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Sharon Coyle, Prix Paul-Gérin-Lajoie 2019-2020 - Passionnante passionnée !

2020-09-16


 

 

Sharon Coyle

 

 

Thérèse Lafleur
Rédactrice

Quand il s’agit d’enseigner, Sharon Coyle est du genre à expérimenter les « why not ? ». Pourquoi ? Pourquoi pas ! Tout est affaire de pédagogie pour cette professeure de formation générale au secteur anglophone du Cégep de Sept-Îles. Son inventivité et son engagement viennent de mériter à madame Coyle le prix Paul-Gérin-Lajoie 2019-2020 assorti d’une bourse de 10 000 $. Ce prestigieux Prix du ministre de l’Enseignement supérieur reconnaît l’excellence en enseignement collégial. Il souligne notamment l’innovation numérique dans le renouvellement des pratiques pédagogiques.

Depuis 25 ans, Sharon Coyle se consacre à la formation d’étudiants d’horizons culturels distincts. Elle mise sur les forces du groupe pour mener à bien l’expérience éducative dans une réelle approche socioconstructiviste. Cette formidable pédagogue propose une relation maître-apprenant-classe qui a du sens et qui donne du sens. Et quand le sens va… tout va comme diraient Piaget et ses adeptes.

Pour elle, ce Prix signifie beaucoup : « Moi, je suis une prof de carrière. Plusieurs sont spécialistes dans leurs disciplines. Mais l’enseignement m’intéresse bien plus que ma discipline. Même si j’ai moins de formation spécifique, j’ai un solide bagage en pédagogie. Ce Prix valorise mon expérience pédagogique. C’est important d’être expert dans son domaine, mais, sans de bonnes pratiques pédagogiques basées sur la recherche scientifique, on est moins efficace et on travaille plus fort pour obtenir moins de résultats. Pour moi, ce Prix est une réelle reconnaissance de la valeur de la pédagogie. »

Un parcours riche d’expériences

« Je suis passionnée d’enseigner. En fait, j’ai toujours enseigné ! » dit-elle en riant. Toute jeune, elle est coach de gymnastique. Elle travaille pour les bibliothèques municipales où elle instaure les heures de conte, invente un programme de yoga et propose des jeux coopératifs. Mais d’abord, elle se documente pour bien se préparer. C’est dans sa nature.

Elle poursuit des études en arts à l’Université de York, à Toronto, où ses amis sont en éducation. Avec eux, elle s’implique dans les programmes d’été destinés à intégrer des enfants ayant des besoins particuliers à des groupes du régulier. Déjà elle s’active autour des apprentissages et sur le terrain. C’est sa vocation !

Elle travaille ensuite à l’intégration d’enfants en difficulté dans une classe du primaire à Toronto. Au fait de cet engagement, ses parents l’encouragent à poursuivre des études et elle obtient un Baccalauréat en éducation de l’Université de l’Île-du-Prince-Édouard. Là, l’approche holistique et avant-gardiste des professeurs laisse une empreinte qui inspire sa pratique encore aujourd’hui.

Nouvellement diplômée, c’est dans le Maine qu’elle enseigne pendant trois ans aux élèves d’une école alternative. Suivent huit années d’enseignement au primaire, en Ontario, au cours desquelles elle intervient auprès d’enfants ayant des besoins spécifiques et décide de faire un Certificat spécialisé.

Au milieu des années 1980, elle amorce sa carrière au collégial au secteur anglophone du Cégep de Sept-Îles. Parallèlement, elle obtient une Maîtrise en enseignement au collégial à l’Université de Sherbrooke - Performa. Elle rédige alors l’essai What is crossing the virtual window? : collaboration in virtual teaching.

« C’est en faisant ma Maîtrise que j’ai réalisé que la recherche est beaucoup plus importante que je croyais. J’ai pris conscience que la recherche est primordiale pour comprendre ce qu’on fait et pour mieux faire.La recherche n’est pas statique ni quelque chose de déjà fait. La recherche c’est ce qu’on fait tous les jours comme prof, dans nos classes, pour améliorer nos façons d’enseigner. Ça a été une “épiphanie” ! Ce qui me semblait secondaire est devenu essentiel. » confie-t-elle.

D’ailleurs, elle travaille en recherche continue avec l’approche Classroom Assessment Techniques, CATs. Une formule de recherche basée sur des techniques qui facilitent l’évaluation en temps réel. Ces évaluations formatives fournissent de l’information qui peut être utilisée pour modifier le contenu de cours, ajuster les méthodes d’enseignement et accroître les acquis des étudiants. L’atelier Spidercat on-line , qu’elle a présenté en 2011 au Colloque de l’Association québécoise de pédagogie collégiale (AQPC), détaille cette démarche.

À l’avant-garde de l’enseignement virtuel en équipe


Image et entrevue Radio-Canada

L’approche collaborative qu’elle propose dans Virtual Team Teaching est convaincante.Son livre explique le cheminement ayant mené à l’enseignement virtuel en équipe du cours Humanities. Pendant dix ans, madame Coyle, au Cégep de Sept-Îles, et Sophie Jackman ainsi que plusieurs enseignants au Collège Vanier, à Montréal, ont offert ce cours en enseignement virtuel en équipe. Elle y partage l’expérience vécue quand il s’agit de proposer quelque chose de nouveau en matière de pédagogie au Québec.

Une pratique pédagogique exemplaire et partagée

Madame Coyle conjugue passion, intuition et expérimentation dans sa démarche pédagogique. Plusieurs collaborations lui ont permis d’explorer des zones inédites d’enseignement et d’apprentissage. Un bagage qu’elle partage volontiers.

Son projet majeur d’enseignement virtuel en équipe avec Lyne Marie Laroque du Collège Vanier, les a menées jusqu’en Pologne pour en faire la présentation. Rencontrées lors de ce séjour en Europe, des professeures de l’Université de l’Arizona lui proposent alors une collaboration d’enseignement virtuel en équipe via un projet référant à l’espace-frontière, Mapping the Borderlands. Grâce à une plateforme en ligne développée par l’Université de l’Arizona et à une caméra 360 degrés, leurs étudiants ont échangé relativement aux espaces-frontières qui leur sont propres. Une expérience qu’elle devait présenter à l’atelier Inter-regional and International Virtual Team Teaching : Go Beyond the Classroom Setting! lors du congrès 2020 de CICAN annulé à cause de la pandémie.

Invitée comme conférencière principale lors du colloque 2018 de l’AQPC - Apprendre ensemble dans un monde en mouvement, madame Coyle présente alors la pédagogie virtuelle dans une métaphore darwinienne Chalk to Docs : Learning Together in a Techno-Pedagogical World. Les complicités développées lors des colloques de l’AQPC l’ont amenée à accueillir « en ligne » dans son cours d’anglais des étudiants du Cégep de Thetford. Misant sur le team teaching virtuel, son projet J@nus permet aussi de réunir dans des classes virtuelles des étudiants des collèges Vanier, Sept-Îles et Gaspé pour construire ensemble des savoirs nouveaux. Quelques présentations, parfois faites en collaboration, illustrent l’élan qui l’anime :
o Open Mindedness: Five Classroom Activities;
o Double DARE: Collaborate Online;
o Fostering a Legacy of Active Learning;
o Putting the “Social” in Social Constructivism;
o Sitcog a practioner’s look at “knowing what” and “knowing how” /;
o Team teaching in the virtual world Montréal and Sept-Îles /;
o The W5 of virtual team-teaching;
o Spidercat on-line classroomassessment techniques. ;
o Making Learning Active .

Dans Pédagogie collégiale, Madame Coyle signe un article récent qui présente la mise en place d’une classe d’apprentissage actif : Une démarche en 10 étapes pour concrétiser une idée pédagogique. Elle s’avère une référence pour Saltise (Supporting Active learning&Technological Innovation in Studies of Education), une communauté qui se penche sur les transformations en enseignement. Formatrice en ligne pour l’APOP, un organisme qui œuvre à l’intégration pédagogique des technologies de l’information et des communications en enseignement et en apprentissage et dans la vie citoyenne, elle a aussi siégé à son conseil d’administration.

Dans ProfWeb, elle publie le premier article traitant de Virtual Team Teaching en 2010 et depuis sa collaboration est constante comme en font foi ses textes La classe d’apprentissage actif à faible technologie du Cégep de Sept-Îles et An Introduction to Virtual Team Teaching with Sharon Coyle.

« Mon travail a aussi inspiré la réflexion pour le Plan d’action numérique en éducation et en enseignement supérieur du gouvernement du Québec. » mentionne-t-elle.Le parcours de madame Coyle est ponctué de plusieurs honneurs comme le Prix Dr. Walter R. Shaw (1985) pour la distinction académique, le Prix d’excellence en enseignement de la Faculté d’éducation de l’Université de l’Île-du-Prince-Édouard (1986) et la Mention d’honneur de l’Association québécoise de pédagogie collégiale (2011).

Quelque 125 professeurs de Champlain St. Lambert et de Champlain Lennoxville viennent de bénéficier de son expertise lors d’ateliers visant à les outiller pour l’enseignement virtuel. Dans cette perspective, elle précise que « L’important étant de mettre en veilleuse les technologies pour se concentrer sur le design des cours soit un cadre pour que l’expérience éducative soit réussie en créant une communauté d’apprentissage,une Community of Inquiry, sur le modèle de Garrison. »

C’est donc à propager cette approche socioconstructiviste, en travaillant à distance au perfectionnement des professeurs, que madame Coyle entend consacrer en partie sa retraite qu’elle prévoit bientôt.

Une reconnaissance qui surprend et ravit !

Même si elle ne peut recevoir son Prix Paul-Gérin-Lajoie lors d’un événement festif, madame Coyle se réjouit de cet honneur qu’elle partage : « Ça prend un village pour élever un enfant et ça prend une communauté pour gagner un prix. C’est un prix individuel, mais je n’ai pas fait ça toute seule. Mon directeur des études et mon conseiller pédagogique ont présenté ma candidature. Mais autrement, ma prof de maîtrise a été précieuse pour que j’avance. Pour expérimenter un projet comme le Virtual Teaching, ça prend de l’argent et mon collège me soutient et croit en la force du virtuel. Il y a aussi les techniciens qui trouvent les solutions et dépannent rapidement en classe ! »

Elle est bien consciente des conditions de travail exceptionnelles qui lui ont permis d’expérimenter, de se perfectionner et de partager ses connaissances. Ses groupes sont petits et elle voit les mêmes étudiants pour tous les cours English et Humanities. Les salles d’apprentissage actif lowtech reflètent sa vision. Ce n’est pas une réalité partagée par la majorité des professeurs.

« Je suis très bien au Cégep de Sept-Îles. J’adore la Côte-Nord. Je suis bien ici. J’aime marcher, faire du HoxSki l’hiver et du PaddleBoard avec mes enfants l’été. » conclut-elle, heureuse de partager sa passion d’enseigner.



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