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Bourses Perspective

Un « coup d’épée dans l’eau » de la CAQ de 1,3 milliard $

Ce programme était voué à l’échec dès son lancement, révèlent plusieurs acteurs du milieu de l’enseignement supérieur.

Un texte de Fannie Bussières McNicoll - Radio-Canada

Au plus fort de la pénurie de main-d'œuvre au lendemain de la pandémie, Québec lançait en grande pompe les bourses d’études Perspective Québec. L’idée? Inciter les jeunes à se diriger vers les métiers où la demande est forte. Mais le programme, inefficace ou presque, a depuis été aboli. Et pourtant, l’argent continue de couler à flots. Le coût final pour les Québécois : 1,3 milliard de dollars. Autopsie du naufrage d’une mesure phare du gouvernement sortant.


Maxime Mitchelson est de retour sur les bancs de l’Université de Montréal. Il fait partie des 120 000 étudiants qui ont reçu des bourses Perspective ces dernières années. Il avait commencé un baccalauréat en génie informatique avant de se réorienter en mathématiques et informatique, deux programmes visés par cette mesure.

Depuis 2023, le jeune homme de 22 ans a donc reçu 20 000 $ en bourses Perspective et, à la fin de cette session, il pourra à nouveau réclamer 2500 $ en soutien financier s’il réussit ses cours.

Ses parents ont malgré tout payé ses études. L’argent des bourses lui a donc permis de quitter le nid familial plus tôt que prévu, en absorbant une partie de son loyer, explique-t-il. Je connais des gens qui sont partis en voyage, qui ne le seraient pas sans ça, puis du monde qui s’est acheté des voitures, confie-t-il.

Venant d’un milieu qu’il qualifie lui-même de privilégié, il a toujours eu un certain malaise avec cette aide financière un peu tombée du ciel. Beaucoup de gens autour de moi sont allés dans des écoles privées, étudient dans des domaines où les stages sont rémunérés et mènent à de bons salaires. Ils n’avaient pas nécessairement besoin de cet argent-là, ils ne le méritaient pas, je dirais.

Charles-Étienne Leblanc et Maxime Mitchelson Photo : Radio-Canada / Fannie Bussières McNicoll

Le programme de bourses Perspective Québec en bref

Perspective Québec faisait partie de l’opération main-d'œuvre lancée par l’ex-premier ministre François Legault à la fin 2021. Son but était d’inciter les jeunes à s’engager dans un des programmes menant à des secteurs jugés prioritaires, comme le génie et l’informatique, l’enseignement, la petite enfance, la santé et les services sociaux.

Les étudiants recevaient 1500 $ au collégial et 2500 $ à l’université à chaque session à temps plein réussie.

Le programme de bourses a démarré à l’automne 2022 pour être brusquement aboli en février 2025. Une clause de droits acquis permet toutefois aux étudiants déjà inscrits de continuer à percevoir des bourses jusqu’à leur diplomation, dans le respect de certains délais.

Jusqu’à présent, le programme a coûté tout juste un milliard de dollars; 300 millions supplémentaires y seront consacrés d’ici sa fin définitive en 2030, selon des informations partagées par le ministère de l’Enseignement supérieur (MES).

Charles-Étienne Leblanc, lui, a eu la surprise de devenir admissible à ces bourses alors qu’il était en deuxième année au baccalauréat en génie industriel en 2022. Québec avait en effet décidé d’inclure tous les étudiants déjà inscrits dans les programmes ciblés pour s’assurer qu’ils persévèrent jusqu’à l’obtention de leur diplôme.

J'étais content, bien sûr, comme tout le monde. Mais je n’ai jamais compris pourquoi je la recevais, puisque j’avais déjà choisi ce programme. Je n’avais pas besoin d’incitatif pour rester en génie, reconnaît-il.

« Le fait que j'aie perçu cet argent-là a fait en sorte que mes parents n'ont pas eu besoin de payer mes études. C’est ça, l’impact que ça a eu. »

— Une citation de   Charles-Étienne Leblanc, ex-étudiant en génie industriel à l’École polytechnique de Montréal

Une commande politique mal ficelée dès le départ

L’ancien PDG de la Fédération des cégeps, Bernard Tremblay, se rappelle très bien une rencontre qu’il a eue avec François Legault en 2019, deux ans avant le lancement du programme. Un moment qui, avec le recul, était révélateur.

Je pensais qu’on parlerait des enjeux de réussite et des besoins des collèges. Mais il nous avait exprimé son souci de diriger les étudiants vers des secteurs qu’il considérait comme névralgiques pour l’économie du Québec. Il nous disait : Si on donne un ordinateur [aux jeunes], est-ce qu’ils vont aller en génie?

Quatre personnes, dont le premier ministre du Québec, attablées lors d'une rencontre officielle.

Image prise le 29 août 2019, lors de la rencontre de l'ex-premier ministre François Legault avec des représentants du réseau des cégeps, dont Bernard Tremblay. Photo : Facebook, page personnelle de François Legault

M. Tremblay explique avoir plaidé auprès du premier ministre que tenter d’orienter les choix de carrière de la sorte n’était pas la voie à suivre.

Il était déjà convaincu que l’argent serait loin de suffire. Ça prend des conditions de travail qui sont adéquates pour attirer plus de jeunes à faire carrière en éducation à l’enfance, par exemple.

Le 31 novembre 2021, le programme de bourses Perspective Québec est annoncé par M. Legault lui-même. C’est certain que, lorsque j’ai vu les bourses Perspective apparaître, j’ai fait un lien, se rappelle-t-il.

Publiquement, la mesure est plutôt bien accueillie par le réseau de l'enseignement supérieur. Mais en coulisses, le mécontentement gronde.

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26 août 2026