Dossiers / Pédagogie / Outils pédagogiques

Tablettes et cellulaires ont-ils leur place au cégep?




Un entretien avec madame Nicole Perreault, animatrice du Réseau des répondantes et répondants TIC. (Réseau REPTIC).

Le 4 janvier dernier, le Journal de Québec publiait un article sous le titre : « Tablettes peu utiles au cégep pour les « finissants du iPad ; ces étudiants observent un décalage lorsqu’ils arrivent au collégial ». Voilà l’une des conclusions d’une étude réalisée par l’équipe de Patrick Giroux, professeur à l’Université du Québec à Chicoutimi, auprès d’environ 80 jeunes qui ont fait leurs études secondaires en utilisant une tablette. La majorité d’entre eux sont maintenant au cégep.

Parmi les finissants, 65 % ont le droit d’utiliser leur tablette en classe, mais seulement le tiers d’entre eux l’utilisent fréquemment. Parmi ceux qui ne trimbalent pas leur tablette au cégep, la moitié préfèrent utiliser un ordinateur portable alors que d’autres affirment que leur iPad n’est tout simplement pas utile au cégep. 

Cette étude pourrait à première vue sembler contester la réponse des cégeps face aux outils numériques utilisés par les jeunes d’aujourd’hui. Le Portail en discute avec Nicole Perreault qui conjugue au quotidien avec ces réalités et les répondants TIC du réseau collégial.

Les outils technologiques sont au service de compétences, d’habiletés, de savoirs supérieurs et non l’inverse

Nicole Perreault affirme d’entrée de jeu avoir certaines réserves vis-à-vis ce genre d’études sur l’utilisation de la tablette. « À mon avis, ce n’est pas l’outil qui importe, c’est ce qu’on en fait. Au secondaire, si l’étudiant a développé des compétences numériques avec une tablette tactile, au cégep il aura le choix de continuer avec une tablette ou de passer à un autre outil technologique comme un portable, à moins que son programme d’études n’impose le recours à des applications logicielles disponibles sur un outil particulier. Or, ce que l’on observe, c’est que les étudiants qui arrivent au cégep savent utiliser une technologie en tant que telle, mais de façon fonctionnelle, ludique et en surface. Ils présentent des lacunes en matière informationnelle comme : définir un sujet de recherche, identifier des mots clés, évaluer la fiabilité des sources, analyser l’information, la synthétiser. De plus, nous constatons de nombreuses situations de plagiat en enseignement supérieur. Nous sommes bien loin d’une exploitation efficace des technologies pour les études.»

« Ce débat met en sourdine de ce qui est le plus important : les savoirs, les savoir-faire, les savoir-être associés au recours du numérique »

Nicole Perreault estime que « ce qui importe, c’est que nos étudiants développent des compétences en matière de recherche, de traitement et de présentation de l’information, qu’ils sachent collaborer en réseau et utiliser les technologies de manière responsable et efficace. Ce sont là des habiletés essentielles à la poursuite des études, à la vie professionnelle et dans le quotidien de tous les citoyens. Il importe que nos étudiants utilisent les technologies dans un contexte où ces dernières sont au service d’autres compétences. Dans ce contexte, s’interroger sur l’outil comme la tablette ne m’apparaît un débat nécessaire. Nous passons à côté de ce qui est le plus important : les savoirs, les savoir-faire, les savoir-être associés au recours au numérique, quel que soit l’outil utilisé. Que j’aie appris à conduire l’automobile avec une petite Volkswagen ou une BMW n’est pas l’important. Ce qui compte, c’est que j’aie développé des compétences qui me permettent de prendre la route en toute sécurité. Il en est de même pour les outils technologiques mis au service de compétences, d’habiletés, de savoirs supérieurs à l’utilisation technologique de l’outil comme tel. »

Tablettes ou portable : un débat tout de même nécessaire ?

« Il y a environ six ans, nous avons observé un enthousiasme certain envers la tablette tactile et une quarantaine de projets y recourant dans un contexte programme ont été mis sur pied dans le réseau collégial. L’APOP, en collaboration avec le Cégep de Rivière-du-Loup, avait même développé le site Web Éducapplis, un répertoire d’applications pour tablette tactile et leur usage pédagogique. Cet intérêt envers la tablette semble avoir diminué et nous constatons un regain d’intérêt pour les projets portables dans un contexte programme. Comme je le mentionnais plus tôt, les apprentissages acquis sur une tablette se transfèrent très bien sur un portable et vice-versa. L’important, c’est de savoir les utiliser pour mettre en pratique d’autres compétences requises sur le marché du travail et à l’université. »

Composer avec la réalité de 2018
Nicole Perreault se perçoit avant tout comme une pédagogue. « Pour moi, la technologie est au service de la pédagogie et non l’inverse ». Mais elle rappelle que les cégeps sont des établissements d’enseignement supérieur et que la grande majorité des étudiants sont majeurs. Ce n’est pas la première fois dans l’histoire des cégeps que nous assistons à l’introduction de nouvelles technologies. Les « séniors » se rappellent, les cassettes, la vidéo, la télévision, les calculatrices… « Au début, on voulait interdire les calculatrices en classe, en disant que les étudiants devaient apprendre à compter à la main et sur papier. Aujourd’hui, on sait que les calculatrices sont très utiles pour effectuer des calculs complexes beaucoup plus rapidement et qu’ils sont de plus beaucoup plus efficaces. Nous pouvons utiliser le temps consacré à faire des calculs à la main à faire d’autres activités plus complexes. » 

« L’utilisation des technologies est là pour rester et je me vois mal imposer des interdits à des étudiants de l’enseignement supérieur. Bien sûr, la gestion de classe à l’ère du numérique comporte de nombreux défis mais elle est également propice à une réflexion sur sa pédagogie et sur des moyens de « composer avec ». Un enseignant pourrait se demander comment aller chercher ses étudiants en utilisant les outils qu’ils fréquentent et en les associant à ses stratégies pédagogiques. Le réseau collégial fait d’ailleurs circuler beaucoup d’information sur la gestion de classe à l’ère du numérique. À cet égard, Profweb propose trois articles de fond sur le sujet que j’invite tous les enseignants à lire ».

Le défi du cellulaire

En réaction au défi que pose l’omniprésence du cellulaire dans la vie. (Voir à ce sujet l’opinion du professeur Christian Lefrançois : Affrontrer le cellulaire avec un tableau et une craie), Nicole Perreault signale une étude récente qui rapporte que 94 % des étudiants possèdent un téléphone cellulaire. Ce constant étant fait, peut-être pourrait-on se demander comment utiliser avantageusement cet outil dans un contexte scolaire. Je crois que cela peut se faire. Dans certains collèges, dans certains cours ou chez certains enseignants, l’utilisation du cellulaire est défendue. Combien de temps cette non-utilisation pourra-t-elle  l’être? Difficile à dire. À l’inverse des enseignants s’intéressent au potentiel du recours au cellulaire, tout en respectant néanmoins leurs propres besoins. Plusieurs sont à l’aise avec la technologie, d’autres le sont moins. Des exemples d’expérimentations en ce sens permettent de cerner où ils se situent dans l’utilisation des technologies avec leurs étudiants et comment ils pourraient mieux composer avec ça.

Un projet de badges numérique pour certifier et reconnaître la maîtrise de compétences informationnelles et numériques

Pour soutenir la maîtrise des compétences numériques et informationnelles, le Réseau REPTIC a élaboré un Profil TIC des étudiants du collégial. L’espace ProfilTIC.ca, hébergé chez Profweb, propose des ressources aux enseignants et aux étudiants pour les accompagner dans le développement de ces habiletés.  Ce cadre de référence est de plus en plus utilisé dans le réseau collégial et il suscite plusieurs projets, dont un projet de badge numérique, où cinq collèges expérimentent actuellement l’octroi de badges numérique aux étudiants pour certifier et reconnaître la maîtrise des habiletés du Profil TIC. 

Toujours en ce qui concerne le badge numérique, parallèlement aux travaux d’expérimentation, nous développons le site web « BadgeCollegial.com » où chaque collège bénéficiera de son propre espace lui permettant d’octroyer ses propres badges, que ce soit pour reconnaître des compétences formelles ou non-formelles, en reconnaissance des acquis ou en engagement étudiant.  

Encore de nombreuses réflexions et de recherches à faire

De nouveaux outils encore plus sophistiqués risquent d’apparaître, il nous appartiendra toujours de savoir ce que nous voulons et pouvons en faire. Le professeur devra toujours se poser la question : « qu’est-ce que je peux en faire pour favoriser l’apprentissage de mes étudiants ? » Cette réflexion, déjà amorcée d’ailleurs, doit inévitablement se faire au cours des prochaines années. Des expériences menées dans le réseau démontrent que des technologies utilisées de façon adéquate peuvent avoir un impact positif sur la réussite des étudiants. Il reste néanmoins encore de nombreuses réflexions et recherches à faire sur cette question. »


Entrevue et texte réalisé par Alain Lallier, éditeur en chef et édimestre, Portail du réseau collégial



Les partenaires du Portail