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Enseignante et auteure, Roxanne Bouchard a le vent dans les voiles

2021-10-18


Par Alain Lallier

Parmi les 22 romans que j’ai lus cet été, une auteure s’est classée au sommet de mon palmarès : Roxanne Bouchard avec son roman Nous étions le sel de la mer. J’étais un peu en retard dans ma découverte de cette auteure, puisque ce polar québécois a été publié en 2014. Il s’agit du premier roman d’une trilogie mettant en vedette l’enquêteur Joaquin Moralès, qui a été suivi en 2020 par La mariée de corail , gagnant du prix Meilleur ouvrage policier en langue française, Crime Writers of Canada 2021, et du dernier opus, Le murmure des hakapiks, paru en avril dernier.

Roxanne Bouchard a publié une dizaine d’ouvrages depuis 2005 et a reçu de nombreuses marques de reconnaissance, dont le Prix Robert-Cliche. Ces romans sont maintenant publiés en anglais, en allemand et en italien.

Auteure à succès, elle enseigne toujours la littérature au Cégep de Joliette, et ce, depuis 1994. Elle a accepté de nous parler de sa vie palpitante mariant enseignement et écriture.

          Photo: La Presse

« Et si on me demandait de choisir entre les deux métiers, je choisirais d’être prof ! »
En 2017, dans un article publié dans La Presse+, Roxanne Bouchard a déclaré : « Je n’ai jamais voulu être écrivain. Et si l’on me demandait de choisir entre les deux métiers, je choisirais d’être prof ! » Avec toute la notoriété acquise depuis, a-t-elle changé d’idée ? « Quand la pandémie a engendré la fermeture des cégeps en mars 2020, je donnais un cours de création littéraire à une quinzaine d’étudiantes et d’étudiants, raconte-t-elle. Depuis 15 ans, je participe au Programme volontaire de réduction du temps de travail. Je suis coordonnatrice du département avec Louis Cornellier, qui travaille au Devoir, et avec Catherine Asselin. Moi, je m’occupe du dossier des tâches. Je travaille aussi au Centre d’aide en français. Quand la pandémie est arrivée, nous avons commencé l’enseignement en ligne. Ce n’était pas palpitant.(...)

(...) La Mariée de corail devait être publiée en avril, mais la pandémie a tout arrêté. Quand les presses d’imprimerie ont recommencé à tourner, ma maison d’édition a lancé La mariée de corail, qui est sorti dans un très, très bon moment. Les gens avaient envie de lire, et les ventes du roman ont monté en flèche, avec l’engouement pour les livres québécois et pour la Gaspésie. Alors, quand est venu le temps de préparer les tâches de l’année 2020-2021 et que j’ai vu qu’on nous annonçait encore une année en visioconférence ZOOM, la question de choisir entre l’enseignement et l’écriture s’est posée. En plus, la suite Moralès a été achetée en Angleterre, en Allemagne, en Italie et en France, avec des redevances financières à la clé. J’ai donc choisi de ne pas prendre de cours parce que je n’avais pas envie d’enseigner en ligne. Je me suis alignée vers plus d’écriture, et c’est la même chose cette année. Je continue tout de même à travailler au Centre d’aide en français et j’ai aussi pris un cours de création à la session d’hiver. Après 27 années d’enseignement, je me sens privilégiée de pouvoir ainsi diversifier mes activités. »

Devenue écrivaine par hasard
Roxanne Bouchard a déjà dit : « Je suis une enseignante qui, par hasard, est devenue écrivaine. » Elle raconte que sa mère était enseignante au primaire. Quand elle était enfant, sa mère lui lisait des livres le soir. Et au moment où sa mère arrivait dans le nœud de l’histoire et que ça devenait passionnant, elle fermait le livre, lui disait qu’elle était fatiguée et l’invitait à continuer toute seule. « Idée de génie qui nous a permis, à moi et à mes frères, d’apprendre la lecture. Enfant, je disais à tout le monde que je voulais devenir professeure de livres. Quand j’ai fait mon cégep, je me suis dit :“C’est ici que je vais enseigner des livres : au collégial et à Joliette.”J’ai passé mon entrevue pour enseigner à Joliette, pendant ma dernière année du baccalauréat. J’ai été engagée pour l’automne suivant. J’ai complété ma maîtrise en enseignant. Entre-temps, je correspondais avec des gens qui m’ont mise au défi d’écrire un roman. C’est par hasard que je suis devenue écrivaine. La veille de la fin du concours, mon ami Dominique Corneillier m’a dit d’envoyer au Prix Robert-Cliche un manuscrit qui traînait dans mes tiroirs. C’est un enchaînement de défis amicaux qui m’ont amenée à publier ! »

Conjuguer le métier d’enseignante et d’auteure à succès
Comment conjugue-t-elle son métier d’enseignante dans un cours de création littéraire et son statut d’auteure à succès ? Elle trouve ça très stimulant. Quand elle a commencé à donner ce cours, elle avait déjà publié deux ou trois livres. « J’ai choisi d’en faire un cours très technique : comment créer un personnage, une ambiance; comment utiliser des champs lexicaux pour accentuer des effets; quels agencements de scènes peut-on faire ? Au premier cours, je me présente comme une professeure, mais aussi comme une auteure. Contrairement au cours de littérature générale, où je ne mentionne jamais que je suis auteure, en création, je leur dis que je vais travailler avec eux sur un projet d’écriture. Dans certains cours, j’intègre une page de manuscrit commentée par ma directrice littéraire. Je leur explique à quoi ressemble le travail éditorial. On a souvent une image très romantique de l’écrivain, avec sa plume sous un clair de lune ou avec une coupe de vin dans un lancement. La réalité d’un écrivain, c’est d’abord un travail assidu. C’est ce que j’essaie d’enseigner.»

Les étudiant. e. s ont-ils plus de difficultés en français ?
Est-ce que l’auteure-enseignante considère que la génération actuelle a plus de difficultés en français que les précédentes ? « Je pense que les étudiants sont tout le temps pareils; ce sont les profs qui vieillissent ! affirme-t-elle en éclatant de rire. Plus on vieillit, plus on s’aperçoit qu’on corrige toujours les mêmes fautes et on finit par trouver que les étudiantes et les étudiants de moins en moins bons. Ce qui me titille, ce n’est pas tant les fautes de grammaire, mais les problèmes de syntaxe. C’est ainsi que j’ai proposé au Centre d’aide en français un projet davantage axé sur la syntaxe. Par exemple, certains élèves écrivent des phrases de 15 lignes qui abordent 7 sujets différents À la lecture, on n’y comprend rien. Pour remédier à cette lacune, j’utilise un exercice qui a été mis en place par l’Université Laval de Québec, soit “Qu’en pense Sophie ?” Démarche tutorale et développement des habiletés de révision. L’idée, c’est de demander à l’étudiant d’expliquer ce qu’il veut dire. Il s’agit de l’amener à être de plus en plus clair dans son explication et sa formulation, pour que cela se traduise par la suite dans son écriture. Je dis souvent aux étudiants que, en 27 ans d’enseignement, je n’ai jamais écrit sur une copie : « ce texte est beaucoup trop clair ! »

Faire appel à Antidote ?
Sur la question de l’utilisation du logiciel de correction Antidote lors de l’examen uniforme de français, Roxanne Bouchard affirme qu’elle utilise Antidote, toutes les grammaires et tous les dictionnaires à sa disposition pour écrire. Ce sont des outils qui peuvent aider les étudiants. « De toute façon, sur une phrase toute croche de 15 lignes, Antidote va déclarer forfait ! Il faut absolument avoir une pensée claire au départ. Écrire des phrases claires. Après ça, on peut utiliser tous les Antidote et dictionnaires de ce monde et ce sera tant mieux si le texte est solide et exempt de fautes ! »

"Vous voulez témoigner de ce que vivent et ressentent les militaires, madame Bouchard, alors vous irez en exercice avec eux." Source: L’état major veut vous rencontrer (la romancière au QG); Site Web de l'auteure.

Une fille de terrain
Les lecteurs moindrement assidus des écrits de Roxanne Bouchard savent qu’elle va leur faire découvrir des univers très différents : la pêche aux homards en Gaspésie, la guerre en Afghanistan, les militaires, les écrivains, la chasse aux phoques aux Îles-de-la-Madeleine, la voile, etc. Et elle ne parle pas à tort et à travers. Elle est allée plusieurs fois en voilier, en Gaspésie et même à la base militaire de Valcartier. Si elle adore être sur le terrain avec ses protagonistes, elle préfère les rencontres :« Pour mon dernier roman, Le murmure des hakapiks, je suis allée aux Îles-de-la-Madeleine rencontrer des chasseurs, le boucher qui se spécialise dans la viande de phoque, le président de l’Association des chasseurs de phoques et des policiers qui font des interventions en mer. Toutes ces rencontres m’ont aidée à me faire une idée de leur univers. C’est un privilège de partager les expériences des autres. »

Photo : site Web de Roxanne Bouchard

À quand la suite des aventures de l’inspecteur Joaquin Moralès?
Y aura-t-il un quatrième polar mettant en vedette l’inspecteur Joaquin Moralès? Roxanne Bouchard sourit. « En ce moment, je fais le ménage dans mon garage, nous avoue-t-elle. J’ai besoin de respirer avant de replonger dans un nouveau roman. Mais j’ai une cinquantaine de pages de rédigées. Dans le prochain livre, je vais visiter le milieu des arts durant une biennale à Percé. Alors, dans les prochaines semaines je vais aller jaser… avec des artistes ! »



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