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Le défi de faire bouger le monde



 

Entrevue avec Mme Ginette Laferrière, professeure en éducation physique au Collège Montmorency et conceptrice du programme Défi santé.

En mai dernier, le Collège Montmorency annonçait que Défi santé Montmorency avait reçu un nombre impressionnant de participants pour sa 18e édition. Avec plus de 3 000 inscriptions, il obtenait le meilleur taux de participation parmi l’ensemble des institutions inscrites à ce défi. Les étudiants et membres du personnel ont accumulé à eux seuls 1 123 000 kilomètres santé. Derrière ce succès se retrouve une femme exceptionnelle : Ginette Laferrière, conceptrice et fondatrice de ce programme novateur. Elle nous a accordé une entrevue sur l’expérience qu’elle a menée de main de maître durant les dernières années.

La naissance de Défi santé
Madame Laferrière nous explique qu’en 2004 il était question de retirer les cours d’éducation physique de la formation collégiale. En face de cette situation, il lui est apparu important de démontrer aux gens l’importance de l’activité physique. De là est venue l’idée du Défi santé avec des équipes de 5 personnes.
« J’en ai d’abord parlé au département. À l’intérieur de mes cours, j’avais commencé à parler du projet. Dès la première édition, nous avons réussi à former 165 équipes de 5 personnes. À l’époque, nous ne disposions pas d’un outil informatique, je comptabilisais les données à la main chaque fin de semaine. Le lundi, je faisais un compte rendu aux équipes des résultats en kilomètres santé. À la première édition, ce sont des étudiants de mes cours et des membres du personnel qui ont participé. D’autres professeurs ont par la suite constitué des équipes dans leurs cours. C’est ainsi que bon an mal an, tranquillement pas vite, nous avons développé une plate-forme informatique pour faciliter la saisie des résultats. J’avais fait des équivalences en kilomètres santé en fonction de chacune des activités de types : récréatif, modéré et intensif. Les participants pouvaient ainsi réaliser le type d’énergie qu’ils avaient dépensée. Le but de Défi santé n’en est pas un de compétition, mais de participation, d’amélioration du milieu de vie et de développement du sentiment d’appartenance »

Mini triathlon

« La dimension d’équipe est très importante sur le plan de la motivation »
Le programme se déroule chaque session sur 10 semaines afin de permettre le développement d’habitudes de vie. Les participants inscrivent leurs résultats une fois par semaine. En entrant sur la plateforme, ils peuvent voir où en est rendue leur équipe. Ils peuvent également lire le total de toutes les équipes sans voir le résultant individuel de chacun, ce qui a pour effet de stimuler la participation. « La dimension d’équipe est très importante en ce qui concerne la motivation. Pour les nouveaux étudiants, le fait de constituer des équipes dans les cours d’éducation physique développe le sentiment d’appartenance. Nous tenons à former des équipes de 5, plus intéressantes a notre avis, que celles de 2 ou 3 ».

Nécessité d’avoir des appuis et de faire des contacts
Implanter un tel programme a nécessité la création de nombreux contacts. « J’ai eu l’appui de la direction générale du collège et de la direction des études qui m’ont octroyé un léger dégagement afin que je puisse m’occuper du programme local, faire des démarches auprès des autres collèges et participer aux colloques où je devais expliquer le projet. Il fallait également organiser des activités particulières au collège pour stimuler les gens. Par exemple, j’ai organisé l’an dernier un mini-triathlon. J’essaie de varier chaque année les activités. Certaines deviennent récurrentes, mais il faut en ajouter de nouvelles chaque année. Nous sommes soucieux de suivre de près les activités des services aux étudiants pour organiser des activités communes. Dans le cadre du mois des noirs, en collaboration avec un technicien des services aux étudiants et l’Association étudiante, une avons lancé une activité conjointe ».

Reprendre constamment son bâton de pèlerin
Un des défis de Ginette Laferrière au fil des ans a été de reprendre son bâton de pèlerin pour réexpliquer et convaincre les nouvelles directions de l’importance du projet. « Les changements fréquents de personnes aux postes de directions de services ou aux directions adjointes obligent justifier à nouveau l’importance de la libération. Il fallait renouveler l’appui des personnes à chaque fois. Quand les personnes ne sont pas vendues à l’importance de l’éducation physique, la tâche est plus difficile. Mais le projet a perduré ».

Un projet qui a fait des petits
Ce projet a fait des petits dans les autres collèges du réseau. Une quinzaine de collèges ont adhéré au projet. 14 collèges ont participé. « Nous avons rejoint aussi d’autres organismes qui se sont montrés intéressés comme les CSSS de la région des Laurentides, de Laval et de Joliette. Le service de police de Blainville a adhéré après avoir été sensibilisé par certains de leurs membres qui avaient des enfants qui étudiaient à Montmorency. C’est en fait un programme qui est exportable. On peut également le réaliser en milieu de travail. Le programme a également rejoint des parents qui ont formé des équipes avec leurs enfants ».

Des kilomètres santé qui valent leur pesant d’or
En 2008, Ginette Laferrière a eu l’idée symbolique de traduire en chèque santé ses kilomètres santé. « Le directeur général, le député du comté et moi-même sommes allés présenter un chèque de six pieds par 3 pieds à l’Assemblée nationale afin de signifier symboliquement l’économie en soins de santé que représentent nos kilomètres santé. Si les gens bougeaient un peu plus, plusieurs maladies pourraient être évitées et des économies en coûts de santé en découleraient ».

« L’omniprésence des téléphones cellulaires et des textos créent une dépendance qui encourage la sédentarité »
Avec son expérience, Ginette Laferrière dégage quelques constats sur l’état de santé physique de nos jeunes : « Nous avons remarqué depuis dix ans une certaine détérioration de la condition physique de nos étudiants. Les jeunes sont plus sédentaires. Ce qui a des impacts sur leur comportement en général. L’omniprésence des téléphones cellulaires et des textos créent une dépendance qui encourage la sédentarité. Les étudiants textent énormément entre les cours. De nouvelles études montrent que l’éducation physique a beaucoup d’effets bénéfiques sur le rendement scolaire ».

Les départements les plus participatifs au Défi santé : le Département de sécurité incendie, le Département de soins infirmiers, le Département de techniques d’éducation à l'enfance et le Département de biologie.

« Il reste encore du chemin à faire pour compléter ce que j’avais prévu »
Après trente ans d’enseignement, enseigner l’éducation physique constitue toujours un défi. Par exemple, dans le programme Prévention des incendies, madame Laferrière assume un cours avec des étudiants qui doivent atteindre un niveau de performance physique élevé. Le professeur ne peut se contenter d’un cours théorique. Il faut prêcher par l’exemple. « C’est difficile; c’est de la pression ; mais en même temps, j’aime ça. Je ne dois pas cesser de m’entraîner. Je suis chanceuse. J’ai un bon bagage génétique : mes parents ne font pas leur âge; ils marchent encore deux heures par jour. Je ne me sens pas prête à prendre ma retraite. J’ai encore du chemin à faire pour compléter ce que j’avais prévu ».

Une mention d’honneur du milieu et de l’AQPC
Les gens de son milieu ont reconnu sa grande implication en soumettant sa candidature pour les mentions d’honneur de l’AQPC en juin dernier. Voici le texte qui accompagnait cette reconnaissance : « Depuis 30 ans déjà, Ginette Laferrière se distingue au Collège Montmorency à la fois par ses qualités de pédagogue et par son leadeurship en matière de promotion de l’activité physique et des saines habitudes de vie. Véritable feu roulant d’énergie, de vitalité et de projets, elle arrive à mobiliser aussi bien ses étudiants, comme professeure, que les membres de son département, comme coordonnatrice émérite, et même l’ensemble de la communauté montmorencienne, comme instigatrice du Défi Santé. Engagement, compétence et dévouement, voilà sans doute ce qui la caractérise le mieux ».

Le Portail salue son engagement exceptionnel et profite de l’occasion pour ajouter son nom à sa galerie de personnalités marquantes du réseau collégial.

Entrevue réalisée par Alain Lallier, août 2013.



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