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La quête de reconnaissance et les réseaux sociaux


 

«Les réseaux sociaux soulèvent, comme l'autobiographie, comme toute entreprise de mise en scène du moi, des problèmes philosophiques intéressants quant à la notion d'authenticité», écrit l'auteur.
Photo: Tiffet

Mathieu Burelle
L'auteur est professeur de philosophie au collège Montmorency

23 octobre 2021
Opinion

Qu'est-ce qui explique le phénomène de dépendance à l'égard des réseaux sociaux — en particulier chez les jeunes, à en croire des recherches récentes ? Que cherchons-nous sur Facebook et sur Instagram, lorsque nous partageons des selfies ou les photos de nos dernières sorties ? C'est, entre autres, le petit frisson addictif des « J'aime », que nous attendons avec plus ou moins de fébrilité, selon notre humeur et le contexte. Mais que penser de ce petit frisson ? Quel désir de reconnaissance se cache derrière lui ? Quel rapport sa quête entretient-elle avec le souci « d'être soi-même » propre à nos sociétés modernes ? Est-il aliénant et pernicieux, ce petit plaisir, ou au contraire la marque saine d'un besoin profondément humain ? Pour y réfléchir, il me paraît utile de revenir à un philosophe qui a offert une analyse affûtée et ambivalente du besoin humain de reconnaissance, tout en jetant les bases de l'éthique moderne de l'authenticité. Je veux parler — certains l'auront deviné — de Jean-Jacques Rousseau.

Amour de soi et amour-propre

Tout part, chez Rousseau, d'une distinction entre deux formes de conscience de soi et d'attachement à soi-même, l'amour de soi et l'amour-propre. L'amour de soi, nous dit Rousseau, est inné. Il s'agit de l'attachement naturel à soi-même qu'éprouve tout être humain dès la naissance, qui lui fait prendre conscience de son existence, qui l'amène à vouloir vivre, qui lui fait considérer avec plaisir tout ce qui favorise son épanouissement et lui fait au contraire considérer avec douleur ce qui le menace. Cet amour de soi est un sentiment paisible, propre à une conscience qui ne transite pas par autrui, qui n'a pas conscience des autres ou qui, du moins, ne se cherche pas elle-même dans le regard des autres. C'est la forme de conscience de soi propre au tout petit enfant, propre aussi à l'adulte lorsqu'il se retranche dans la solitude pour retrouver le simple sentiment de l'existence, loin des autres, de leurs regards et de leurs jugements.

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Source : Le Devoir.com


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