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Dossiers / Histoire / Le renouveau de 1992 à 2004

Des cégeps pour l’avenir



Des assises solides pour l’avenir

Les nombreux chantiers des dernières années, l’évaluation externe des plans, l’établissement de nouvelles stratégies, la mise en place de nouveaux moyens, la pratique répétée d’élaboration et d’auto-évaluation de plans de réussite sont autant de matériaux qui auront permis de jeter les bases d’une réelle culture de la réussite dans les cégeps et de dessiner les orientations pour l’avenir. Déjà, il semble acquis pour les artisans du développement des collèges que la réussite au coeur de la mission fondamentale des cégeps devra être conçue comme un élément dominant de la planification institutionnelle et envisagée comme un phénomène complexe et multifactoriel. Il faudra continuer à favoriser l’adhésion de tous les acteurs, porter une attention particulière à la réussite des garçons, se donner des outils en mode réseau, inscrire cette entreprise dans le temps avec patience et humilité. L’augmentation des taux de réussite ne passera pas seulement par les efforts institutionnels. Il faudra agir également sur les obstacles systémiques, comme les régimes pédagogiques, la pertinence et la fluidité des programmes, les règles relatives à l’admission et à la sanction des études...
 

La formation technique : un fleuron

Dans les nombreuses auscultations du réseau collégial, le secteur de la formation technique est toujours apparu comme un des aspects le moins remis en question. Avec le recul du temps, l’ensemble des observateurs considère l’enseignement technique comme un fleuron du système d’enseignement québécois. Par la diversité des programmes offerts et l’importance de ses effectifs, la formation technique a contribué de façon significative à répondre aux besoins en main-d’oeuvre spécialisée pour le Québec.

La formation technique est fréquentée plus par les femmes que par les hommes : en octobre 2004, sur 81 372 étudiants, on comptait 47 044 femmes (58 %) contre 34 328 hommes (42 %) dans les programmes de DEC. Quels sont les programmes les plus fréquentés en enseignement technique collégial ? Parmi l’éventail des 115 programmes d’études techniques constituant la carte des programmes, l’effectif étudiant se concentre aux trois quarts dans une vingtaine de programmes seulement. Par exemple :
 

  • Soins infirmiers : 10 467 élèves dont 9 183 femmes ;
  • Techniques de l’informatique : 4 982 dont 4 633 hommes ;
  • Technique d’éducation spécialisée : 4 537 élèves dont 3 995 femmes ;
  • Techniques de comptabilité et de gestion : 4 506 élèves dont 2 457 femmes ;
  • Techniques d’éducation à l’enfance : 4 066 élèves dont 3 962 femmes ;
  • Technologie de l’électronique industrielle : 2 210 élèves dont 2 122 hommes ;
  • Technologie de génie mécanique : 1 982 élèves dont 1 912 hommes ;
  • Techniques policières : 2 569 élèves dont 1 646 hommes.


Qu’en est-il des taux de diplomation ? Parmi les élèves de la formation technique qui ont terminé leurs études en 2002-2003, 61,4 % ont obtenu leur diplôme. Ce pourcentage s’est accru quelque peu au cours des dernières années. À ce chapitre, les filles se démarquent. En 2002-2003, leur taux de réussite s’établissait à 66,9 % contre 54,5 % pour les garçons, soit un écart de 12,4 points. Fait à noter, à l’automne 2003, 22,2 % des personnes de 24 ans ou moins diplômées de la formation technique en 2002-2003 poursuivaient des études universitaires à temps plein immédiatement après l’obtention du diplôme collégial. Ce résultat confirme l’importance de la formation technique comme voie de passage vers l’université et pourrait expliquer en grande partie la croissance des inscriptions à l’École de technologie supérieure.

La formation technique par la formation professionnelle

On a peut-être tendance à oublier que l’acronyme « cégep » signifie « collège d’enseignement général et professionnel ». Comment en est-on venu à substituer formation technique à formation professionnelle ? Ce changement a été voulu par les administrateurs des cégeps pour se démarquer de la formation professionnelle offerte au secondaire. Cette volonté de distinction et de démarcation a été accompagnée en parallèle d’une autre volonté, celle-là politique, de rapprocher les deux secteurs de formation en créant, au ministère de l’Éducation, une direction unique de la formation professionnelle et technique. Souvent, les discours ministériels jumellent les deux formations, laissant présumer qu’elles participent à la même dynamique. Ne nous méprenons pas. Il s’agit de deux réalités distinctes, se rapportant à deux ordres d’enseignement, deux modes d’organisation et deux régimes pédagogiques. Ce sont, pourrait-on dire, deux réseaux qui s’adressent aux jeunes dans des contextes fort différents : le secondaire en fréquentation obligatoire et les cégeps qui, comme tout autre établissement d’enseignement supérieur, font l’objet d’un choix de programme, de cégep et, dans une certaine mesure, d’un choix de carrière. Bref, deux mondes qui devraient se connaître mais qui dans les faits se méconnaissent et rivalisent ; deux univers qui tentent de se fréquenter en gardant leurs distances.

Les rapports et les plans d’action souhaitant le rapprochement de ces deux solitudes ont été nombreux et insistants. Mais, malgré tous les efforts des ministres et des sous-ministres, les deux réseaux travaillent peu ensemble et, le plus souvent, sont en concurrence. En 1995, dans la foulée du rapport Pagé, le ministère avait mis de l’avant un programme expérimental de diversification des voies offertes aux jeunes en formation professionnelle. Ce programme visait à établir des passerelles entre des programmes conduisant à l’obtention de diplômes d’études professionnelles (DEP) et ceux conduisant à l’obtention de diplômes d’études collégiales (DEC) appartenant au même domaine de formation. Une vingtaine de projets d’harmonisation ont été élaborés, mais quelques-uns seulement ont été mis en place et abandonnés par la suite, principalement en raison d’effectifs insuffisants. Tant que les programmes de formation professionnelle (DEP) ne comporteront pas d’éléments de formation générale, l’intégration d’un jeune au collégial dans un programme de formation technique demeurera difficile, voire impossible. Grâce à la formation générale, les programmes techniques permettent plus facilement la poursuite d’études ultérieures, comme en témoignent les quelque 20 % de diplômés du secteur technique qui poursuivent immédiatement leurs études vers l’université.
 

Que réserve l’avenir ?

Au seuil du Forum de juin 2004, la Fédération des cégeps répondait : « Ce n’est plus à des “rapprochements” qu’il faut se livrer, mais à un changement total de perspective. » Les cégeps proposaient alors que la formation professionnelle et la formation Technique soient intégrées en une seule et même filière de formation et que cette nouvelle filière soit placée sous la responsabilité entière des cégeps, soit une suggestion diamétralement opposée à celle qui a été émise par les commissions scolaires en novembre 2003. Dans ce nouveau modèle pédagogique, il n’y aurait plus de chevauchements entre les deux secteurs, puisque la carte des programmes serait véritablement « intégrée ». Il resterait cependant à contourner les embûches signalées précédemment relativement à la nature et au niveau des formations visées.
 

Vers une rationalisation concertée de la carte des programmes

Une des forces des programmes de formation technique des cégeps a reposé sur leur accessibilité dans chacune des régions du Québec. De nouvelles problématiques sociales et économiques, tels la baisse démographique, le vieillissement de la population québécoise et l’état précaire des finances publiques, interpellent cependant les cégeps. La viabilité de certains programmes en région est déjà en péril. Des mesures de survie ont été mises en place. Sont-elles suffisantes ? Ces mesures temporaires ne freinent-elles pas des investissements nécessaires pour la mise à jour des programmes et le développement de nouveaux programmes ?

Il paraît assez évident que la consolidation et le développement de la formation technique passeront par une rationalisation de la carte des programmes. Comment arriver à permettre un meilleur équilibre de l’offre de formation entre les cégeps d’une région dans un contexte de baisse démographique ? Les cégeps et le ministère sont à la recherche de réponses à cette question. D’expérience, les directions de cégeps savent qu’il est souvent périlleux de proposer de fermer un programme. Du côté ministériel, les règles d’octroi d’un nouveau programme sont bien planifiées. Par contre, les modalités de retrait d’autorisation en cas de baisse de fréquentation sont plus floues. Elles devraient être précisées. Si l’on veut éviter une stagnation du développement du réseau, il apparaît que l’intervention et l’arbitrage ministériels seraient mieux accueillis en cette matière que dans d’autres où ils s’expriment à l’heure actuelle d’une façon perçue comme inutilement rigide.

Par-delà les règles administratives, les cégeps sont conviés à innover et à rechercher de nouvelles formules d’offre de service. Encore là, les solutions en mode de concertation réseau risquent d’être les plus porteuses pour l’avenir. Développement ou consolidation de créneaux d’excellence dans les régions et les centres urbains, autorisations de programmes partagés entre plusieurs établissements, autorisations provisoires de programmes, offre de troncs communs dans plusieurs programmes apparentés, utilisation des nouvelles technologies de l’information et des communications dans une approche collaboratrice sont autant d’avenues que les cégeps devront rapidement explorer pour relever les défis de formation dans un contexte où les technologies évoluent et où l’économie du Québec se transforme rapidement.
 

Des cégeps reconnus responsables et engagés

On a pu voir dans la description des grands forums et chantiers de l’époque tout le travail de construction qu’il a fallu réaliser pour obtenir le sceau de qualité de la part de la CEEC, travail effectué par les « gens de collèges » comme les nomment certains et qui leur permet à juste titre de réclamer le statut de « bâtisseurs contemporains ». La « rénovation » s’est avérée imposante et constamment caractérisée par une approche collective aussi bien dans chaque cégep qu’à l’échelle du réseau. En période de réduction des ressources, l’engagement de tout un chacun et de solides leaderships étaient requis pour maintenir et développer les services de qualité demandés par la population tout en atteignant l’objectif du déficit zéro, lui aussi important pour l’avenir de la relève. Les cégeps se sont bien acquittés de leurs devoirs et on peut comprendre la fierté des bâtisseurs lorsqu’ils ont lu cette conclusion de la CEEC :

L’opération a permis de constater que les collèges ont, dans l’ensemble, bien assumé les responsabilités qu’ils s’étaient vu confier et qu’ils se sont correctement approprié le nouveau cadre réglementaire. Du travail considérable a été réalisé pour resserrer la cohérence des programmes et maîtriser l’approche par objectifs et standards. Dans chaque établissement, on a mis en place la commission des études prévue par la loi et des comités de programmes qui ont combiné leurs efforts pour mettre en oeuvre efficacement les programmes d’études et en assurer la qualité. À cette fin, on a développé des politiques institutionnelles d’évaluation des programmes qui permettent de porter des jugements fiables sur leur valeur et d’en témoigner. On a aussi développé des plans de réussite qui donnent déjà des résultats intéressants et démontrent le souci des établissements de placer l’étudiant au coeur de leur mission. Bref, le chemin parcouru est important et on peut affirmer que les collèges disposent maintenant des principaux instruments dont ils ont besoin pour offrir de façon plus autonome un enseignement de qualité.

Qui dit mieux ? Les communautés collégiales ont démontré, tout au long de cette période de mutation, leur résolution à poursuivre leur idéal éducatif, leur capacité de mobiliser les acteurs et de les relier en réseaux organiques malgré les résistances pas toujours condamnables, leur potentiel de créativité, d’innovation et de rayonnement lorsque les synergies sont créées et leur engagement indéfectible envers le développement des compétences avec le peu de ressources qu’on leur fournit. À plusieurs égards, on peut affirmer que les cégeps, individuellement et en réseau, sont devenus de véritables communautés d’apprentissage.
 

Fer de lance ou tête de Turc  ?

Les cégeps, déjà reconnus efficients dans la gestion de leur mission, non seulement font maintenant partie du patrimoine québécois, mais ils en constituent plus que jamais un fleuron. En effet, au sortir du Forum sur l’avenir de l’enseignement collégial au printemps 2004, le Québec peut s’enorgueillir d’avoir, pour appuyer son développement, un réseau collégial bien enraciné dans les communautés locales et régionales, un réseau en constante ébullition et rompu à l’évaluation formelle, obligeant tous les interlocuteurs à fonder leurs critiques, projets et demandes sur des bases factuelles, ce qui constitue peut-être aujourd’hui sa meilleure ligne de défense devant les remises en question expéditives. Il est dommage que ce forum se soit avéré un exercice prématuré pour ses objets annoncés, dont le traitement aurait dû attendre les conclusions déjà citées de la CEEC et le dépôt des plans stratégiques de développement des cégeps, prescrits pourtant pour juillet 2004. La mise en situation et les résultats auraient pu être tout autres. De même, les réactions auraient sans doute été plus favorables si la question des ressources avait été vraiment au centre du débat, comme le réclamait le Plan de développement du réseau collégial public publié par la Fédération des cégeps au début de 2003. Voici d’ailleurs le jugement que portera la CEEC en février 2006, sur la capacité des cégeps de planifier leur avenir :

En effet, l’expérience acquise par les cégeps dans l’élaboration des plans de réussite se traduit dans la qualité de cette composante du plan stratégique. La Commission a effectivement conclu que, pour 41 des 45 plans stratégiques analysés, la partie relative à la réussite est susceptible de bien soutenir la réussite et la diplomation des élèves.

Cette conclusion émise sur la situation des cégeps en 2004 devrait être d’autant plus rassurante pour leurs interlocuteurs puisqu’elle se fonde sur les règles de l’art, comme le mentionne la Commission en parlant de son cadre d’analyse :

Ce cadre présente les critères retenus par la Commission pour juger de la conformité et de l’efficacité potentielle de chaque plan stratégique, lesquels critères s’inspirent des dispositions de la loi et de l’examen de certaines pratiques de planification stratégique en enseignement supérieur au Canada, aux États-Unis et en Europe.

La Commission lance donc, dans ce rapport comme dans celui sur l’évaluation institutionnelle qui avait précédé en 2004, des messages très clairs sur la situation des cégeps :
 

  • elle les considère partie intégrante de l’enseignement supérieur et les traite en conséquence ;
  • elle reconnaît la qualité et l’efficience des processus mis en place par les cégeps pour réaliser leur mission et les attentes qui leur sont adressées ;
  • elle reconnaît que la culture d’évaluation qui s’est installée dans les cégeps annonce une capacité accrue de faire face aux défis qui leur sont présentés et d’améliorer leur contribution selon l’évolution sociale ;
  • elle affirme sa confiance à l’effet « que les collèges disposent maintenant des principaux instruments qu’ils ont besoin pour offrir de façon plus autonome un enseignement de qualité ».

Pérennité et relève

En 2004, il paraissait éminemment souhaitable pour les bâtisseurs contemporains que le ministère révise les façons dont il assure le suivi de l’évolution de la formation collégiale. La perception générale, partagée on l’a vu par la CEEC, est que les contrôles hyper segmentés ne peuvent que ralentir les efforts des cégeps pour former une relève compétente et clairvoyante.

Une chose est certaine, cependant. L’évolution récente de la culture des cégeps, jointe aux nombreux processus de concertation qui l’ont soutenue, démontre la solidité, sinon même la « résilience » du réseau collégial. Bien enracinés dans chacun de leurs milieux, qui témoignent toujours de leur volonté de voir maintenu le cégep comme pôle social, économique et culturel, les cégeps ont constamment réaffirmé leur intention de maintenir aussi une cohérence en réseau de la formation collégiale pour qu’elle demeure accessible et pertinente sur tout le territoire . Et les acteurs des cégeps n’ont cessé de réaffirmer leur attachement aux objectifs du rapport Parent, proposant en quelque sorte un « nouvel humanisme ». Après avoir développé une vision de l’éducation et des pratiques nouvelles pour dispenser une formation qualifiante et citoyenne sur fond de société du savoir, de mondialisation et de compétitivité, les bâtisseurs contemporains sont conscients de laisser à leur relève un héritage considérable et se rassurent quant à sa conservation, du fait que cette relève ait été justement formée par les cégeps. Les personnes qui présideront aux destinées du réseau collégial dans le futur sauront bien faire face, comme leurs prédécesseurs, aux défis qui leur seront proposés. Cette confiance est renforcée du fait que les cultures organisationnelles locales ont évolué, dans le sens d’une maturation importante. Les cégeps sont capables de prendre en charge, en réseau, des opérations complexes et déterminantes pour le développement social du Québec, et ce, même dans des cycles très courts.

Souhaitons que l’histoire à venir pour cette relève soit une période de reconnaissance et de réelle mise en valeur des cégeps plutôt qu’une autre série de remises en question de leur existence. Le réseau collégial public, lui, est prêt à continuer d’évoluer, par souci de pertinence autant que par « goût de l’aventure ».

Ce texte est tiré du volume Les cégeps : une grande aventure collective québécoise, sous la direction de Lucie Héon, Denis Savard et Thérèse Hamel, Les Presses de l'Université Laval, 2008, 533 pages
© La diffusion de ce texte sur ce site a été autorisée par les Presses de l'Université Laval et par l'Association des cadres des collèges du Québec (ACCQ)

 





 
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