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Elles lancent et comptent...



 Un texte de Marie Lacoursière, édimestre, Portail du réseau collégial

                                 

    Pascal Dufresne                    Dominic Desmarais

Le hockey gagne en popularité auprès des filles du collégial comme dans la population en général. On compte actuellement neuf équipes dans la division 1. Signe de croissance ? Signe de santé ? Le bassin de recrutement est-il suffisant ? Les filles ont-elles la chance de poursuivre leur parcours au niveau universitaire ? Comment concilient-elles études et sport ? Autant de questions que nous avons abordées avec les deux entraîneurs-chefs qui ont disputé le championnat en avril dernier. Pascal Dufresne est l’entraîneur-chef des Titans du Cégep Limoilou et Dominic Desmarais celui des Cougars du Collège Champlain de Lennoxville.

L’équipe des Titans du Cégep Limoilou a remporté le championnat du hockey féminin collégial cette année, un 4e d’affilé et le 7e en huit ans. On parle de plus en plus en plus de dynastie. Sa réputation dépasse les frontières du Québec : l’équipe est invitée en mai prochain pour aller faire la promotion du hockey féminin en Chine, qui reçoit les Jeux olympiques en 2022.

Le hockey féminin collégial est-il en bonne santé?

Si l’on peut affirmer que le hockey féminin au Cégep Limoilou est en bonne santé, est-ce que l’on peut porter un jugement comparable pour l’ensemble du réseau collégial ? « La difficulté que l’on vit , c’est la qualité du hockey féminin au niveau civil, affirme Pascal Dufresne. Des gestes ont été posés au cours des dernières années pour améliorer la compétition. Le problème que l’on a, c’est justement la compétition. Il n’y a pas beaucoup de parités au niveau du hockey féminin. Et c’est à ça qu’il faut s’attaquer au cours des prochaines années. C’est le défi. Hockey-Québec a travaillé en ce sens au cours des dernières années. Ils ont créé un réseau 3A féminin et réduit le nombre de filles qui jouent élites. Assurément, le RSEQ et le hockey collégial vont devoir aussi passer par là. Le hockey féminin est en santé : il y a beaucoup de joueuses. Mais pour accéder à des paliers supérieurs, des joueuses de niveau 1 qui va les amener au niveau universitaire ou sur l’équipe nationale, ça il y a en beaucoup moins. »

Une division 2 pourrait elle être possible dans le réseau collégial ?

Dominic Desmarais (entraîneur de l’année RSEQ 2017-2018) précise que pour alimenter neuf équipes féminines de hockey de niveau collégial, il n’y a que cinq équipes de niveau midget en compétition. Une situation de pyramide inversée qui selon l’entraîneur doit être améliorée : « Je ne connais pas la division de la ligue d’excellence du Québec versus le hockey collégial. Je sais cependant que dans le cadre de la prochaine année, elle veut mettre dans une structure intégrée toutes les équipes midgets AA, ce qui aurait pour effet d’élargir le bassin pour le prochain réseau. Au niveau collégial, est-ce qu’une division 2 pourrait être possible avec le réseau collégial ? Plusieurs cégeps ont fait des demandes d’admission. Je pense qu’il y a une bonne réflexion à faire avec le réseau collégial et la structure intégrée afin de parfaire le parcours des joueuses au Québec. »

" Plus la qualité du match est diluée, plus l’exode des joueuses  augmente."

Quant à lui, Pascal Dufresne explique que plus la qualité du match est diluée, plus l’exode des joueuses  augmente. « Les meilleures joueuses choisissent d’évoluer dans des programmes américains de collèges privés qui leur offrent un calendrier d’évènements aux États-Unis de niveau très compétitif. C’est ainsi que les collèges ont perdu d’excellentes joueuses qui sont allées jouer à l’extérieur. Est-ce qu’il faudrait diviser la division 1 et créer une division 2 ? se questionne l’entraîneur-chef des Titans. Le hockey féminin est en mouvance, comme tout le hockey. On peut s’attendre assurément à des changements dans les deux ou trois prochaines années. »

Suite à l’entrevue, le Portail a appris que le RSEQ songe à créer une division 2 dès l’année 2020-2021.

L'équipe des Titans du Cégep Limoilou

Le recrutement des joueuses
Le Cégep Limoilou, grâce à ses succès, a créé un engouement pour le hockey féminin à Québec. L’entraîneur-chef s’est impliqué dans la communauté. À son entrée en poste il y a quinze ans, il a organisé des évènements, il a fait connaître les Titans, a travaillé à donner le gout aux jeunes filles de jouer au hockey féminin. En étant au haut de la pyramide, puisqu’il n’y a pas d’équipe universitaire dans la région, les jeunes filles aspirent toutes à jouer pour les Titans. La région offre aussi un bon support. Les médias donnent une couverture médiatique extraordinaire. « Ça ne se fait pas tout seul. Il faut mettre du temps auprès des plus jeunes, concède monsieur Dufresne. Nous organisons des camps d’été, des camps de hockey. Nous faisons un tournoi féminin où nous faisons de la promotion. »

L'équipe des cougars du Collège Champlain de Lennoxville

"Nous devons faire nos devoirs et approcher les élèves."

Lennoxville profite aussi de sa position en tête de la ligue pour recruter les meilleures joueuses. Mais, Dominic Desmarais précise que ce n’est pas suffisant : « En même temps, nous devons faire nos devoirs et travailler fort pour attirer les athlètes. Ce n’est pas tout le monde qui veut étudier en anglais et vivre en résidence dans une région plus éloignée alors qu’il y a de bons collèges comme John-Abbott et Dawson à proximité. Nous devons donc faire nos devoirs et approcher les élèves. Nous sommes actuellement chanceux parce que nous avons l’école secondaire du Triolet à Sherbrooke qui fait de l’excellent travail. Les équipes féminines viennent de gagner deux Coupes Dodge au niveau peewe et au bantam. C’est un bon bassin de joueuses et notre alignement est composé de plus de la moitié de joueuses qui en proviennent. Notre recrutement s’est bien déroulé parce que nous avons fait notre devoir : parler à toutes les familles et faire les présentations qui s’imposent. Effectivement quand le succès est de la partie, il est plus facile de présenter l’encadrement ».

Les choix des joueuses en fin d’études au collégial

Certaines des joueuses continuent à jouer dans les universités canadiennes ou américaines. Pour Pascal Dufresne, le succès de joueuses canadiennes comme Marie-Philip Poulin, membre de l’équipe des Blues du Collège Dawson, joue un grand rôle. Native de la région de Québec, ses succès sont bien connus. « Elle draine beaucoup d’attraction quand on réussit à l’avoir. Toutes les jeunes s’identifient à elle, veulent jouer pour l’équipe nationale et représenter le Canada aux Jeux olympiques. C’est un modèle pour nos jeunes filles. »

Continuité vers le réseau universitaire

Existe-t-il un bon arrimage entre le hockey collégial et universitaire pour les équipes féminines ? Dominic Desmarais confirme que seules les universités de Montréal, de McGill et de Concordia offrent au Québec un programme de hockey féminin tout comme les Gee-Gees d’Ottawa. Hors de ces équipes, les joueuses doivent opter pour les Maritimes. « Ce que je vois à titre de coach, c’est qu’il y a beaucoup d’équipes qui sont présentes dans le recrutement, mais ce ne sont pas toutes les équipes qui ont la même rigueur et la même détermination dans le recrutement. C’est donc la chasse aux meilleures et nous incluons dans ce processus les universités américaines vers lesquelles beaucoup de filles sont tentées de bifurquer. Ces dernières recrutent beaucoup plus tôt que les équipes universitaires canadiennes, ce qui veut dire qu’avant même que les filles jouent au niveau collégial, elles sont approchées par certains programmes et déjà engagées. Les universités américaines sont assez agressives en matière de recrutement. Elles peuvent approcher des joueuses de premier niveau dès leur secondaire 3 et 4, surtout les meilleures. À titre d’exemple, Gabrielle David du Cégep Limoilou est déjà admise à Clackson University aux États-Unis. »

Conciliation études-sport

Pascal Dufresne est catégorique : « À Limoilou, la préoccupation première avant de gagner des matchs, c’est de diplômer les filles, c’est le critère numéro 1. Pour moi, le hockey est un outil vraiment intéressant pour passer tes études collégiales, mais avant tout, il faut qu’elles soient diplômées. Nous mettons toutes les mesures en place : les filles ont des périodes d’étude obligatoires, des programmes d’encadrement. Le programme est un sport-études de jour : toutes les filles sont libres le soir à la maison. Tout est intégré à l’horaire : les entraînements, les périodes d’études. C’est rassurant pour les parents que de voir tout cet encadrement pédagogique. »

Lennoxville n’est pas en reste à ce chapitre : l’horaire d’entraînement est fait en fonction du calendrier scolaire. « Nous nous préparons sans exagérer sur le nombre d’entraînements, insiste Dominic Desmarais. Je suis informé des horaires d’examens afin de planifier les activités d’entraînement en fonction des activités d’évaluation. Cette année, nous avons décidé de faire un tournoi en moins afin de concilier les études et la réussite. Le pourcentage réel d’occasions de gagner sa vie au hockey féminin est inexistant ou presque. Les études prennent donc toute leur importance. Si elles veulent parfaire ou continuer leur parcours sportif, tout se passe à l’université, donnant de ce fait toute l’importance à la cote R. Nous devons donc être très attentifs et proactifs pour donner aux études et la réussite la place qui leur revient. Comme entraîneur, nous ne pouvons enseigner les mathématiques à la place de l’enseignant, mais nous pouvons mettre en place les modalités d’organisation requises pour encourager la réussite des vingt joueuses qui composent notre équipe dont 99 % sont francophones, la seule anglophone parle français. »

Un coaching masculin ou féminin ?

À Limoilou, Pascal Dufresne compte dans son équipe d’entraîneur, une adjointe. Il nous dit qu’il ne pourrait s’en passer. Il en a même deux. Noémie Tanguay, son bras droit, a joué pour les Titans pendant trois ans, elle a étudié à l’Université Laval en interventions sportives. Elle agit depuis quatre ans comme entraîneuse. Elle travaille maintenant au cégep comme technicienne en loisirs au service d’animation. « C’est très important d’avoir un coach féminin dans des équipes de filles, autant pour des raisons personnelles que physiques ou psychologiques. Je ne vois pas comment une équipe de haut niveau pourrait se débrouiller sans une coach féminine », nous avoue-t-il.

À Lennoxville, l’équipe de coaching est principalement masculine à l’exception de madame Érica Porter. Selon Dominic Desmarais, il est difficile de recruter des coachs féminins. « Il y a beaucoup de filles qui sont entraîneuses adjointes. Nous en avions une qui était à temps partiel l’an dernier. C’est toujours la même chose, les cégeps ne sont pas des organisations roulant sur l’or. Il n’y a pas beaucoup d’entraîneurs-chefs qui sont à temps plein. Nous combinons plusieurs responsabilités. Je suis coach temps plein pour l’université Bishop et à temps partiel pour les Cougars. Plusieurs entraîneurs du réseau cumulent d’ailleurs des tâches de coaching. »

Nous souhaitons de bonnes vacances aux joueuses de la ligue de hockey féminine ainsi qu’à leurs entraîneurs et un bon voyage en Chine à l’équipe des Titans de Limoilou. Elles sont bien préparées… et ont même appris des rudiments de mandarin
 



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