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Entrepreneuriat-études : une approche novatrice au Cégep Limoilou



Une entrevue avec M. Serge Dupuis, directeur des affaires étudiantes et communautaires du Cégep Limoilou

Récemment, le Cégep Limoilou annonçait qu’il allait offrir dès la rentrée 2013, un nouveau programme qui vise à aider les étudiants à considérer l’entrepreneuriat comme un choix possible de carrière. Nous en avons discuté avec Serge Dupuis, directeur des affaires étudiantes et communautaires du Cégep Limoilou.

Convergence entre la réussite et le déficit entrepreneurial
Serge Dupuis nous explique : c’est la convergence de deux préoccupations qui a incité le collège à présenter l’entrepreneuriat comme choix de carrière aux étudiants. « Ce programme s’inscrit d’abord dans l’optique de diplômer, de faire réussir les étudiants et de donner un sens aux études, une motivation à les terminer. Par ailleurs, des études nous révélaient un déficit entrepreneurial au Québec et à Québec en particulier. Deux fois moins de Québécois que de Canadiens auraient l’intention de se lancer en affaires au cours des prochaines années. Ce déficit est encore plus prononcé à Québec puisque 6,9 % des jeunes de la région ont des intentions entrepreneuriales alors que le pourcentage est de 13,2 pour les jeunes de l’ensemble de la province. Il existait déjà un club d’entrepreneurs qui regroupe une quinzaine d’étudiants. Ils sont très intéressés par le projet et engagés à y participer ».

Il s’agit d’un programme d’activités parascolaires supervisé par la direction des affaires étudiantes en collaboration avec un enseignant en Techniques administratives dégagé quelques jours semaine pour faire avancer le projet et établir les contacts. Le programme s’adresse autant aux étudiants des programmes préuniversitaires que techniques ainsi qu’à ceux de la formation continue. Tous les étudiants du collège y ont accès. « On pense qu’on peut s’adresser à tout le monde, parce que nous voulons aborder toutes les formes d’entrepreneuriat. On pense bien sûr à l’entrepreneuriat privé, mais on veut aussi sensibiliser les gens aux autres formes : les coopératives, l’entrepreneuriat social, les organismes sans but lucratif, une franchise ».

Deux profils : Découverte et Engagement
Le collège entend offrir aux étudiants deux profils. Un premier profil appelé « Découverte » qui est une initiation à l’entrepreneuriat : sensibilisation, test sur son profil entrepreneurial, mise en contact avec les entrepreneurs, démystification de l’entrepreneuriat ; mission sociale et économique de l’entrepreneuriat, éthique et créativité sur deux heures semaine. Dans le deuxième profil « engagement » (4 heures par semaine), le programme va plus loin au niveau des outils à maîtriser pour devenir entrepreneur : capsules de formation en comptabilité, en marketing, en finance et en droit. « L’accompagnement sera alors de plus en plus serré; le mentorat va permettre qu’une entreprise prenne forme avec un plan d’affaires. On pourra même aller jusqu’à du microfinancement. Nous voyons ce programme comme un continuum. Nous allons commencer à l’automne par la sensibilisation. À mesure que nous allons avancer, nous voulons que les jeunes qui le souhaitent développent leur entreprise ». 

Des étudiants intéressés
Les étudiants ont déjà manifesté leur intérêt. « Un sondage maison auprès de nos étudiants révèle que 61,2 % des 2 903 répondants ont déjà envisagé la possibilité de travailler à leur compte ou d'avoir leur entreprise et que 46,3 % d'entre eux aimeraient connaître davantage l'entrepreneuriat. Nous étions agréablement surpris des résultats. 58 % des jeunes avaient dans leur entourage quelqu’un qui était à son compte ou avait une entreprise. 843 ont dit qu’ils étaient prêts à participer à des activités parascolaires qui viseraient à faire connaître l’entrepreneuriat. Plus de mille étudiants ont signifié qu’ils aimeraient que le collège les accompagne dans le développement de leur entreprise. On constate que les étudiants sont de plus en sensibilisés. L’émission « Les Dragons » y contribue sans doute. Il y a actuellement une fenêtre d’opportunité pour lancer un tel programme. La culture économique de Québec devient aussi un terreau porteur. Nous assistons à une diversification de l’économie régionale avec l’arrivée d’entreprises de haute technologie dans le quartier Saint-Roch et aussi avec les retombées des centres de recherche de l’Université Laval, entre autres. L’image traditionnelle de ville de fonctionnaires est de moins en moins collée à Québec ».

Une volonté affirmée de faire appel aux ressources du milieu
Au niveau des personnes ressources qui seront attachées au programme, en plus du professeur de Techniques administratives déjà dégagé, le collège entend, dans une approche très concrète, faire appel à des entrepreneurs du milieu qui ont manifesté leur intérêt à venir accompagner les jeunes. L’apprentissage va se faire lors de mini-conférences, de rencontres avec les entrepreneurs qui vont aborder des sujets précis. « Nous ne voulions pas réinventer la roue. Nous avons commencé par inventorier tout ce qui se faisait dans le domaine. On pense au Carrefour Jeunesse-Emploi, à la Fondation de l’entrepreneuriat. Nous les avons rencontrés. Nous voulons être au centre et aller chercher les ressources et les amener au collège au service des étudiants. Par exemple, pour évaluer le profil entrepreneurial des étudiants, nous allons faire appel aux ressources du Carrefour Jeunesse Emploi. Nous avons conclu avec eux une entente pour que ce soit eux qui viennent animer les deux heures sur cette question. Nous ne voulons pas entrer en compétition avec ce qui se fait déjà. Nous voulons vraiment travailler étroitement avec le milieu ».

Assurer un continuum interordre pour les étudiants
Un des soucis du collège est de s’inscrire dans un continuum de formation et d’initiation à l’entrepreneuriat. Il y a déjà des initiatives en ce sens au niveau de l’ordre secondaire. « Nous voulons tisser des liens pour que le jeune qui a un potentiel entrepreneurial soit accompagné tout au long de son parcours scolaire. En ce sens, nous sommes en discussion avec Entrepreneuriat Laval pour faire en sorte qu’il y ait un suivi qui puisse être fait pour des étudiants en sciences de la nature ou en sciences humaines, pour qu’ils puissent poursuivre à l’université ».
Il existe déjà au niveau collégial des clubs entrepreneurs, des écoles-entreprises, des profils. Mais de structurer un programme parascolaire, du type Sports-Études, qui permettent un cheminement sur plusieurs années, voilà une approche novatrice et unique. 

Mettre l’accent sur l’entrepreneuriat responsable
Serge Dupuis espère que le projet pourra inspirer d’autres collèges. Pour l’instant, le programme est au stade de projet-pilote. « Nos objectifs sont de le raffiner, de s’ajuster en cours de route, d’établir des contacts avec le secondaire et l’universitaire. Dans quelques années quand tout sera attaché, nous serons en mesure de façon plus précise de témoigner des impacts sur la persévérance et la réussite, et sur l’intérêt pour l’entrepreneuriat. À la base, nous ne perdons pas de vue que notre objectif est de diplômer des étudiants. Ce projet s’inscrit dans cet esprit. Toujours dans le cadre de notre mission éducative, nous allons mettre l’accent sur l’entrepreneuriat responsable. Tout le long du parcours, nous allons rappeler l’importance de développer, mais dans le souci des employés, de la communauté et de l’environnement. Par les temps qui courent, on devine que la dimension éthique dans les affaires devra aussi être valorisée ».

Entrevue et texte réalisés par Alain Lallier, édimestre et éditeur en chef, Portail du réseau collégial.



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