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Art et solidarité : un projet humanitaire du Cégep régional de Lanaudière à L’Assomption



Par Hugues Brouillet et Joselle Baril, enseignants au Cégep régional de Lanaudière à l'Assomption

 Joselle Baril et Hugues Brouillet

Il y a plus de dix ans, il nous semblait évident que notre cégep devait s’engager dans un projet humanitaire. Il s’agissait non seulement de sensibiliser nos jeunes citoyens à ces enjeux, mais aussi, et surtout de leur offrir la chance de s’engager concrètement. Nous désirions aussi promouvoir des liens interdépartementaux, tant au niveau des étudiants que des enseignants, car nous déplorions la propension à travailler en silo, profitant faiblement de la collégialité pourtant inhérente à notre institution. Nous pensions également que l’art possédait cette universalité qui nous lie par-delà nos différences, en tant qu’humanité. Il y aurait ainsi dans la beauté de l’objet d’art un écho à la beauté de la solidarité humaine. Le projet Art et solidarité a grandi sur ces fondations.

Une réflexion autour du partage culturel
Le projet débute par une réflexion autour du partage culturel sous forme de cours et de dialogues avec les étudiants, animés par des enseignants des départements de Philosophie et d’Arts, lettres et communication (ALC) afin de sensibiliser les étudiants aux divers aspects touchés par le projet : les enjeux de l’aide humanitaire, l’engagement citoyen ainsi que des considérations propres au monde de la culture et de l’art. En lien avec ces réflexions, les étudiants du programme d’ALC produisent des œuvres dans le cadre du cours Production artistique. Ces œuvres intègrent des références culturelles liées à la culture du pays avec lequel nous sommes en lien. La création et la valorisation des œuvres à travers ce projet offrent de nombreux avantages pédagogiques. En effet, l’obligation de créer pour d’autres que soit, de faire le deuil de son travail – qui sera vendu pour une noble cause – permet aux étudiants de cheminer dans le processus créateur. De plus, le travail de réflexion en amont dans les cours de philosophie et la découverte d’une culture étrangère nourrissent énormément la créativité de l’étudiant.

"La création et la valorisation des œuvres à travers ce projet offrent de nombreux avantages pédagogiques. En effet, l’obligation de créer pour d’autres que soit, de faire le deuil de son travail – qui sera vendu pour une noble cause – permet aux étudiants de cheminer dans le processus créateur." Joselle Baril et Hugues Brouillet

Les œuvres des étudiants sont ensuite mises en scène dans une exposition d’une soirée au cours de laquelle elles sont vendues dans un encan-bénéfice. Cette soirée est le point d’aboutissement du projet, elle est ouverte à tous, urbi et orbi et à ce titre, les étudiants d’ALC sont invités à produire de la publicité pour la communauté du cégep, pour les parents des étudiants, mais aussi, et surtout, pour l’ensemble des citoyens de la ville, de la région. Le montant des ventes de l’encan est entièrement remis à l’ONG/OSBL.

Une organisation partagée
L’organisation de la soirée Art et solidarité repose sur l’ensemble des partenaires du projet. Cette soirée débute par des témoignages, principalement de membres de l’organisme humanitaire qui rend compte des réalités du pays, du travail accompli et à accomplir. Un diaporama incluant des informations factuelles, des photos et des vidéos peut être conçu par des étudiants de communication d’ALC. La soirée se poursuit de manière informelle par de la musique du pays bénéficiaire de l’aide humanitaire, un vin d’honneur, des discussions à bâton rompu… bref, une ambiance de fête qui se termine par la vente des œuvres des étudiants au profit de l’OSBL/ONG. L’encan silencieux nous semble le meilleur choix pour ce type de soirée, car il est vraiment plus convivial qu’un encan à la criée.

Le projet est soutenu dans sa pérennité par le département de Philosophie et celui d‘ALC du Cégep régional de Lanaudière à L’Assomption. Par la nature du projet (la partie art et communication), il est nécessaire que le département d’ALC participe à son élaboration. Pour le département de philosophie, d’autres enseignants d’autres programmes pourraient tout aussi bien s’acquitter de cet aspect. En effet, les enjeux qui font l’objet de cours et de discussions touchent aussi bien les programmes de sciences humaines, mais, bien évidemment, des enseignants d’autres programmes qui désirent s’engager dans Art et solidarité devraient simplement le faire en dehors du corpus de leur programme si celui-ci s’y prête moins.  Nous avons tenu à proposer l’élaboration du projet aux étudiants du Comité d’action sociale de notre cégep puisque le volet humanitaire de leurs activités s’y prête admirablement et que l’idée de joindre le scolaire et le parascolaire participe au décloisonnement auquel nous tenons.

Les compétences visées par le projet                                                                         Au niveau pédagogique, quatre des cinq compétences communes de la formation collégiale : exercer sa créativité, s’adapter à des situations nouvelles, exercer son sens des responsabilités, communiquer sont directement visées par le projet. Nous pensons en outre que le fait qu’elles s’incarnent dans un travail en collégialité donne une dimension substantielle à l’atteinte de ces compétences. En effet, la réussite du projet repose sur des échanges entre différents acteurs sociaux et l’étudiant doit exercer ces compétences à travers ces échanges qui sont riches d’enseignements car les membres de l’OSBL, les enseignants et d’autres acteurs sociaux travaillent de concert avec l’étudiant pour mener à terme le projet. Par ailleurs, trois des six buts du programme d’ALC sont directement concernés : exploiter des connaissances générales et des éléments de la culture, exercer sa créativité, et démontrer des attitudes et des comportements favorisant son développement personnel, social et scolaire. Nous pensons que notre projet a l’avantage de faire fonctionner ces buts en synergie.

"la réussite du projet repose sur des échanges entre différents acteurs sociaux et l’étudiant doit exercer ces compétences à travers ces échanges qui sont riches d’enseignements" Joselle Baril et Hugues Brouillet

 

Établir un partenariat dans un climat de communication

Afin de répondre à certains objectifs pédagogiques liés à Art et solidarité, il nous a semblé nécessaire d’établir un partenariat avec un organisme de petite ou de moyenne dimension, travaillant à partir du Québec et ayant à cœur de soutenir notre démarche. Il s’agit donc d’un véritable partenariat, car si l’objectif final est une levée de fond et de l’aide humanitaire, nous ne pouvons et ne voulons détacher cet objectif du cadre dans lequel il s’incarne : une institution d’enseignement. Ainsi, c’est dans le respect de l’atteinte des objectifs pédagogiques que notre projet trouve sa pleine légitimité dans un cégep.

Les communications sont cruciales pour le développement du projet Art et solidarité. Les étudiants d’ALC peuvent travailler avec le service des communications du cégep afin de promouvoir l’événement. Pour atteindre les objectifs de sensibilisation et de collecte de fonds, il est nécessaire que la soirée ne s’adresse pas uniquement aux parents ou aux ami.es des étudiants d’ALC, mais que l’événement attire un large public. Au fil des ans, nous avons bonifié le projet et nous pensons que sa maturité est assez grande pour faire l’objet d’une diffusion vers d’autres cégeps. L’intuition qui nous avait guidés dans sa conception est demeurée intacte : nous pensons que l’art et la solidarité sont essentiels, et que le bon et le beau sont complémentaires.

Dossier préparé par Mme Marie Lacoursière, édimestre au Portail.



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