifs sont définis ainsi que les cibles stratégiques du projet, les valeurs et les principes porteurs de son développement. Convenons que pour y arriver, il aura fallu aborder les choses de manière inédite et évoluer collectivement dans un processus complexe pour mener à bien ces travaux en coconstruction.L’eCampus résulte ainsi de la détermination des acteurs du réseau de l’enseignement supérieur de concrétiser le projet dans le meilleur intérêt des étudiants, des personnels et des établissements qui évolueront dans cet écosystème.

L’eCampus Québec se veut un portail de services et de ressources servant de vitrine à l’offre de formation à distance et à l’expertise québécoise afin de positionner le Québec comme leader dans le domaine et rayonner à l’international.

Sa mission sera de favoriser l’accès à l’enseignement supérieur et le développement des compétences tout au long de la vie.

Il aura pour objectifs de :
• Optimiser l’expérience étudiante et la fluidité des parcours, notamment par la reconnaissance d’équivalences ;
• Regrouper l’offre de la FAD pour en accroître l’attractivité ;
• Favoriser les partenariats et le développement concerté de l’offre au bénéfice de tous ;
• Valoriser les bonnes pratiques, le partage et la mutualisation des ressources ;
• Créer des lieux d’échanges, collaborer et innover par l’expérimentation et la recherche.

Dans l’état actuel des discussions, pour les étudiants,ce pourrait être :
• Un répertoire de cours et de programmes accessibles ;
• Des outils, des services et des ressources adaptés pour soutenir l’apprentissage à distance ;
• Un portfolio électronique pour la reconnaissance des équivalences.

Dans l’état actuel des discussions, pour le personnel (enseignant, professeur, chargé de cours, conseiller pédagogique, employés de soutien, etc.),ce pourrait être :
• Des ressources et des services d’accompagnement, de soutien et de perfectionnement en FAD ;
• Des espaces collaboratifs pour partager les bonnes pratiques et échanger entre pairs ;
• Un bac à sable pour tester des outils technologiques émergents ou coûteux.

Dans l’état actuel des discussions, pour les établissements, ce pourrait être :
• Des outils pour promouvoir leur offre de formation à distance (FAD) ;
• Des incitatifs à la collaboration, à la recherche et à l’innovation dédiées à la FAD ;
• Un soutien à la production de ressources, à la formation et au perfectionnement du personnel ;
• Un mécanisme de partage des veilles stratégiques et technologiques.

Les priorités d’action 2019-2021 ont aussi été identifiées à l’issue du Chantier, en avril 2019. Une équipe est déjà en place pour le déploiement de ce plan de travail.

Une interface balisée

Pour naviguer avec fluidité et intérêt dans ce nouvel espace, l’architecture de ce portail de services et de ressources est déjà esquissée. Les travaux 2019-2021 permettront de la finaliser et d’élaborer les contenus pertinents selon lesutilisateurs en respectant les valeurs d’adaptabilité, de coopération, de diversité, d’équité et de qualitéqui sont mises de l’avant.

D’autres considérations entrent en jeu pour investir ce monde virtuel. Dès le départ, ces principes devront toujours s’appliquer :
Priorité aux étudiants ;
Adéquation et complémentarité de l’offre ;
Autonomie institutionnelle et liberté académique du personnel ;
Cohérence interordre et intraordre ;
Interopérabilité des solutions technologiques ;
Respect de l’écosystème existant et du patrimoine.

Les perspectives du réseau des cégeps


Le président-directeur général de la Fédération des cégeps, Bernard Tremblay, explique« que depuis 2017, dans la foulée d’un colloque sur la formation à distance (FAD), la Fédération a mis en place un comité de réflexion. Les cégeps s’entendaient pour faire de la formation à distance une priorité. Pour eux la FAD à distance est la voie de l’avenir. » Il précise que « dans un premier temps, le modèle de l’eCampus Ontario semble intéressant parce qu’il est simple et permet de respecter l’autonomie de tous. Dans une seconde phase, la gestion et le financement du développement de l’offre de formations à distance pourront être regardés. D’ailleurs, il y a deux ans, les directeurs généraux des 48 cégeps de la Fédération avaient entériné la proposition de former un consortium de formation à distance notamment afin d’éviter une concurrence pouvant être nuisible au réseau. C’est encore le modèle que nous privilégions parce que tous les cégeps participeraient à l’évolution de l’offre de formation à distance via ce consortium. »

Dès l’annonce en 2018, la Fédération nationale des enseignantes et des enseignants du Québec (FNEEQ) a signifié son intention « d’être partie prenante des discussions, en amont comme en aval ». La Fédération des enseignantes et des enseignants de cégeps (FEC) partage des préoccupations identiques dans son Avis sur le portrait préliminaire des constats et propositions sur le Chantier eCampus et formation à distance en enseignement supérieur.

Ces différentes perspectives sont été abordées lors du Chantier et seront considérées au plan de travail 2019-2021. Tout comme les nombreux avis déposés en marge du Plan d’action numérique demeurent de solides repères pour la suite des choses afin d’être en mesure d’intégrer harmonieusement, et avec succès, la société numérique.

« L’eCampus peut aussi avoir un rôle structurant. » souligne d’autre part la directrice de Cégep à distance, Carole Gaudin, qui poursuit en affirmant que « certes il répond à un besoin important en vertu des produits ou des cours que les cégeps offrent à distance.Les nouvelles clientèles étudiantes ont des besoins de flexibilité très différents des précédentes. Ces étudiants ont accès à des tonnes d’information, mais il reste à travailler tout ce qui relève de l’esprit critique par rapport à l’information et à la désinformation ainsi qu’à la maîtrise des technologies. En effet, bien qu’on présuppose que parce qu’ils sont jeunes ils les maîtrisent, ce n’est pas toujours vrai quand on sort des applications de base. L’eCampus peut avoir un rôle structurant assez essentiel sur la manière dont nous allons développer les nouvelles compétences de ces étudiants-là. »

Arrimer sans se substituer

Pour la suite des travaux, il a été convenu avec l’ensemble des parties prenantes de mettre en œuvre les recommandations les plus consensuelles issues du Chantier 2018-2019, de poursuivre la concertation sur les aspects qui le furent moins, puis de concrétiser les priorités d’action identifiées lors de la rencontre d’atterrissage, dont :
Définir la formation à distance, numérique et en ligne ;
Cartographier l’existant (l’offre actuelle, les projets en développement et les expertises) ;
Préciser les services, outils et ressources à offrir aux étudiants et au personnel via l’eCampus.

Les travaux du Chantier 2018-2019, une première phase, auront permis d’esquisser les composantes de l’eCampus et son modèle d’affaires. Le plan de travail 2019-2021poursuivra le travail de conception et verra à l’opérationnalisation de ces composantes au terme de nouvelles consultations qui seront réalisées auprès des utilisateurs, des experts et des établissements des réseaux.

Rappelons que depuis 2002, la Colombie-Britannique, le Manitoba et l’Ontario ont tour à tour créé des campus virtuels nationaux. Des données sont d’ailleurs présentées dans le rapport public du Sondage national sur la formation à distance et l’apprentissage en ligne 2018 de l’Association canadienne qui suit l’évolution de la formation à distance et de l’apprentissage en ligne dans les universités et collèges du Canada.

Au Québec, l’avènement de l’eCampus favorisera l’harmonisation du développement et de l’offre de formation en ligne. Il s’appuiera sur l’ambition, portée collectivement par l’ensemble des intervenants en enseignement supérieur,de créer un eCampus de calibre mondial, une référence en la matière.


i Après 50 ans | L’évolution des cégeps inspirée des réflexions de Guy Rocher, Verbatim de l’entrevue de Charles Simard avec Guy Rocher, p. 53-54, Association des cadres des collèges du Québec.



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