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Enseigner à Trois-Rivières, exposer en Chine



Entretien avec monsieur Guy Langevin

un texte de Marie Lacoursière

Depuis une dizaine d’années, monsieur Guy Langevin, enseignant au Cégep de Trois-Rivières, entretient une relation professionnelle étroite avec la Chine dans l’atelier Qualan Original Print Base, à Shenzhen, près de Hong Kong. Dans cette ville, un musée sur l’estampe a été créé il y a quelques années. Monsieur Langevin fut invité en 2016 à y présenter une exposition illustrant son travail de gravure. C’est en 2018, du lundi 17 au dimanche 30 septembre, que l’évènement s’est déroulé. Entre 50 et 100 gravures de l’artiste y ont été exposées, soit l’œuvre de quelque 25 années de travail. Marie Lacoursière échange avec lui.

« C’est un très gros musée », précise l’artiste, « d’autres expositions s’y tiennent en même temps, mais je suis très heureux de pouvoir exposer en solo, de vivre un évènement concentré sur mon travail et de pouvoir le présenter dans un endroit dédié à la gravure et à l’estampe. L’ouverture durera quelques heures évidemment, mais l’exposition comme telle perdurera pendant 4 semaines, soit jusqu’à la fin du mois d’octobre. »

C’est la 11e ou 12e fois que monsieur Langevin circule en Chine à différents endroits. « C’est sûrement la cinquième fois que je me rends à Shenzhen. À trois reprises, ce fut pour travailler dans l’atelier de gravure comme tel. À une autre occasion, j’ai exposé mes œuvres dans une ville pas très loin, puis je suis revenu quand j’ai remporté un prix dans une exposition internationale à Shenzhen même. »

Falling Angel 2016:  Titre complet: Falling Angel, année 2016, 78 x 58 cm, gravure à la manière noire.

Des acquis extraordinaires
« Il est très intéressant, dans le cadre de ces évènements, de voir ce qui se fait ailleurs et de rencontrer les artistes qui y évoluent, » précise le créateur. « Shenzhen constitue vraiment une plaque tournante internationale. De nombreux exposants en provenance de partout circulent dans l’atelier et le musée. C’est évidemment très intéressant et fantastique de pouvoir travailler avec eux, de les rencontrer et d’échanger. Ce sont là des expériences que nous n’avons pas souvent l’occasion de réaliser. »

40 ans de carrière artistique

Monsieur Langevin roule sa bosse un peu partout depuis de nombreuses années. Il a maintenant plus de 40 ans de travail comme artiste derrière lui. À cette époque, si nous lui avions demandé où il croyait que ça s’ouvrirait, il aurait probablement parlé de la France, de l’Italie ou d’un endroit en Europe très proche et plus accessible. « Mon travail, depuis les dernières années, a été beaucoup plus apprécié en Asie, en Russie, dans les pays de l’Est. C’est curieux, mais c’est quelque chose qui ne se contrôle pas vraiment. Une suite d’évènements a fait en sorte que mon travail a été apprécié, qu’il est parfois considéré dans certaines parties du monde que je n’avais pas préalablement considérées. »

Perséphone 2014: titre complet: Perséphone aux enfers, année 2014, 58 x 78 cm, gravure à la manière noire. 

S’approprier une culture et en découvrir la finesse

La gravure est née en Chine il y a quelques centaines d’années. Elle s’est développée en Europe, mais il s’agit d’abord d’une technique asiatique dont on retrouve les sources sur ce continent. « Les Asiatiques ont une très longue tradition de gravure, surtout de gravure sur bois, ce que je ne fais pas. Il est fort intéressant de voir qu’ils nous invitent, moi et d’autres également, parce que la Chine s’ouvre énormément aux cultures extérieures. Ils nous accueillent pour partager notre expérience avec la leur, d’ailleurs beaucoup plus longues que la nôtre. Ils sont vraiment très intéressés à nos expériences à l’européenne, à voir comment nous travaillons. C’est d’ailleurs un milieu que je qualifierais d’affamé culturellement. Je suis allé quelques fois donner des ateliers et des stages en Chine. Ce sont des apprenants passionnés qui intègrent bien et rapidement la matière. Ils sont assidus et concentrés aux apprentissages en cause. Ils boivent ce que nous disons avec discipline et minutie. Nous pensons que la Chine est un pays un peu fermé. Les bases sociales diffèrent des nôtres, mais ils sont avides de connaissances. Ils veulent tout savoir. »

Un séjour assez rapide merci

Le séjour en Chine de Guy Langevin s’est concentré sur quelques jours. Il a quitté le Québec le 17 septembre pour y revenir le 22 du même mois, incluant les 48 heures de vol réservées au périple. Il est donc demeuré trois jours là-bas. On l’avait invité à rester plus longtemps, mais avec sa tâche d’enseignement… il était impossible de faire autrement, car il n’était aucunement question de pénaliser les étudiants du Québec. 

Le transfert d’acquis dans l’enseignement

Au cégep, Guy Langevin donne des cours de gravure et de photos. Il a le loisir de rapporter dans son baluchon non seulement une certaine expérience, mais également un nombre fascinant d’images, d’installations, de techniques nouvelles et anciennes. « En photo, la Chine est magnifique. On y trouve tout plein de choses à montrer aux étudiants. Le transfert se fait assez rapidement, et le grand intérêt pour l’enseignant demeure l’occasion d’ouvrir son esprit sur d’autres civilisations, sur d’autres façons de faire et de penser. Les étudiants saisissent que même dans des sociétés assez différentes, la base de l’humain demeure sensiblement la même, ce qui aide à passer autre chose que la simple technique réservée à un cours, ce qui aide à humaniser l’essence même de l’apprentissage. »

Dechirure: titre complet: Déchirure, année 2015, 50 x 28 cm, gravure à la manière noire

« J’ai eu la bonne idée d’enseigner quand j’ai eu 60 ans »

Guy Langevin a fait 40 ans de carrière comme artiste indépendant. À la fin de la cinquantaine, il se dit qu’il serait le temps de redonner un peu et tout juste à ce moment s’est manifesté un besoin d’enseignement au cégep situé à 15 minutes de chez lui. « Je suis un jeune enseignant malgré mon âge, » se plaît-il à souligner en rigolant. « Vous appréciez? » lui avons-nous demandé : « J’adore! » s’est-il exclamé. « J’aime beaucoup les jeunes, car ils me font beaucoup penser à moi. Ils ne sont ni plus fins ni plus fous. Je leur précise d’ailleurs ne pas être un professeur de carrière. Je suis rendu à soixante-cinq ans. Je n’enseignerai pas encore quinze ans, mais je veux les intéresser au métier d’artiste, qui n’est pas nécessairement payant, mais qui demeure viable et honorable. À travers les techniques que j’enseigne, je veux leur faire voir que le métier d’artiste est tout à fait correct, et c’est tout à fait correct aussi s’ils n’ont pas l’intention d’en faire un métier. L’art finit toujours quelque part par ouvrir l’esprit. C’est un peu mon leitmotiv dans mon enseignement, mon approche et ma perception. J’ai la chance de voir tous les étudiants en Arts : en première année pour la photo et en deuxième pour les cours d’estampes. »

Élargir un cheminement

Avant d’enseigner au cégep, Guy Langevin avait animé des ateliers et des classes un peu partout. Il était souvent invité à faire des classes à l’extérieur, mais n’avait jamais enseigné dans une institution ciblée et officielle. Il amorce sa première expérience d’enseignant régulier au Cégep de Trois-Rivières. « J’aime beaucoup, » confirme-t-il. « Nous avons une belle équipe et ça va bien. »

Des projets d’avenir?

Guy Langevin nourrit plein de projets. Sa carrière d’artiste continue et se développe. Il prévoit enseigner encore quatre ou cinq ans avant de franchir ses soixante-dix ans… et de poursuivre sa carrière d’artiste qui se porte très bien. Actuellement, les expositions se succèdent à Saint-Jean-sur-Richelieu, alors que d’autres se tiennent concurremment en Serbie et en Chine. Il quittera le Québec pour l’Inde durant la semaine de relâche où se tiennent une exposition et un atelier. Une rétrospective assez importante en Russie lui sera consacrée l’été prochain. Son travail semble apprécié dans les pays de l’Est, ce qui est fort agréable à recevoir précise-t-il : « L’exposition en Russie devrait présenter plus d’une centaine de pièces. Un catalogue sera mis en forme. Je me sens gâté pourri! »

Bonne chance pour la suite monsieur Langevin!



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