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La réécriture du programme de sciences humaines : une proposition qui mise sur la rigueur scientifique et la multidisciplinarité




 

Un texte d’Élise Prioleau, rédactrice au Portail du réseau collégial

Cet automne, les enseignant-e-s en sciences humaines des 48 cégeps québécois sont appelés à commenter la nouvelle mouture du programme dans le cadre d’une opération de consultation menée par le ministère de l'Éducation et de l'Enseignement supérieur (MEES). Il s’agit de la dernière étape d’un vaste exercice de réécriture qui depuis 2015 aura permis de repositionner le plus imposant programme collégial de la province, qui accueille annuellement 22% des étudiants des cégeps. Une refonte des objectifs et de la structure du programme qui vise à revaloriser et faire mieux connaître les sciences humaines, en misant sur la rigueur scientifique, la culture générale, la pluridisciplinarité, la créativité et l’étude des enjeux sociaux du XXIe siècle.

« Nos membres ont émis un premier avis globalement favorable lors de notre colloque annuel en juin, déclare Chantale Lagacé, présidente du Réseau des sciences humaines des collèges du Québec (RSHCQ), un organisme dédié au partage des pratiques autour de l’enseignement des sciences humaines au collégial. D’ici le 1er novembre, date de la fin de la consultation, nos collègues dans les collèges vont poursuivre leur réflexion dans le cadre d’échanges sur la nouvelle proposition », ajoute-t-elle.

 

 

 

Diane Gauvin, porte-parole de la commission des affaires pédagogiques pour le programme sciences humaines et membre du Comité-conseil

Même son de cloche du côté des directions d’étude. « Nous sommes satisfaits du processus de consultation qui a mené à la rédaction de la nouvelle proposition. Nous espérons qu’il sera rapidement approuvé par les enseignant-e-s du réseau et mis en place dans nos collèges », selon Diane Gauvin, porte-parole de la commission des affaires pédagogiques pour le programme sciences humaines et membre du Comité-conseil qui a relu le projet au terme de la réécriture.

Initiation à cinq disciplines des sciences humaines

« Nous avons ajouté des balises, explique Patrice Régimbald, professeur d’histoire au Cégep du Vieux-Montréal et l’un des six membres du comité de rédaction de la nouvelle mouture du programme. On a établi qu’il y aurait des compétences d’initiation, d’approfondissement, en méthodologie ainsi que des compétences facultatives préalables pour l’université », précise-t-il. Au sein des compétences d’initiation, plusieurs changements ont été apportés. Parmi ceux-ci, une deuxième compétence optionnelle a été ajoutée au cursus. « Nous avons conservé le socle commun des compétences de base en psychologie, en économie et en histoire. Dans l’ancien programme, une quatrième discipline optionnelle devait être choisie par l’étudiant. Le programme remanié, quant à lui, prévoit une initiation à deux disciplines optionnelles pour un total de cinq disciplines des sciences humaines, précise M. Régimbald. Il y a une volonté d’offrir une formation généraliste, forte en culture générale et qui ouvre l’horizon de la pensée. »

Une approche multidisciplinaire
Le nouveau programme propose également une compétence optionnelle consacrée à l’étude d’un enjeu en sciences humaines. « L’idée derrière cette nouvelle compétence était de créer des cours non disciplinaires qui pourraient donner lieu à différentes formules pédagogiques, tel que le co-enseignement ou l’enseignement en rotation des disciplines. Cette compétence s’inscrit dans une perspective de travail collaboratif entre les disciplines autour d’une thématique précise », précise M. Régimbald.

Clarification des objectifs de onze disciplines
Au nombre des nouveautés qui touchent aux cours d’initiation, la clarification des compétences de onze disciplines des sciences humaines répond à un besoin qui avait été formulé dès 2017 dans le réseau enseignant, selon Mme Lagacé. « Dans l’ancien programme, seules les compétences des trois cours de base étaient décrites avec précision. Le programme réécrit offre aux enseignant-e-s une description plus précise de l’objectif général à atteindre dans les autres disciplines. »

Approfondissement en mode hors les murs
Dans le bloc des compétences d’approfondissement, une deuxième compétence a été ajoutée dans le nouveau programme, nous apprend M. Régimbald. Témoigner de sa compréhension de réalités humaines est un nouvel objectif qui figure dans le programme remanié aux côtés de l’analyse des réalités humaines qui était déjà en place dans l’ancien programme. « Cette compétence ajoutée permettra notamment de réaliser des projets pédagogiques à l’extérieur de la salle de classe. Par exemple, des activités d’observation dans un organisme, en entreprise, à l’international, etc. », précise M. Régimbald. 

Une formation plus poussée en méthodologie de recherche
Le programme remanié propose deux changements majeurs en méthodologie. Une nouvelle compétence portant sur les méthodes de travail intellectuel a été ajoutée. Selon Mme Lagacé, il s’agit de mieux préparer les étudiants à l’enseignement universitaire, en lecture, en recherche documentaire et en rédaction notamment. Un autre remaniement, celui-ci en méthodologie de recherche, prévoit initier en pratique les étudiants à la recherche en sciences humaines, dans un volet quantitatif axé sur les sciences humaines et dans un volet qualitatif, une nouveauté par rapport au programme actuel dans lequel l’enseignement des techniques qualitatives n’était pas prescrit. Le rehaussement du niveau académique en méthodes de travail et de recherche correspond à une demande qui avait été faite par le personnel des universités sondées en début de parcours autour du profil attendu des diplômés des cégeps (rapport Belleau, 2015-2017). « Ces ajouts sont reçus positivement par nos membres, bien qu’il y ait des discussions sur les modalités de ces enseignements », estime Chantale Lagacé.

Changement de cap en histoire
Le socle commun des cours obligatoires, dont la dernière actualisation datait de 1993 selon M. Régimbald, a été repositionné dans la nouvelle proposition. Un dépoussiérage en règle duquel a émergé un tout nouveau programme en histoire. Le programme d’histoire de la civilisation occidentale, beaucoup trop vaste à couvrir dans un simple cours de 45 heures selon les recommandations des universités, a été resserré dans l’espace et dans le temps. Son objectif sera désormais d’expliquer des fondements de l’histoire nord-américaine en relation avec le contexte mondial. Selon M. Régimbald, « il y aura un jeu de perspectives très intéressant et qui pourra être mis à contribution dans l’examen du passé de l’Amérique du Nord, soit à travers une perspective mondiale très large ou encore selon une perspective historique locale, régionale ou nationale. »

Quelle place a-t-on donnée aux enseignants dans la refonte du programme ?
Bien que les membres du RSHCQ reçoivent jusqu’à présent assez positivement les changements apportés au programme, des insatisfactions se sont fait entendre de ce côté. « Plusieurs enseignant-e-s auraient souhaité être impliqués dans l’enquête préliminaire (1ere étape en 2015 et 2016), qui a été surtout menée auprès des universités », témoigne Mme Lagacé.

S’il est vrai que les enseignant-e-s du collégial sont absent-e-s de l’étape préliminaire qui a en quelque sorte donné le ton aux opérations subséquentes, ils sont cependant au cœur du processus de rédaction du nouveau programme, plaide M. Régimbald. « Au cours de la refonte du programme, six professeur-e-s ont été impliqués dans le rapport d’analyse comparative (2e étape en 2017) et six autres ont participé à la réécriture du programme (3e étape en 2017-2018). Au cours de la troisième étape, 25 professeur-e-s ont participé aux sous-comités chargés de l’écriture des compétences disciplinaires et des compétences facultatives et une enquête a été menée auprès de 550 enseignant-e-s en sciences humaines en janvier 2018 sur des questions précises», selon M. Régimbald.

Le MEES entendra-t-il la requête formulée par un nombre important d’enseignant-e-s qui demandent haut et fort d’augmenter le nombre de périodes d’enseignements en sciences humaines, qui est de quelques 750 heures comparativement à près de 900 en danse, en musique et en sciences de la nature ? Un dossier fort intéressant à suivre dans les prochains mois.

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