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Croyances et pratiques en évaluation des apprentissages au collégial



Entrevue avec Mme Danielle-Claude Bélanger, conseillère pédagogique au Collège Maisonneuve (2OO6-2011) et actuellement directrice du Développement pédagogique et de la recherche à l’École nationale de police du Québec.
 

Un projet qui devient recherche
La recherche « Portrait actualisé des croyances et des pratiques en évaluation des apprentissages au collégial » (mai 2012) a été réalisée par Danielle-Claude Bélanger et Katia Tremblay, conseillères pédagogiques au Collège de Maisonneuve, en collaboration avec Robert Howe. Danielle-Claude Bélanger en explique le cheminement : « C’est dans le cadre d’un appel de projets de la Délégation collégiale de Performa que ce projet a été initié. Au départ, il ne s’agit pas nécessairement d’une subvention destinée à la recherche. L’appel de projets visait avant tout à soutenir le développement de PERFORMA et à répondre à des besoins locaux et aux besoins du réseau.

L’évaluation des apprentissages figurait parmi les thèmes priorisés par le regroupement. Nous avons décidé de répondre à l’appel en soumettant un projet de type recherche parce que nous voulions favoriser la contribution des conseillers pédagogiques et, en particulier, la contribution des répondants locaux de Performa, à la réflexion pédagogique sur l’enseignement collégial, comme au beau temps du Pôle de l’Est. Les répondants locaux de Performa sont de plus en plus envahis par d’autres tâches que celle de soutien au développement professionnel du personnel enseignant des collèges. Notre  leadership pédagogique est fortement affaibli. Les contextes ont évolué, il faut en convenir, et il est de plus en plus difficile de se consacrer au développement des axes fondamentaux en pédagogie collégiale. »

Un portrait actualisé de la recherche de Robert Howe et de Louise Ménard de 1993
« Nous utilisions à Performa le questionnaire issu de la recherche «Croyances et pratiques en évaluation des apprentissages au collégial », comme un déclencheur d’activités de perfectionnement en évaluation des apprentissages. Ce questionnaire avait été élaboré en 1993 dans le cadre d’une première recherche menée par Robert Howe et Louise Ménard.

Plus nous avancions dans le temps, plus nous nous sentions à l’étroit dans l’exploitation du questionnaire, surtout par rapport à l’implantation de l’approche par compétences. Les utilisateurs laissaient tomber des questions, qu’on reformulait parfois à la sauce personnelle. L’outil commençait à s’affaiblir considérablement. Mais la pertinence de l’outil demeurait. Quand on veut entreprendre une activité de perfectionnement sur l’évaluation des apprentissages, il est intéressant de pouvoir situer les pratiques dans un cadre plus large que celui des choix individuels de chaque enseignant. C’est un outil puissant pour initier les enseignants aux problématiques des pratiques et des croyances évaluatives. Notre objectif, c’était de voir, 20 ans après, dans un contexte d’approche par compétences, comment recomposer un regard sur le positionnement des professeurs de l’ordre du collégial en évaluation des apprentissages. »

"Il importe de souligner que notre démarche ne vise pas à débusquer les pratiques fautives par rapport à la norme, mais à mettre en lumière le degré d’appropriation des principes de l’approche par compétences dans les croyances et les pratiques actuelles. Le postulat de base considère que le personnel enseignant met en œuvre des pratiques d’évaluation qu’il juge les plus pertinentes et qui témoignent de son savoir-faire, de ses connaissances, de ses croyances, certes, mais également des contraintes qui surgissent dans l’exercice des fonctions et de l’encadrement fourni pour ce faire. En somme, l’enseignant ne figure pas comme étant le seul acteur en cause lorsqu’il s’agit d’apprécier les pratiques en évaluation des apprentissages à l’ordre collégial. Le système d’éducation est lui-même traversé par des enjeux de différentes natures et porte parfois des contradictions qui sont partie prenante du portrait que nous avons établi»

Les chercheuses ont repris les deux concepts de croyances et de pratiques de la recherche de 1993. « Nous les avons reformulés. La lecture des croyances et des pratiques a été harmonisée au goût du jour, à la lumière des cadres théoriques contemporains. Nous avons repris l’esprit de départ, mais le questionnaire est changé, validé sur le plan statistique. Notre angle est davantage diagnostique. En 1993, la recherche était plus exploratoire. »

RÉSUMÉ DE L’ÉVENTAIL DES PRATIQUES : LES GRANDS CONSTATS

• Entre 1993 et 2010, les enseignants de l’ordre collégial donnent plus fréquemment de l’importance à des cibles complexes ou à des formes d’évaluation propices à l’évaluation de compétences : le problème complexe, le développement long, le projet et la pensée critique. En outre, l’évaluation de la progression de l’apprentissage représente une pratique déclarée chez plus d’un enseignant sur deux. Toutefois,  les données portent sur la fréquence déclarée des pratiques. On ne sait pas ce que le répondant entend par « évaluation de la progression », ni comment il procède pour ce faire.
Les pratiques collaboratives affichent une augmentation importante entre 1993 et 2010, en particulier le fait de procéder au choix du type d’évaluation en équipe d’enseignants offrant le même cours.
L’éventail des pratiques recensées par la présente collecte de données indique que les formes d’évaluation sont variées. Utilisé très souvent, l’examen de type « papier crayon » représente toutefois l’outil d’évaluation le plus fréquent.
Les questions à développement sont les plus souvent utilisées. D’un autre côté, bien que rarement retenues, les questions dichotomiques de type vrai ou faux (sans justification) sont utilisées à une fréquence comparable à celle des questions à choix multiples.
• Dans leurs évaluations, les enseignants ciblent d’abord les problèmes complexes et la pensée critique.
• Ils sont cependant nombreux à réutiliser, dans l’évaluation sommative, une question déjà vue en classe dans le cadre d’une évaluation formative.
Le barème de correction reste l’instrument de jugement le plus fréquent.
• Les évaluations formatives sont souvent instrumentées et évaluées par l’enseignant.
• Les enseignants conservent souvent la même grille tant pour l’évaluation formative que pour l’évaluation sommative.

RÉSUMÉ DU PORTRAIT DES CROYANCES ET DES PRATIQUES : LES GRANDS CONSTATS

• De façon globale, le portrait des croyances et des pratiques en évaluation des apprentissages au collégial présente une proximité marquée avec les principes généralement reconnus en mesure et évaluation et cohérents avec l’approche par compétences (PGR-APC).
• Par contre, les pratiques en évaluation paraissent plus clairement marquées par les PGR-APC que les croyances. D’ailleurs, pris individuellement, on trouve davantage d’énoncés de pratiques se situant au-dessus de 4,5 et même de 5,5 sur une échelle de 1 à 6.
Les pratiques visant à préserver l’intégrité du processus d’évaluation obtiennent les meilleures cotes de l’ensemble du portrait.
• Parmi les croyances, la dimension But de l’évaluation affiche la plus grande proximité par rapport aux PGR-APC.
• Enfin,considérées comme un ensemble, les croyances relatives à la composition de la note affichent des résultats les plus éloignés en regard du cadre de référence.Par exemple, les enseignants sont nombreux à ne pas voir d’inconvénient au fait de cumuler des évaluations qui comptent pour peu de points. Ils ne sont pas nécessairement d’accord avec le fait de réserver un poids significativement plus important en terme de points accordés à l’épreuve finale, laquelle devrait être la plus intégratrice.

Y a-t-il des variables qui font la différence?

Grandes lignes
• Les résultats pour la catégorie d’analyse relative à la préservation de l’intégrité du processus sont en tête de liste.
La note et le nombre d’évaluations restent un enjeu au regard de l’appropriation de l’approche par compétences au collégial.
• S’agissant de transformer ses croyances et ses pratiques en cohérence avec l’approche par compétences, l’expérience ne suffit pas.
La formation est une variable qui vient souvent expliquer les résultats, surtout pour les croyances, mais son action gagne en force lorsqu’elle est combinée à d’autres variables.
Les données font voir le rôle incontournable de l’environnement éducatif dans l’appropriation des croyances et des pratiques cohérentes avec l’approche par compétences.
• Secteur : à ce titre, le climat de transfert du perfectionnement enseignant dans l'exercice des fonctions paraît une piste explicative de la force exercée par la variable secteur (formation générale, formation technique, formation préuniversitaire) sur la proximité des croyances et des pratiques avec l’approche par compétences.
• Taille du cégep : les données témoignent de l’importance de la variable relative à la taille des cégeps;  or ce constat reste à explorer afin de mieux saisir quelles dimensions de la taille font la différence à l'égard des croyances et des pratiques du corps enseignant des cégeps en matière d’évaluation des apprentissages.

N.B. Pour mieux comprendre les résultats, il y a intérêt à consulter les deux présentations PowerPoint des auteurs et le rapport de recherche.


Une mosaïque de pratiques
d'évaluation des apprentissages

Croyances et pratiques en
évaluation des apprentissages
au collégial

Quelles sont les suites à cette recherche?

Pour Danielle-Claude Bélanger, les retombées de la recherche sont de nature locale, c’est-à-dire qu’elles interpellent les enseignants et les équipes départementales selon leurs propres caractéristiques, mais elles sont transposables à tous les milieux, tous les secteurs, toutes les démarches de perfectionnement et de réflexion collective que les collèges voudront se donner. « Dans les cours en évaluation des apprentissages, en particulier, on va pouvoir intégrer ces outils diagnostiques. Performa est à élaborer un ouvrage sur l’évaluation. Les résultats de cette recherche y seront certainement intégrés. Les questionnaires développés et validés par la recherche permettent à ceux qui offrent des formations, créditées on non, de faire émerger les pratiques et les croyances de chacun tout en mettant en perspective le portrait de centaines d’enseignants du réseau collégial. »
Les conseillers pédagogiques répondants locaux de Performa ont eu l’occasion de s’approprier les résultats de cette recherche lors de présentations régulières au fur et à mesure du cheminement de la recherche. Dans les annexes versées au rapport, des outils sont disponibles, prêts à être imprimés et diffusés dans les formations. Ils s’accompagnent d’instruments d’interprétation des résultats, de manière à dresser le portrait des groupes concernés. 

« Il reste encore des pistes de réflexion à explorer. Je pense en particulier à l’influence des milieux sur les pratiques et les croyances en évaluation des apprentissages ou sur les climats de transfert des retombées du perfectionnement des enseignants dans leur milieu de pratique. Quand un prof s’en va à Performa et qu’il revient dans son département, il nous est parfois rapporté une difficulté pour l’enseignant de mettre à profit les retombées de sa formation. Parfois, l’enseignant ne doit pas trop faire valoir les nouvelles pratiques qu’il souhaiterait expérimenter et mettre de l’avant. Ça témoigne d’un climat de transfert du perfectionnement du personnel enseignant. Une des intuitions qui expliquent la force de la variable «secteur» soutient que, lorsque le climat est favorable au transfert, c’est à ce moment qu’on arrive le mieux à changer les croyances et les pratiques. Qu’est-ce qui influence la pratique? Ce n’est pas seulement les croyances. Les pratiques évoluent sous la pression d’autres forces. Le groupe d’appartenance est un vecteur de privilégié de transformation des pratiques des enseignants du collégial. » 

En conclusion :
« L’impression que les données nous laissent est qu’il y a une bonne appropriation de l’approche par compétences par les enseignants du collégial. Il y a plus de travail à faire  de façon un peu plus marquée pour les croyances. En général, le portrait est  positif. Il y a des domaines où l’appropriation de l’approche par compétences est à poursuivre, entre autres sur la question de la notation. Notre recherche confirme que les enseignants des cégeps optent pour une variété de pratiques; les enseignants ne se cantonnent pas dans des recettes éprouvées. Les résultats témoignent de signes évidents de vitalité dans les pratiques évaluatives au collégial. » 

Entrevue réalisée par M. Alain Lallier, août 2012.



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