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DEC ou BAC ou DEC-BAC en soins infirmiers?



Entrevue avec Mme Malika Habel, directrice des études et directrice générale par intérim du Collège Maisonneuve; représentante de la Fédération des cégeps dans le dossier de la formation en soins infirmiers.

Récemment, la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ) a manifesté publiquement son inquiétude par rapport à la précipitation avec laquelle l’OIIQ entend imposer une formation universitaire pour la majorité des nouvelles infirmières. Québec entend demander un baccalauréat pour accéder à la profession dès 2014, a indiqué la FIQ qui veut que l’on prenne le temps de répondre à un certain nombre d’interrogations avant d’aller de l’avant. Le Portail a voulu connaître plus en détail la position des collèges sur cette question. Malika Habel, représentante de la fédération des cégeps dans ce dossier a accepté de répondre à nos questions.

« Nous proposons qu’il y ait deux permis : un permis pour l’infirmière technicienne et un permis pour l’infirmière-bachelière, chacun avec des activités différentes. »

Les directions de cégeps sont en accord avec l’idée du rehaussement de la formation du personnel infirmier, mais cela ne veut pas dire pour elles qu’il faut passer à un autre diplôme. Pour madame Habel, il y a déjà un système qui est prévu au niveau du ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche, de la Science et de la Technologie (MESRST) et dans le réseau pour analyser les nouveaux besoins et modifier le cas échéant un programme. « Ce que nous demandons, c’est qu’il y ait une analyse prospective des besoins à l’issue de laquelle on pourra statuer sur les changements nécessaires au programme de Soins infirmiers. La dernière mise à jour du programme a été faite en 1998 et sa mise en œuvre en 2000. Ensuite, il y a eu des ajustements importants.

Il faut noter par ailleurs qu’il y a eu entre temps un rehaussement de la formation offerte aux infirmières auxiliaires par le de DEP en Santé, Assistance et Soins infirmiers. Il y a certains recoupements entre le programme de DEP et le programme collégial. Ce qui a donné d’ailleurs le programme 180 B0. Ce programme offre un cheminement accéléré vers le DEC pour les infirmières auxiliaires. On leur reconnaît certaines compétences déjà acquises dans le DEP. On se retrouve donc avec des dédoublements entre le DEP et le DEC, mais aussi entre DEC et la partie BAC du DEC-BAC. Dans ce contexte, nous demandons qu’il y ait une analyse sectorielle pour regarder l’ensemble de la chaîne de travail en soins infirmiers, de l’infirmière auxiliaire à la bachelière, afin d’actualiser les profils de sortie de ces trois filières de formation et de supprimer tous les chevauchements.

Actuellement, sur le marché du travail, le DEC et le BAC donnent accès à la même profession avec le même permis. Nous proposons qu’il y ait deux permis : un permis pour l’infirmière technicienne et un permis pour l’infirmière bachelière dont chacun correspondrait à des activités réservées différentes. »

L’ordre des infirmières revendique une formation universitaire de bachelière pour exercer la profession. Avec comme conséquence que les infirmières avec le DEC n’auraient plus le droit de pratique. Pour les infirmières avec permis déjà en exercice, l’Ordre est prêt à leur reconnaître la clause  "grand-père". Elles pourraient continuer à exercer avec le permis décerné.

« Le DEC-BAC et le BAC initial, ce n’est pas du tout la même formation ».
Les cégeps proposent aussi qu’il n’y ait qu’une seule voie pour l’infirmière universitaire, à savoir le DEC-BAC. « On propose qu’il n’y ait plus de BAC initial. Le DEC-BAC et le BAC initial, ce n’est pas du tout la même formation. Un BAC initial, ce sont deux années de sciences de la nature sans aucun stage, suivies de trois années d’université alors que le DEC-BAC correspond à trois années en Soins infirmiers avec plus de 1000 heures de stage et ensuite, deux années d’université. L’Ordre affirme que “2 plus 3 = 3 plus 2”. Nous ne sommes pas d’accord parce que dans les trois ans au collégial du DEC-BAC, il y a une partie pratique très importante qui permet à l’étudiante d’être déjà sur le terrain bien avant de commencer ses études universitaires. »

Y a-t-il un risque de diminution des inscriptions?
Actuellement,environ 40 % des finissantes de cégeps poursuivent leur formation vers l’université. L’ordre des infirmières souhaiterait que ce soit 100 % avec une obligation pour obtenir un permis d’exercer comme infirmière. Cette obligation serait effective en 2014, ce qui signifie que les étudiantes qui s’inscriraient en 2014 sauraient qu’elles ne pourraient pratiquer au bout de trois ans. Un sondage effectué en mars 2013 par la Fédération des cégeps auprès des 10 000 étudiantes qui poursuivent actuellement leur DEC en Soins infirmiers (avec plus de 3000 répondantes), indique que 84 % des répondantes ont l’intention de poursuivre des études universitaires, mais que 42 % n’auraient pas choisi cette profession si le BAC avait été obligatoire. De là la pensée qu’on pourrait connaître une diminution des inscriptions en soins infirmiers.

Est-ce que le DEC donnera accès au marché du travail?
Pour Malika Habel, “La question principale demeurera : est-ce que le DEC donnera accès au marché du travail ou pas? Est-ce qu’on va faire une analyse rigoureuse avant de décider ou décider et faire l’adaptation des programmes ensuite ? Nous souhaitons évidemment que l’on fasse l’analyse d’abord. Si cette proposition était retenue, la décision quant au niveau de formation nécessaire pour les infirmières ne pourra être prise au mois de juin 2013 étant donné les délais requis pour faire une analyse sectorielle.”

Pour une formule de DEC-BAC intégrée
La formule de DEC-BAC intégrée permettrait de rentabiliser les ressources et les investissements déjà existants dans le réseau des cégeps et de maintenir l’accessibilité de la formation dans toutes les régions du Québec, même les plus éloignées des grands centres et des universités. Des modèles de collaboration collèges-universités pourraient être mis en place dans les années à venir comme il en existe dans les autres provinces. “Mais, affirme madame Habel, il faut bien comprendre que nous revendiquons qu’à la fin du DEC, il y ait un permis d’exercer. Et que la personne qui veut poursuivre des études universitaires puisse le faire dans le cadre d’un DEC-BAC intégré”.  

On peut facilement deviner que toute cette problématique soulève des incertitudes et des remous dans les milieux d’enseignement. L’Association des enseignantes et des enseignants en Soins infirmiers des collèges (AEESIC) et la fédération nationale des enseignantes et enseignants du Québec (FNEEQ) se sont prononcées contre ces changements. Ils revendiquent le statu quo.

Entrevue réalisée par Alain Lallier, édimestre, Portail du réseau collégial.



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