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Un grand petit collège qui a la réussite à cœur



Entrevue avec madame Fabienne Desroches,

directrice générale du Cégep de Sorel-Tracy


L’effet collège : une plus-value mesurable

Pour Fabienne Desroches, ce qui singularise le Cégep de Sorel-Tracy, c’est qu’il loge dans une ville qui ne soit ni en région à proprement parler, ni dans une zone métropolitaine. « Nous nous définissons comme un territoire à proximité des régions et de la grande région métropolitaine, nous explique-t-elle. Situés au bout de l’autoroute 30, nous sommes dans un cul-de-sac. On ne passe pas par Sorel-Tracy contrairement à Saint-Hyacinthe ou Drummondville. On y vient. Mais, notre ville est très belle avec ses 103 îles, entourée d’eau, au confluent de la rivière Richelieu et du fleuve Saint-Laurent.

C’est un petit collège. Les gens ont bataillé fort pour avoir ce cégep. L’établissement est donc très ancré dans son milieu. Avec ses 1150 étudiants, c’est un collège à dimension humaine. C’est une force très appréciée. 56 % de nos étudiants proviennent de l’extérieur de la région immédiate et choisissent de venir dans un plus petit établissement. Ils sont connus et reconnus plus rapidement par les professeurs et les autres membres du personnel, ça leur plaît, les rassure et rassure également les parents. C’est comme si nous étions un collège privé. En définitive, nous sommes le plus « privé » des collèges publics par notre qualité d’encadrement, le soin que l’on apporte aux étudiants et la reconnaissance qu’ils reçoivent.

L’effet collège : un taux de réussite de 7 % pour les programmes préuniversitaires et de 13 % pour les programmes techniques, plus élevé que ce que leur dossier scolaire du secondaire laissait présager. Cette plus-value découle de la qualité d’encadrement, de la présence obligatoire aux cours, de la possibilité d’avoir des examens de reprise, de la présence d’un psychologue, de services adaptés pour les besoins particuliers. Les taux de réussite et de diplomation sont au rendez-vous. Nous avons des taux d’acceptation à l’université supérieurs aux collèges privés, des taux d’acceptation en médecine et en arts dentaires supérieurs au réseau et aux collèges privés. »

Une gamme de programmes adaptée au milieu

Le collège offre en exclusivité suprarégionale le programme Hygiène, santé et sécurité au travail. « Un programme qui demande des infrastructures de laboratoires onéreuses. Même si l’environnement est une valeur prisée par les étudiants, le transfert au niveau professionnel ne se fait pas toujours; d’où la difficulté de recrutement. Le programme est viable; mais les deux autres collèges qui l’offrent, Jonquière et Saint-Laurent, vivent la même problématique », précise madame Desroches.

Le collège est le seul à offrir encore le programme de Bureautique et coordination de bureau. Dans le secteur des techniques physiques, sont offerts les programmes de Génie mécanique, d’Électronique industrielle et d’Informatique.

Au niveau des programmes préuniversitaires, le collège possédait déjà en Arts et Lettres le « multiprofils » devenu le standard du nouveau programme en Arts et Communication. En Sciences humaines, le programme est orienté vers des projets dans le milieu communautaire où on travaille avec la MRC, la ville et les groupes communautaires; et dans ceux des Sciences de la nature, l’accent est mis sur l’environnement avec un laboratoire de biologie avec sas où des expériences de confinement de niveau 2 peuvent être conduites. Ces laboratoires de très haut niveau permettent aux étudiants de bien se préparer à la recherche et aux programmes universitaires contingentés. Le collège compte 58 % de ses étudiants inscrits en formation technique et 61% de sa population étudiante est composée de filles.

 

Pourquoi étudier à Sorel-Tracy plutôt qu’à Montréal?

Même si, ici, le taux de vieillissement est très marqué, un des plus élevés en Montérégie, le collège profite de sa proximité avec les municipalités de Sainte-Julie, de Saint-Amable et de Contrecoeur qui comptent de jeunes familles. Pour les étudiants de ces villes, prendre l’autoroute 30 plutôt qu’entrer à Montréal devient un avantage. « On monte dans la voiture et on arrête au collège sans aucun bouchon ni feu de circulation. Ce n’est jamais dense; c’est très fluide. Contrairement à ce que l’on peut penser, plusieurs jeunes ne veulent pas aller à Montréal, qu’ils redoutent et dont ils ont peur. Cependant, parce que nous n’avons pas beaucoup de programmes en Montérégie, 51 % des étudiants qui s’inscrivent en technique vont étudier à Montréal. Je me bats comme une lionne pour obtenir le programme de Techniques policières. Aucun collège ne donne ce programme en Montérégie, et la Montérégie Est est le bassin de recrutement national pour les inscriptions dans ce programme. Nous perdons ces étudiants qui vont étudier à l’extérieur, majoritairement à Montréal. »

Un secret bien gardé…

La perception quelquefois négative de Sorel-Tracy ne correspond pas à la réalité. Fabienne Desroches parle de sa ville avec emballement. « Je me suis installée à Sorel-Tracy depuis dix ans et je suis ravie d’avoir fait ce choix. C’est une ville culturelle. Nous avons une maison de la Musique; un festival de musique classique. Nous produisons des musiciens, des chanteurs-compositeurs (ex. des membres du groupe Malajube). C’est une ville agréable à vivre et les filles y sont d’une beauté remarquable. On les appelle les « pétards de Sorel »; c’est une appellation contrôlée. Les gars sont beaux aussi. Mais les filles sont frappantes. »

Une technopole en écologie industrielle

La ville compte toujours sur la présence de grandes entreprises dans le domaine de la métallurgie tels AcelorMittal, Alstom et Rio Tinto. On assiste par ailleurs à l’arrivée de plusieurs PME, pas autant qu’on le souhaiterait cependant. Une technopole en écologie industrielle a été créée et on y travaille entre autres sur l’environnement, l’écologie, le cycle de vie et la chimie verte. « Nous sommes reconnus mondialement dans ce secteur. » Le Collège possède un CCTT dans le domaine, le Centre collégial de transfert technologique en écologie industrielle (CCTTÉI). Le Centre connaît une croissance appréciable de ses partenaires et de ses contrats.

Un collège en symbiose avec son milieu

La directrice générale donne plusieurs exemples illustrant à merveille combien son cégep est ancré dans le milieu : « La Ville prête sa glace du Colisée pour l’équipe de hockey du collège. Avec la Conférence des élus de la Montérégie Est, le collège est à participer à la mise en place de stagiaires dans le monde communautaire. Avec le Carrefour Jeunesse-emploi, nous participons à des activités axées sur la réussite des jeunes. Nous avons une brigade entrepreneuriale avec la SADC et le CLD. Nous travaillons avec le CLSC, la commission scolaire, et le CSSS. » Dans la ville, Fabienne Desroches siège à douze conseils d’administration différents. La Caisse populaire financera une partie du nouveau gymnase. Le concessionnaire Nissan prête une voiture à l’entraîneur de hockey du collège. Deux cours complémentaires en développement durable permettent aux étudiants de réaliser des projets avec la Ville, la MRC et les organismes communautaires. Les étudiants en environnement font l’analyse des déchets des commerçants et leur remettent un rapport. « Nous sommes tissés très serré. Les professeurs en arts et lettres travaillent au Festival des arts émergents. D’autres en informatique offrent leurs services au Centre d’action bénévole. Le collège est très présent dans sa communauté. »

Les projets du collège

Parmi les projets qui lui tiennent le plus à cœur, madame Desroches parle de son souhait le plus cher : obtenir le programme de techniques policières : « Les gens du ministère nous répètent que nous sommes tout à fait légitimés et justifiés de faire cette demande. C’est sûr que les collèges qui l’offrent déjà à Montréal ne voient pas d’un bon œil l’arrivée d’un nouveau joueur dans un contexte où le nombre d’étudiants est contingenté à l’échelle du Québec. Mais, c’est tout de même 148 étudiants de la région qui vont étudier à l’extérieur dans ce programme. L’arrivée de ce programme assurerait la pérennité du collège. »
Le collège a aussi un projet de résidence sur la planche à dessin et il veut construire un nouveau gymnase. Dans le cadre d’une alliance cégep-municipalité, le nouvel équipement permettrait de partager ces installations avec le milieu et d’augmenter les services à la population.

Une situation budgétaire préoccupante

La directrice générale est préoccupée par le contexte budgétaire actuel : « Je n’ai coupé personne cette année et nous allons présenter un budget déficitaire que nous pourrons soutenir grâce à notre solde de fonds accumulé. Nous tenons à maintenir la qualité des services qui permettent d’avoir les résultats sur le plan de la réussite. Mais la marge de manœuvre est inexistante. Nous avions déjà fait les compressions avant la loi 100 et on nous a demandé d’en faire d’autres. À titre d’exemple, il n’y a pas d’adjointe à la direction générale, et j’assume la responsabilité de la formation continue. La directrice des ressources humaines cumule les fonctions de secrétaire générale et de responsable des communications. La directrice des finances est également directrice de l’informatique. Le directeur des études est aussi directeur de la vie étudiante. Nous ne pouvons compresser davantage. Heureusement que le collège a engrangé au moment du réinvestissement en prévision des années dites de vaches maigres. Nous sommes capables de voir venir encore quelques années même avec des budgets déficitaires. Nous ne pourrons cependant pas tenir longtemps devant des budgets qui ne couvrent pas les coûts de système et les augmentations d’échelle depuis plus de quatre ans. À ce rythme, ce sera de plus en plus difficile de maintenir la qualité des services. »

Pour contrer l’apocalypse annoncée

Concernant l’avenir et la décroissance démographique annoncée dans le réseau, la directrice générale indique que ça fait trois ans qu’est annoncée une diminution de la clientèle qui ne s’est pas concrétisée. « Ça fait neuf ans que nous ne faisons qu’augmenter. Nous faisons des efforts importants pour attirer des étudiants hors territoire, mais aussi pour récupérer des étudiants de notre territoire qui vont dans les écoles privées à Saint-Hyacinthe, à Varennes ou à Saint-Hubert. Ici, il n’y a aucune école privée au secondaire. Les étudiants du privé continuent d’aller dans les cégeps où ils ont fait leurs études secondaires. Nous avons mis en place des soirées qui s’adressent aux parents des enfants inscrits au privé. Maintenant, 12 % de nos étudiants proviennent de cette catégorie. Nous recrutons aussi actuellement des étudiants qui reviennent aux études après des études universitaires ou des années sur le marché du travail. Il y a aussi 10% de nos étudiants qui présentent des besoins particuliers et qui ne se présentaient pas auparavant pour des études collégiales. Nous comptons sur ces différentes stratégies de recrutement pour contrer l’apocalypse annoncée et qui ne semble pas se présenter dans les dates prévues. »

Un climat organisationnel à échelle humaine

Sorel-Tracy mise sur la qualité de l’encadrement des étudiants comme marque de commerce. Le climat organisationnel y joue cependant un rôle de première importance: « Nous avons de petites équipes et le personnel est extrêmement motivé. Nous sommes tous sur la même longueur d’onde et avons une volonté commune de travailler ensemble et de faire en sorte que nous soyons un collège où les gens se parlent. Ici, nous pratiquons la gestion de la porte ouverte. Si quelqu’un passe dans le corridor et que la porte est ouverte, on se sent à l’aise d’entrer même sans rendez-vous. Notre philosophie des relations patronale-syndicale s’inscrit dans une dynamique de buts communs et de recherche de solutions plutôt que d’identifier des coupables. » Après plus de dix ans à la barre du Cégep Sorel-Tracy, Fabienne Desroches conserve toujours le même enthousiasme communicatif.  

 

Entrevue et article réalisés par Alain Lallier, édimestre, Portail du réseau collégial.



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