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Héritage et patrimoine : le Collège Dawson



Dans le livre Le réseau des cégeps — Trajectoires de réussites lancé dans le cadre du congrès de Fédération des cégeps d’octobre dernier, on retrouve un texte de Louis Lavoie, directeur des ressources humaines et des affaires corporatives au cégep Gérald-Godin sous le titre :  Héritage du patrimoine : richesse architecturale et culturelle . Louis Lavoie y explique comment le réseau collégial a hérité — dès sa naissance — d’un magnifique patrimoine architectural. « Combien de cégeps ont pris naissance à même des édifices dont la vocation avait été jusqu'alors ecclésiastique. » En conclusion de son article, il dit : « Bref, le réseau collégial a hérité d’un patrimoine bâti qu’il a réussi à faire évoluer au gré des besoins de formation de son temps et pour une pédagogie contemporaine. Le défi était de taille. Souvent, des “découvertes” ont été faites dans les murs historiques au moment des travaux de construction. Mais les cégeps y sont parvenus. Il faut être sensible au fait que nous construisons aussi actuellement le patrimoine de demain. »

Ce texte a inspiré au Portail du réseau collégial une série d’articles qui porteront sur cet héritage du passé et sur le patrimoine que les cégeps ont construit au fil de ces cinquante dernières années.

Nous débutons avons un exemple haut de gamme, celui du Collège Dawson.

Un peu d’histoire: le ministre Camille Laurin:  _« Madame, je vous promets une solution juste et équitable. » 

En 1981, madame Sarah Paltiel devient directrice générale du Collège Dawson. L’établissement a déjà 13 ans d’existence. La nouvelle directrice hérite d’un dossier sur lequel ses prédécesseurs ont travaillé ardemment : trouver un lieu où regrouper les 14 campus pour loger le collège sous un même toit. Elle organise une rencontre avec le ministre de l’Éducation de l’époque, monsieur Camille Laurin. Il écoute son argumentaire pendant une heure et il conclut : « Madame, je vous promets une solution juste et équitable ».

La bataille était gagnée, mais pas la guerre. Il aura fallu une intense campagne de persuasion auprès des membres influents de l’Assemblée nationale pour obtenir la Maison Mère des Sœurs de la Congrégation de Notre-Dame, sise au coin des rues Sherbrooke et Atwater.

Le 28 avril 1982, le collège reçoit enfin la permission du ministère de faire une offre de 12,2 millions $ pour acquérir la propriété. Une somme additionnelle de 32 millions sera nécessaire pour compléter les rénovations du bâtiment tout en conservant son enveloppe extérieure intacte.

Au-delà de toute espérance, le collège a obtenu une nouvelle maison unifiée sur un des sites patrimoniaux parmi les plus prestigieux de Montréal. Le nouveau campus ouvrira ses portes en 1988.

La 6e Maison Mère de la Congrégation de Notre-Dame
En 1657, Marguerite Bourgeois crée la Congrégation de Notre-Dame, une communauté religieuse dédiée à l’enseignement et à l’apprentissage. En 1904, la communauté décide de construire sa 6e Maison Mère en béton et en pierre pour éviter le feu qui avait détruit sa propriété Monklands.
 

La Maison Mère, construite en 1908, est un bâtiment très audacieux pour l’époque car sa structure est en béton armé. Elle vaut à son architecte, Jean-Omer Marchand, une grande notoriété. En 1913, la congrégation demande à ce même architecte de préparer les plans de l'École normale Notre-Dame, qu'elle fait construire sur la rue Sherbrooke Ouest, de l'autre côté de l'avenue Atwater.

Les ailes arrières de la maison mère sont agrandies entre 1956 et 1957 selon les plans de l’architecte Gaston Gagnier. En 1977, la propriété de la maison mère est classée site historique par le gouvernement du Québec.


 



Le Collège Dawson et son campus
Le Collège Dawson occupe un quadrilatère entier dans l’Ouest de Montréal. Le site couvre 12 acres d’espaces verts incluant des arbres qui datent de plus de 100 ans.
L’espace intérieur du Collège couvre plus d’un million de pieds carrés (91,000 mètres carrés), incluant les classes, les laboratoires, gymnases, bureaux, salles de rencontre, espaces communs et installations mécaniques et électriques.


      Crédit Photo : The Canadian Press

Richard Filion, directeur général, nous parle du collège

« C’est un bâtiment qui a une présence, une histoire et une prestance », affirme d’emblée Richard Filion, directeur général du Collège Dawson. « C’est le deuxième bâtiment en béton armé qui a été construit en Amérique. À ce sujet, la Ville de Montréal a installé une petite affiche à l’entrée du Collège sur Sherbrooke, sur laquelle on décrit les caractéristiques de cette construction. La brique jaune que l’on retrouve sur le bâtiment, c’était la première fois qu’on l’utilisait à Montréal. Tous les bâtiments religieux étaient bâtis en pierres de granite. »

« Il y a une âme dans ce bâtiment »
Après les évènements de Dawson en 2006, Richard Filion a reçu plusieurs témoignages de gens qui sont venus nombreux visiter le collège. Toutes les fois qu’il accompagnait des fonctionnaires ou des hommes politiques qui venaient visiter le lieu, ces derniers affirmaient tous : "il y a une âme dans ce bâtiment-là". « J’en suis venu à penser que les bâtiments sont habités par une âme. Tu rentres dans une église, il y a une chose. Tu rentres dans un édifice, il y a autre chose. Il y a une immatérialité qui s’installe dans un bâtiment qui par définition est matériel. Tu ne détaches pas un bâtiment du type d’occupation auquel il a pu servir. »

Une mission éducative forte de son héritage
Il faut dire que la Congrégation des Sœurs de Notre-Dame fondée par Marguerite Bourgeois avait essentiellement la mission de favoriser l’éducation des classes populaires. Et principalement, l’éducation des femmes. C’est la raison qui explique pourquoi les religieuses ont installé la première école de secrétariat au Québec. « Les sœurs de la Congrégation voulaient assurer aux jeunes femmes une forme d’autonomie professionnelle et financière.

La mission éducative que Dawson s’est forgée au fil des ans s’est constituée en grande partie en prenant conscience de l’héritage dont on a bénéficié en s’installant dans leurs locaux. Parce que physiquement nous avons été enveloppés par cette atmosphère, mais aussi parce que les liens avec la Congrégation ont continué au-delà de la prise de possession du bâtiment. Les sœurs demeurent en face, du côté est d’Atwater. Chaque année, elles viennent faire leur petit pèlerinage au Collège quand elles reçoivent les sœurs missionnaires qui œuvrent à travers le monde. Elles viennent se rappeler les moments où elles étaient ici en formation. Il y a un lien organique qui est demeuré avec le bâtiment et ses anciens propriétaires. Ce qui a permis subtilement et progressivement de prendre conscience que le fait d’occuper un lieu a déterminé grandement la manière dont le collège a conçu sa mission en misant sur l’accessibilité, l’innovation, l’excellence. Quand Marguerite Bourgeois a fondé sa congrégation, c’était à l’encontre de l’avis de l’épiscopat québécois. À ce moment-là, les religieuses étaient toutes cloîtrées. Et pour la première fois, une religieuse voulait ouvrir la mission à la population en étant dans le monde avec le monde. C’est comme ça que la Congrégation s’est démarquée. Elle avait cette volonté et cette détermination de briser les cadres de l’époque. Et c’est ce que les femmes ont continué à faire. Comme directeur général, je travaille à aviver cette conscience de l’héritage sur lequel nous avons construit notre mission. »

          

           Le Collège Dawson; Parterre avant vers l’Ouest. Ville de Montréal, 2006

 

          

           Collège Dawson, Parterre avant vers l’Est ; Ville de Montréal, 2006


          

            Parterre arrière du Collège Dawson, Ville de Montréal, 2006


             La Chapelle originale des religieuses
 

           La chapelle transformée en bibliothèque du Collège Dawson

Malgré le fait que réseau collégial soit non confessionnel, certains vestiges religieux ont été préservés pour leur caractère historique. La bibliothèque a conservé des ornements sculptés représentant le chemin de croix et les lampadaires sont faits en bois en forme de croix.
Le sommet du dôme de Notre-Dame-de-la-Garde représentant la Madonne et l’Enfant a été restauré en 2010 dans sa beauté originelle après plus de 100 ans d’exposition aux éléments des quatre saisons de Montréal, incluant la pluie, la neige, la glace et le soleil.

Un héritage qui impose des contraintes
Vivre dans un bâtiment classé par le Ministère de la Culture impose des contraintes parfois lourdes. Richard Filion explique : « Quand le collège a procédé à des expansions successives, il y a eu cinq phases de transformations du bâtiment initial, et les ajouts ont dû se faire sans dépasser une certaine hauteur et surtout se faire en sous-sol jusqu’à 90 pieds de profondeur. En sous-sol, on retrouve un gymnase, les laboratoires de génie mécanique, de génie civil. « Nous sommes plus bas que le métro. Même pour les eaux usées, nous sommes obligés de les pomper pour les remonter vers le système d’égout. Chaque fois que nous faisons une modification sur le bâtiment aussi mince soit-elle, nous devons avoir une autorisation du Ministère de la Culture. C’est embarrassant parfois. »


          Tout un cadre pour une bibliothèque de cégep



 

Le Peace Garden

 

L’ancien jardin des sœurs est devenu un espace mémorial rappelant les évènements du 13 septembre 2006. « Lors de ces évènements, raconte Richard Filion, il y avait eu tellement de fleurs déposées devant le collège dans les jours qui ont suivi, il y a un professeur intéressé par le développement durable et l’environnement qui a proposé de composter toutes les fleurs et les plantes pour créer un jardin qui vise à ramener la biodiversité et les espèces fauniques en centre-ville. Cinq ans plus tard, en voulant commémorer les victimes de cette tragédie, nous avons décidé de créer un mémorial vivant. Ce jardin va symboliser ce que nous avons réalisé à travers cet évènement : la vie est plus forte que tout. C’est ce symbolisme que nous avons voulu accrocher au jardin écologique et en même temps l’idée de la paix. »
 

Richard Filion dans le Peace Garden à l’occasion du 10e anniversaire des évènements du 13 septembre 2006.  (Crédit photo Montréal Gazette)

Un « Living Campus »
C’est le début d’un projet qui s’est transformé en « Living Campus ». « Nous avons maintenant un projet qui consiste à utiliser l’emplacement physique comme étant un lieu d’apprentissage à tous égards. Par exemple, les abeilles, les ruches, les papillons, les canards, le jardin urbain. Les étudiants en biologie y trouvent un champ d’apprentissage. Les étudiantes en génie civil ou en design vont aussi utiliser le bâtiment comme un site d’apprentissage. C’est une belle idée qui mobilise beaucoup les gens. Tout le personnel du collège est mobilisé par ce projet. Il n’y a pas de secrets: quand tu présentes aux personnes un projet signifiant, les gens vont se mobiliser. Il n’y a personne dans la vie qui va se mobiliser pour des choses insignifiantes. De concevoir notre mission éducative dans un esprit semblable, ça capte l’imaginaire et ça crée des mouvements qui sont intéressants chez les employés. Il y a beaucoup d’enthousiasme qui s’exprime à travers ces initiatives. »

          

           Crédit photo : Biopolis


           Crédit photo : CBC.ca



Le Portail du réseau collégial remercie Mme Donna Varica, coordonnatrice des communications, Dawson College et Mne Stravoulas Viroratos, Reference & Instruction Liberian, Dawson College pour leurs informations et leur collaboration.


Dossier préparé par Alain Lallier, éditeur en chef et édimestre, Portail du réseau collégial.

Adressez vos commentaires à: collaborer@lescegeps.com 





 
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