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ESPA-Montréal : une approche novatrice pour les stages en soins infirmiers



Un entretien avec la directrice générale, Line Lefebvre d’ESPA-Montréal

Un texte d'Alain Lallier, éditeur en chef, Portail du réseau collégial

Depuis quelques années, certains collèges utilisent la simulation avec des mannequins intelligents dans le cadre du programme en soins infirmiers. Mais, la mise en place d’ESPA-Montréal se démarque par le nombre de collèges impliqués (9), par son partenariat avec le réseau de la santé et par l’utilisation d’un ensemble complet de mannequins haute-fidélité. L’objectif d’ESPA-Montréal, c’est l’adéquation entre la formation et les besoins de main-d’œuvre des institutions de santé.

Tous les collèges de la région de Montréal offrant le programme de soins infirmiers fréquentent tous les mêmes lieux de stage. La directrice générale d’ESPA-Montréal, Line Lefebvre, explique qu’il y a eu une pression exercée sur le milieu hospitalier pour avoir suffisamment de places de stages où les étudiantes peuvent rencontrer les objectifs de stage en lien avec les apprentissages associés aux différentes compétences. « Nous nous sommes aperçus que quelque chose ne fonctionnait plus ; il y avait trop de demandes de stages pour ce que les milieux  pouvaient offrir. Il fallait trouver un moyen qui permettait aux étudiantes de développer leurs compétences et d’être prêtes pour le marché du travail.

Cette pénurie de milieux de stage a été étudiée à Éducation Montréal dans le cadre du Pôle Santé. C’est à cette table qu’a été faite la recommandation de développer la simulation clinique haute-fidélité. Ailleurs, dans le monde, on constatait qu’une partie des formations en santé était faite en utilisant cette approche pédagogique. C’est donc là que le projet est né. Les cégeps de Montréal se sont rapidement montrés intéressés. Les enseignants avaient déjà sensibilisé les directions de collèges aux difficultés qu’ils rencontraient par rapport à la disponibilité des milieux de stage. »

Les avantages pédagogiques de la simulation
Même si le milieu clinique demeure important pour la formation, une partie des compétences requises peut être acquise en simulation. Quand les étudiants d’un même groupe viennent en simulation, ils sont tous soumis aux mêmes cas. Ils peuvent intervenir. « Parce que ce n’est pas la santé d’un vrai patient qui est en jeu ». Ils sont dans la chambre avec le simulateur. Si le patient simulateur ne va pas bien, ils interviennent et mettent à contribution leurs connaissances. Ils ne sont pas seulement des observateurs, mais bien des intervenants.

Comme il n’y a pas d’enjeu de sécurité pour le patient, les opérateurs de simulateurs peuvent détériorer la santé du ¨patient¨ comme faire baisser les signes vitaux ou le placer en détresse respiratoire. L’étudiant peut alors intervenir et apprendre. À l’hôpital, si un patient ne va pas bien, nous demanderons à l’infirmière de reprendre en charge le patient. Et l’élève sera mis en situation d’observation. Nous savons que pour apprendre, il faut intervenir. Ce qui est intéressant en simulation, c’est que tous les étudiants peuvent être soumis systématiquement à des cas complexes. Ils interviennent et peuvent même faire des erreurs. En débreffage on va se servir de ces erreurs pour apprendre »

Une méthode pédagogique novatrice
La simulation se déroule en trois étapes : Il y a d’abord, le breffage où on prépare les étudiants à la simulation. Les étudiants vivent ensuite la simulation qui est suivie par le débreffage où on revient sur la situation, sur les objectifs d’apprentissage et les résultats. On ne fait pas à la place des étudiants, mais on les laisse faire. L’approche veut mobiliser leurs connaissances afin qu’elles développent leur jugement clinique. C’est une méthode pédagogique très novatrice. De nombreuses études démontrent que l’on peut substituer des stages par de la simulation clinique haute-fidélité et que cette approche est excellente pour les apprentissages. 

Un mannequin qui peut parler; un bébé qui peut pleurer
Il faut comprendre que le mannequin-patient peut parler.  L’enseignante peut lui faire dire ce qu’elle souhaite à partir de la salle de contrôle. Les séances sont de plus enregistrées pour fins pédagogiques. Ce qui est fort utile en session de débreffage. Il est important de noter que les étudiantes ont à travailler en dyade ou en triade, ce qui leur permet également d’apprendre à travailler en équipe et d’exercer leur leadership.

En entrant dans la salle, elles doivent se donner des rôles. Madame Lefebvre explique: « Quand les étudiantes entrent dans la salle, elles ne voient plus un mannequin, mais voient bien un patient. Un exemple qui démontre bien comment elles entrent dans leur rôle : à un moment donné, une étudiante devait faire la réanimation d’un bébé. Elle devait le masser et le ventiler. Quand elle a réussi la réanimation, les gens dans la salle de contrôle ont fait pleurer le bébé. L’étudiante demande aux intervenants : “Est-ce que je peux le prendre ?”. Tellement prise dans son intervention, elle veut prendre le bébé pour le consoler. Elle avait ainsi oublié que c’était un mannequin. Pour les étudiantes, c’est un vrai patient. Ce sont vraiment des mannequins haute-fidélité intelligents et très réalistes. »

Un soutien aux enseignantes
ESPA-Montréal est un OBNL créé en 2015 qui regroupe 13 partenaires :  neuf cégeps de Montréal dont 7 francophones et 2 anglophones, deux commissions scolaires et deux centre intégrés universitaires de santé et services sociaux (CIUSSS). . L’organisme possède une équipe qui offre du soutien pédagogique et technique tant aux professionnels de la santé qu’aux étudiants. Ce sont les ressources d’ESPA-Montréal qui opèrent les mannequins. Les enseignantes accompagnent leur groupe comme si elles étaient en stage à l’hôpital, elles sont dans la salle de contrôle. Les étudiantes peuvent appeler pour parler au médecin. L’enseignante jouera le rôle de médecin et peut elle-même faire intervenir le patient. Le patient peut parler et dire, par exemple: « je ne me sens pas bien ».

ESPA-Montréal offre également du soutien pédagogique à tous les enseignants qui y viennent avec leurs groupes en stage. Les enseignants doivent se familiariser avec cette nouvelle méthode entre autres au niveau du débreffage.

Plus de 2000 étudiants à l’automne
Cet automne, le centre recevra plus de 2000 étudiants représente environ 320 groupes de 6 à 9 étudiants. Le Centre offre aussi de la formation continue pour les professionnels des partenaires de la santé. Les étudiants font d’une à trois journées de simulation par session. La formation s’adresse pour le moment aux étudiants de 2e et 3e année.

Des domaines d’intervention variés
Les domaines d’interventions du centre sont très variés : médecine, chirurgie, périnatalité, pédiatrie, santé mentale, gériatrie, soins palliatifs et réanimation cardio-respiratoire. Des scénarios en interdisciplinarité sont également possibles. Les simulations couvrent toutes les dimensions du programme du collégial.« Les répondants des collèges étaient très contents que l’on offre des scénarios en pédiatrie et en périnatalité, parce qu’il y a peu d’endroits de stage à Montréal dans ces spécialités. »

Une affaire de partenaires
ESPA-Montréal est géré par un conseil d’administration où siègent deux représentants des collèges, deux des commissions scolaires, deux des partenaires de la santé (CIUSSS du Centre-Sud-de-l ’Île-de-Montréal, CIUSSS du Nord-de-l ’Île-de-Montréal), et deux permanents de ESPA-Montréal.

Le financement
La réalisation de ce projet a été rendue possible grâce à des subventions totales de 2,7 millions de dollars attribuées par les paliers fédéral et provincial, soit 1,4 million de dollars du ministère de l’Enseignement supérieur du Québec et 1,3 million octroyés au Collège de Maisonneuve, au nom des neuf cégeps partenaires, dans le cadre du programme fédéral du Fonds d’investissement stratégique pour les établissements postsecondaires. Ces subventions ont permis la rénovation d’un étage du Pavillon Dorion du CIUSSS du Nord-de-l ’Île-de-Montréal sur la rue Jean-Talon.
Les simulateurs patients ont été financés par les cégeps partenaires; les commissions scolaires ont contribué à l’achat du mobilier. Les CIUSSS ont contribué les équipements médicaux. Le budget de fonctionnement de l’organisme est assuré par tous les partenaires.

Une meilleure préparation pour les infirmières
Pour Line Lefebvre, l’aspect pédagogique du projet est très important. « Nous voulons nous assurer que la formation en santé est de qualité pour répondre aux besoins de main-d’œuvre du milieu. La grande innovation : la santé et l’éducation collaborent pour s’assurer d’une réelle adéquation. Cette approche permet d’exposer systématiquement les étudiantes  à des situations variées, ce qui étaient impossible auparavant. Par exemple, une étudiante pouvait étudier pendant trois ans sans avoir été exposée à une situation d’infarctus. Avec la simulation, nous réalisons des situations concrètes et complexes. Les étudiantes seront de ce fait beaucoup mieux préparées quand elles arriveront en milieu de travail. Elles auront acquis une confiance accrue par rapport à un milieu où les exigences sont sans cesse plus élevées. »



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