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Débuter une carrière en période de pandémie

2020-10-08


Par Élise Prioleau

Tandis que les contacts humains sont restreints cet automne au Québec, le milieu de l’éducation est touché au cœur de sa mission sociale et éducative. Comment les enseignants en début de carrière perçoivent-ils cette période unique de l’histoire de l’enseignement ? Le Portail du réseau collégial est allé à la rencontre de deux jeunes enseignants, plus que jamais convaincus de l’importance de la mission essentielle qui leur a été confiée.

Joannie Poirier est enseignante en éducation physique au Cégep de l’Outaouais depuis 2019. « Ma mission est de promouvoir les bonnes habitudes de vie. Le but de mon cours d’éducation physique est d’outiller les étudiants pour les encourager à adopter une pratique sportive autonome. »

Cet automne, toutefois, les enseignants en éducation physique devront troquer une partie des activités sportives en groupe contre des périodes d’apprentissage devant un écran ou à l’aide d’une application. « Au cours du semestre, je vais voir mes groupes en présence 6 fois plutôt que 16. Les étudiants feront une partie des exercices théoriques et pratiques chez eux. Ils devront utiliser deux applications, c’est-à-dire Strava pour l’enregistrement de leurs performances sportives et Pearson ERPI pour accéder au manuel en ligne », explique Joannie Poirier. « Pour initier les étudiants à ces plateformes, une partie du temps de cours devra être consacré à la présentation des nouveaux outils technologiques aux étudiants. »

« À la fin d’une journée de visioconférences, c’est important que les étudiants fassent des exercices physiques pour activer la circulation sanguine et bien respirer. C’est le message que je souhaite transmettre cet automne. »
- Joannie Poirier, enseignante en éducation physique au Collège de l’Outaouais

« En éducation physique, notre objectif est de faire du sport avec les étudiants pour leur transmettre l’amour de l'entraînement physique. Dans le département, nous vivons une situation paradoxale. Celle de demander à nos étudiants de suivre des explications devant un écran alors que notre mission est justement de sortir les étudiants de l’inertie et de les faire bouger », regrette-t-elle.

« Apprendre à pratiquer une activité sportive est plus important que jamais dans le contexte actuel. Les trois cours d’éducation physique au cégep sont les derniers cours d’entraînement sportif obligatoires dans le parcours des étudiants québécois. Par la suite, ils sont livrés à eux-mêmes dans leur pratique sportive. En ce sens, ce sont des cours extrêmement importants qui peuvent faire une réelle différence au niveau de santé des étudiants. »

Joannie Poirier a hâte de revenir à un enseignement à 100 % en présence avec ses étudiants. « Le sport a une dimension affective et humaine. C’est une expérience à vivre avec les étudiants. Nous avons tous et toutes hâte de revenir à la normale! »

L’enseignement au service d’un humanisme

Enseignant en psychologie au Collège de Maisonneuve depuis 2018, Benjamin Gingras considère l’éducation comme un service plus essentiel que jamais dans la société. « Ma mission est de transmettre une éducation de haut niveau en termes de connaissances et d’habiletés techniques, mais aussi de contribuer à l’éducation citoyenne des prochaines générations. Le sens critique, la curiosité et l’intérêt à se poser des questions sont des qualités humaines qui seront plus utiles que jamais dans les prochaines années », soutient-il.

« Pour moi, l’éducation est un vecteur de transmission du patrimoine culturel, scientifique et artistique propre à l’éducation citoyenne au Québec. »
- Benjamin Gingras, enseignant en psychologie au Collège de Maisonneuve

Dans le domaine des sciences humaines, l’éloignement physique représente un défi à la fois humain et pédagogique, constate Benjamin Gingras. « Cet automne, j’enseigne exclusivement à distance. J’enseigne devant un ordinateur et je ne vois pas toujours le visage de mes étudiants, car certains hésitent à allumer leur caméra. À distance, c’est plus difficile d’observer la réaction des étudiants et de saisir leur niveau de compréhension de la matière. On se sent loin psychologiquement les uns des autres », admet l’enseignant.

« En tant qu’enseignant en psychologie, j’ai un souci particulier pour le contact humain avec mes étudiants. Pour moi, l’apprentissage se fait dans le cadre d’une interaction entre les trois facteurs que sont les étudiants, la matière et l’enseignant. L’apprentissage ne peut se réduire à une transmission d’informations. L’interaction est au cœur de mon métier. À distance, il y a plus d’obstacles à l’apprentissage. »

Si la pandémie a eu comme impact de modifier certaines pratiques pédagogiques ainsi que les modes d’évaluation de l’enseignant en psychologie, elle n’aura pas changé sa vision du métier d’enseignant. « La crise actuelle ne fait que renforcer ma conviction selon laquelle l’éducation est une dimension essentielle de notre société. À long terme, j’espère qu’on va se souvenir que les professionnels du milieu jouent un rôle extrêmement important, car ils forment les citoyens de demain. Il faut continuer à mettre tout en place pour se donner collectivement les moyens d’offrir une éducation citoyenne de qualité aux générations montantes. »



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