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Entretien avec Alexandra Hébert, récipiendaire du "Prix Vecteur pédagogique" de l’AQPC 2019



Une collaboration de Mme Marie Lacoursière, webmestre au Portail du réseau collégial.

Instauré en 2013 par l’Association québécoise de pédagogie collégiale, le prix Vecteur pédagogique rend hommage à un professionnel qui soutient et accompagne de façon remarquable, sur le plan pédagogique, les enseignants ainsi que les équipes de direction de son établissement dans leur cheminement vers l’innovation pédagogique, le succès des étudiants, vers une offre de programmes d’études enrichissants. Nous échangeons avec madame Alexandra Hébert, conseillère pédagogique au Cégep de Jonquière et récipiendaire du prix Vecteur pédagogique 2019.

Remise du prix Vecteur pédagogique par le président de l'AQPC et son directeur général , Crédit photo AQPC

Pour la conseillère pédagogique, la réception de ce prix représente un très grand honneur. Elle lève son chapeau à l’AQPC pour la mise en place de ce prix qui permet de reconnaître le travail des professionnels du réseau collégial.

Conseillère depuis dix ans, elle a précédemment enseigné l’histoire pendant douze ans au Cégep de Jonquière, collège où elle a étudié. « Un cégep qui me tient beaucoup à cœur », avoue-t-elle. C’est un remplacement qui m’a amenée à y devenir conseillère pédagogique. « J’ai eu la piqûre pour ce travail et vraiment aimé le côté varié des tâches. »

Un projet phare : le programme Première année réussie

Interrogée sur le projet phare de ses réalisations, elle retient le programme Première année réussie, le PAR. Pour elle, c’est le projet qui a permis de mobiliser la communauté. « Je suis fière de voir à quel point ça peut faire la différence quand on travaille tous enensemble. Auparavant, il y avait beaucoup de choses qui se faisaient de bonne volonté.Maisl’organisation d’une réelle collaboration, la formalisation de la concertation se sont traduites par une mobilisation en gardant au cœur de nos actions le souci de nos étudiants, de les accompagner, de les aider à vivre la transition aux études supérieures, de donner au plus grand nombre la chance de s’adapter aux études collégiales et de poursuivre leur cheminement. Pour moi, il s’agit là d’un projet phareparce que, comme conseillère pédagogique, j’ai été au cœur de cette collaboration et de cette concertation. Les gens se sont vraiment impliqués de façon volontaire. J’ai travaillé étroitement avec les aides pédagogiques du collège, avec les enseignants communément identifiés comme des enseignants pivots, plus vigilants par rapport aux signes précurseurs de désengagement chez les étudiants tels les absences ou des problèmes lors des premières évaluations. Tous ces intervenants se parlent, se rencontrent, échangent leurs meilleures pratiques et leurs préoccupations. Nous trouvons ensemble les meilleures solutions. Pour moi, c’est extrêmement motivant et valorisant de voir les fruits de cette mobilisation et de travailler ensemble, même si nous sommes dans un grand établissement. »

  Crédit photo Portail du réseau collégial

Une communauté de pratiques et des enseignants pivots

Le programme PAR a d’abord été mis en place il y a trois ans dans un programme. D’autres se sont ajoutés en deuxième année. Cette année, l’ensemble des 27 programmes avait un enseignant pivot. Une communauté de pratiques a été mise en place. Tous les enseignants pivots se rencontrent trois fois par session. Dans ce cadre, le centre de recherche Écobes est venu présenter les résultats d’une recherche issue d’un sondage sur les étudiants du collégial. Qui sont-ils ? Quelles sont leurs attentes, leurs difficultés? « Cette communauté de pratique permet l’enrichissement de nos connaissances sur les étudiants et de fructueux échanges sur ces questions. Auparavant, il se faisait de belles choses, mais plus isolément, et chacun de son côté. Maintenant, nous avons l’occasion de mettre tout cela ensemble et d’aller plus loin», explique-t-elle.

Le projet Étudiants de première génération

Alexandra Hébert a également travaillé au projet « Étudiants de première génération ». Il s’agit d’un projet interordre débuté en 2015 avec le réseau de l’Université du Québec et des cégeps de trois régions, dont le Saguenay–Lac-Saint-Jean. Elle a agi comme coordonnatrice du projet où on trouvait les meilleures façons de favoriser l’accessibilité et la persévérance. Elle explique : « C’était de dire : nous rendons les études supérieures accessibles, mais en aidant les étudiants de première génération afin que les premiers de la famille à faire des études collégiales ou universitaires puissent se rendre jusqu’au diplôme. Ils ne partent pas nécessairement avec le même coffre à outils. Il nous faut comme établissements pouvoir pallier ces besoins et y répondre. Ce projet m’a beaucoup sensibilisée à l’importance de prôner l’égalité des chances. Des situations socio-économiques peuvent également nuire à la persévérance. Le projet m’a également fait réaliser à quel point la mobilisation est importante. J’ai travaillé avec les gens du CREPAS, instance régionale de concertation. J’ai vu à quel point l’organisme travaille depuis plusieurs années avec les communautés et contribue au rapprochement de l’école, les parents et les communautés. J’y ai trouvé une grande inspiration dans l’élaboration du projet PAR. »

L’ouverture du réseau à partager les projets
La gagnante du prix Vecteur pédagogique souligne que son cégep s’est inspiré aussi de démarches comparables vécues dans le réseau, par exemple aux cégeps de Limoilou et de Sherbrooke. « Dans le réseau collégial, il y a tellement d’ouvertures à partager nos projets. J’ai cogné aux portes de certains collèges qui m’ont donné de la documentation, qui m’ont présenté leurs outils. Depuis ce temps, des collèges m’ont téléphoné pour que je leur présente nos démarches. Je trouve ces ouvertures extraordinaires et j’ai voulu le souligner dans mon allocution lors du colloque de l’AQPC. »

Performa, un réseau extraordinaire

Alexandra insiste pour souligner la contribution exceptionnelle de Performa : « Je dirais que Performa a été marquant dans mon parcours de conseillère pédagogique, parce que je suis également répondante locale de Performa. L’assemblée des répondants locaux de Performa demeure une occasion extraordinaire de réseauter avec les collègues, entre les collèges. Performa diffuse également beaucoup de la recherche scientifique, forme des maîtres en pédagogie, donc tout ça nous revient et nous alimente dans notre pratique et nous aide dans la mise en œuvre d’approches nouvelles. Performa demeure un réseau extraordinaire à cet égard. »

La situation des professionnels

Durant la dernière année, plusieurs communiqués, principalement en provenance du SPGQ, ont souligné des situations problématiques vécues par les professionnels. Les compressions budgétaires, les professionnels semblent les avoir heurtées de plein fouet. Sur cette question, Alexandra pense que les projets touchant la réussite des étudiants évoqués précédemment exigent la présence de professionnels. Ils sont indispensables pour la proactivité d’actions au regard des étudiants dans le besoin et pour déceler le plus rapidement possible les difficultés en cause. « Cependant, il ne faut pas uniquement déceler les difficultés, mais également répondre aux besoins qui en découlent. Nous parlons à cet égard de problématiques psychosociales de tous ordres.Il faut des professionnels pour répondre à ces besoins. Je parle ici de psychologues, aides pédagogiques individuels, travailleurs sociaux, conseillers en orientation,conseillers pédagogiques en nombre suffisant », affirme-t-elle.

Des projets sur la table
Interrogée sur ses projets à venir, Alexandra dit s’inscrire d’abord dans la continuité tout en améliorant ce qui est en place : « Il faut, oui, mettre en place des structures, des projets de programmes, mais il faut tout autant consolider les choses. Nous sommes toujours en amélioration. Il faut certes être sensible aux améliorations et bonifications à faire. Nous sommes encore dans ce processus en ce qui concerne le projet PAR. Il faudrait également mettre en place des mécanismes favorisant l’inclusion, la prévention des difficultés dans notre approche et nos enseignements. Il faudra raffermir ce volet d’inclusion extrêmement important et essentiel. Le thème du colloque annuel de l’AQPC cette année était sur la diversité, mais il faut absolument dans un même temps raffermir dans nos stratégies d’enseignement ce concept d’inclusion. »

Sur la photo: Sophie Fillion, Julie Lafrenière, Émilie Hudon
Rangée du bas (de gauche à droite)
 Karla Cynthia Garcia Martinez, Valérie Houde, Alexandra Hébert, Christine Michau

Crédit Photo Cégep de Jonquière

La collaboration et l’importance du travail en équipe

La récipiendaire du prix Vecteur pédagogique se définit ainsi : « Je suis vraiment une fille d’équipe, convaincue de l’importance de s’asseoir ensemble pour réfléchir. Tout va tellement rapidement. Il faut donc prendre le temps de s’asseoir ensemble parce qu’à chaque fois que j’ai une rencontre, que ce soit dans le cadre d’une communauté de pratique avec les enseignants ou de rencontres reliées au projet PAR, nous ressortons en nous gratifiant d’avoir une nouvelle idée, un sentiment de satisfaction d’avoir partagé avec des pairs et un sentiment moindre de solitude. Je vois quotidiennement les effets bénéfiques de ces moments de partage qui constituent la base de nos interventions et la source de notre avancement. Ce sont des moments énergisants qui favorisent la création de liens et la mise en place de communautés de pratiques extrêmement positives dans le milieu. Les gens sont conscients d’avoir mis leur précieux temps au service de la collectivité et considèrent que cela leur rapporte de l’avoir fait. »

Une belle tape dans le dos
Alexandra Hébert demeure humble face à l’hommage qui lui est rendu. Elle se dit valorisée et heureuse de recevoir cette tape dans le dos qui souligne son investissement et la qualité de sa contribution. « Le témoignage d’appréciation reçu des collègues constitue pour moi un gros baume. »
 

 



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