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Le cégep : une idée des frères éducateurs?



Au moment où nous démarrons le soulignement du 50e anniversaire des cégeps, le Portail veut porter à l’attention de ses lecteurs un texte publié dans le livre de Claude Corbo, Repenser l’école, avec la collaboration de Jean-Pierre Couture, Une anthologie des débats sur l’éducation au Québec de 1945 au rapport Parent. Presse de l’Université de Montréal., 2000, 667 pages.  Ce texte laisse à penser que la Fédération des frères éducateurs du Canada auraient soufflé à l’oreille des commissaires du Rapport Parent une description assez précise du futur collège d’enseignement général et professionnel.


Le mémoire de la Fédération des frères éducateurs fait preuve d'un remarquable souci de modernisation de l'éducation et il préfigure certaines des innovations les plus importantes du rapport Parent. Premièrement, les frères éducateurs proposent une revalorisation de l'école secondaire publique et veulent que celle-ci offre à tous les élèves aptes un programme conduisant aux études universitaires, ce qui n'est pas encore acquis au début des années 1960. Deuxièmement, les frères imaginent, avec une singulière prescience, un ordre nouveau d'enseignement postérieur au secondaire, d'une durée de deux ou trois ans, rassemblant, dans le même genre d'établissements répartis partout sur le territoire du Québec, des étudiants suivant l'un ou l'autre de deux types de programmes, l'un préparant aux études universitaires, l'autre immédiatement au marché du travail, mais sur la base d'une formation professionnelle supérieure. C'est précisément ce que voudra être le cégep avec son double cheminement général ou professionnel. Le mémoire évoque même l'importance pour la société que soient formés ensemble, dans les mêmes établissements, les futurs techniciens et les futurs diplômés universitaires. En troisième lieu, les frères développent une conception révisée de la formation des enseignants. Il faut d'abord distinguer deux filières de formation, l'une pour l'enseignement primaire, l'autre pour le secondaire. Par ailleurs, il est nécessaire que les futurs enseignants aient une «formation académique comparable à celle des professionnels», formation académique qui serait complétée par une année d'études psychopédagogiques. De telles idées trouveront place dans les recommandations de la commission Parent.


Fédération des frères éducateurs du Canada – Des collèges d’humanité et de techniques – 1962 (Mémoire déposé à la Commission Parent)
LE COLLÈGE

Nécessité et allégeance
Dans l'aménagement des structures, un des points les plus délicats et qui donne lieu à beaucoup de discussions, c'est la détermination de l'orientation des élèves immédiatement après l'école secondaire.

Nous sommes d'avis que les diplômés du cours secondaire gagneraient beaucoup à fréquenter, pendant deux ou trois ans, un collège au niveau des 13% 14e et 15e années. Nos élèves — tous nos élèves — ont besoin d'au moins un an de philosophie. Ils ont également besoin d'un certain bagage de littérature, de sciences, de religion, de civilisation canadienne et de mathématiques. Qu'on permette des options culturelles durant la 14e et la 15e années, ce qui pourra constituer une certaine avance du point de vue professionnel. Il faudrait absolument éviter, comme une très mauvaise solution, de confier à chaque faculté le soin de parfaire la culture générale des sujets destinés aux professions. De par leur nature les facultés en sont pour la plupart incapables.

Seule la Faculté des Arts peut assurer la mise en marche d'un programme de collège. Seule, elle peut doser l'élément culturel et l'élément professionnel. Il faudrait qu'on lui donne des moyens d'action efficaces. Il faudrait surtout qu'on redécouvre la vraie fonction d'une Faculté des Arts au sein d'une université. Il restera ensuite à statuer sur le rôle des collèges, sur leur subordination et leur autonomie, en un mot, sur leur intégration dans la fonction universitaire.

Les deux fonctions du Collège
Selon nous, une des fonctions du collège affilié à une Faculté des Arts, c'est d'assurer le passage de l'école secondaire à la faculté spécialisée. Au niveau du collège (13% 14e et 15e années), comme d'ailleurs à tous les niveaux de scolarité, un certain nombre d'élèves se destinent à continuer leurs études au niveau supérieur. L'école doit aider ces élèves à se préparer : c'est une fonction de l'école que nous appelons, faute de mieux, fonction «de continuation». Mais nous voulons ici attirer l'attention des Commissaires sur une autre fonction du collège, non moins importante à notre point de vue. D'autres élèves doivent plutôt se préparer immédiatement au travail. L'école doit également, dans la mesure du possible, aider ces étudiants : c'est la fonction « terminale ». On dit donc qu'un collège donne soit un cours de «continuation », soit un cours « terminal », ou les deux conjointement. Nous croyons que ces deux fonctions distinctes sont conciliables dans une même institution. Nous estimons qu'un collège de ce genre doit pouvoir se montrer accueillant à presque tous les finissants des écoles secondaires. Comme on ne peut raisonnablement s'attendre à conduire tout ce monde aux facultés spécialisées, plusieurs devront, dès le collège, se préparer immédiatement au travail professionnel. Le moment est sans doute venu d'intégrer davantage ces deux institutions de même niveau que sont le collège d'humanités (cours de continuation) et le collège professionnel (cours terminal). Nous voyons à leur cohabitation beaucoup d'avantages et peu d'inconvénients. Il est excellent en soi que voisinent les étudiants de différents milieux et de différentes mentalités. Les professeurs également ont tout intérêt à se fréquenter et à se connaître. Beaucoup de préjugés tombent de ce fait. Mais c'est au point de vue académique que les avantages de la compénétration des cours sont évidents : usage en commun d'une bibliothèque, de laboratoires, de gymnases, etc. Les échanges culturels peuvent s'établir par des cours communs, par des cercles d'étude, des activités religieuses, artistiques et sportives. La spécialisation des institutions scolaires, qui a été si poussée dans le passé, ne nous paraît plus justifiée. On gagnerait beaucoup, semble-t-il, à organiser de petites cités collégiales largement ouvertes : humanités, formation des instituteurs, écoles d'arts, école commerciale, etc. Ce que le milieu perdrait en homogénéité, il le gagnerait sûrement en culture riche et variée.

Besoins urgents
Nous croyons que le collège ainsi compris permettrait de répondre assez rapidement à des besoins urgents du Québec. Beaucoup d'élèves des écoles secondaires aspirent à l'université. Un nombre restreint seulement d'entre eux répond aux critères actuels d'admission des facultés spécialisées. Le collège peut parfaire la préparation de ceux qui ont les aptitudes et offrir aux autres une culture humaine et professionnelle plus nécessaire aujourd'hui qu'autrefois. D'ailleurs nos facultés professionnelles sont déjà surpeuplées. Il faudra sans doute agrandir les immeubles de celles qui existent et en créer de nouvelles. Mais il est possible qu'à la réflexion on trouve plus expédient de choisir avec plus de discernement les étudiants des facultés et de refouler dans les collèges les étudiants moins doués et moins travailleurs.

L'extension géographique de la Province est aussi telle qu'on ne peut raisonnablement compter sur les grandes universités pour desservir toute la population. Des collèges répartis au cœur des grandes régions pourraient suppléer, dans une certaine mesure, à cette absence des universités. Il arrivera même sans doute que des facteurs limitatifs d'ordre géographique favoriseront certains secteurs du travail actuellement démunis. Ainsi les étudiants choisiront plus volontiers de fréquenter une école normale située dans leur petite ville plutôt que d'aller s'inscrire à une faculté universitaire. Notre secteur tertiaire du travail est en expansion continue depuis quarante ans; mais trop souvent les nôtres n'y occupent que les échelons subalternes ; nous manquons d'administrateurs et de fonctionnaires de grande classe; la pénurie d'éducateurs est aussi un fait assez connu pour qu'on n'ait pas à insister. L'éducation de niveau collégial nous aidera à garnir ce secteur gravement démuni à l'heure actuelle. Nous n'ignorons pas que le collège, tel que nous le concevons, passera aux yeux de certains pour une imitation servile du collège anglo-canadien. L'essentiel, pour nous, c'est de répondre le plus adéquatement possible aux besoins de notre population. Tant mieux si une meilleure compréhension de nos besoins nous mène graduellement à adopter des vues et des façons d'agir déjà généralisées au Canada !

RECOMMANDATIONS
La Fédération des Frères Éducateurs recommande: Que soit reconnue officiellement et dûment constituée une école universitaire appelée «collège», dont les deux principales fonctions seraient de: — faire le pont entre l'école secondaire et les facultés professionnelles ; — donner une formation humaine et professionnelle aux étudiants qui ne peuvent fréquenter une faculté spécialisée ; Que soit revalorisée ou mise sur pied une authentique faculté des Arts dans chaque université d'expression française; Que soit évité, comme une très mauvaise solution, de confier à chaque faculté (spécialisée) le soin de parfaire la culture générale des étudiants du secondaire destinés aux professions ; Que des collèges soient répartis dans toute la province de façon à stimuler la fréquentation scolaire tant au niveau secondaire qu'au niveau collégial; Qu'on évite de favoriser la multiplication de petits collèges; il semble qu'un minimum de trois cents (300) élèves soit requis pour assurer une utilisation économique du personnel et de l'équipement; Que l'école normale soit considérée comme un collège (universitaire) ; Que la fonction « terminale » du collège soit considérée comme répondant à un besoin de notre secteur tertiaire du travail et non comme un moyen d'écouler les sous-produits de l'organisation scolaire.

Extrait de : Claude Corbo, Repenser l’école, Une anthologie des débats sur l’éducation au Québec de 1945 au rapport Parent. Presse de l’Université de Montréal., 2000.





 
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