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Lanaudière : un cégep, trois collèges




 

 

 

 

 

Entretien avec monsieur Marcel Côté, directeur général du Cégep régional de Lanaudière

 

 

 

 

 

Le Cégep régional de Lanaudière porte bien son nom. Tout s’y conjugue en mode régional. Lors de l’entrevue qu’il nous a accordée, son directeur général, monsieur Marcel Côté, a multiplié les exemples. Modèle unique dans le réseau collégial québécois francophone, qui est formé de trois collèges à Joliette, L’Assomption et Terrebonne, ce cégep mérite une attention particulière par sa façon de fonctionner et de répondre aux besoins de sa région.

Un accent sur la persévérance scolaire avec le CREVALE
D’entrée de jeu, Marcel Côté nous parle d’un dossier qui lui tient particulièrement à cœur : « Pour nous, la question de la persévérance scolaire est très importante, parce que nous avons une problématique particulière dans le nord de Lanaudière, où les étudiants persévèrent moins qu’ailleurs. On parle ici plus spécifiquement de la grande région située au nord de Joliette, un peu plus pauvre et défavorisée économiquement. D’où l’appui qu’accorde le Cégep au CREVALE (Comité régional pour la valorisation de l’éducation), parce que les élèves qui viennent de ce secteur de la région sont plus susceptibles de décrocher. En raison des compressions dans le réseau collégial, nous avons continué à appuyer le CREVALE par d’autres moyens afin qu’il poursuive son bon travail. Les commissions scolaires ont fait de même. Nous devons continuer à les appuyer parce qu’une mobilisation de tous les acteurs de l’éducation en région est vitale pour son développement. »

Maintien de la Table d’éducation interordres
Lanaudière est une des seules régions au Québec à avoir conservé sa Table d’éducation interordres. Malgré la fin des subventions gouvernementales pour ce type d’initiatives, la région a maintenu cette table parce qu’il était important de se concerter. La table régionale a entre autres la tâche d’arbitrer et d’harmoniser les demandes de programmes des différents établissements. « En lien avec les deux commissions scolaires sur le territoire, nous tentons d’harmoniser l’offre de formation professionnelle et technique. La table a aussi planifié l’arrivée du Centre régional universitaire de Lanaudière. Le CREVALE fait rapport à cette table. Des travaux sont aussi menés en collaboration avec les acteurs économiques et sociaux de la région. La table est un forum où on peut partager des préoccupations et faire avancer des dossiers. » Pour une deuxième fois en cinq ans, monsieur Côté préside la table.

Cégep de savoirs
Monsieur Côté constate que les cégeps ne font pas suffisamment connaître les talents qui sont à l’intérieur de leurs murs. « Par le biais de Cégep de savoirs, Lanaudière veut, à l’aide d’un site Web, proposer l’expertise des professeurs au niveau de la recherche et de la création. Cela pourrait permettre aux gens de la région d’aller chercher les expertises et de mettre en valeur les réalisations des uns et des autres.

La Fédération des cégeps souhaite voir comment on pourrait mettre en place un équivalent au niveau national. »  Le site a été lancé en janvier 2016 et s’adresse autant aux médias qu’au grand public.

Monsieur Côté précise que depuis le passage de Bernard Lachance, ex-directeur général, il y a eu un développement de la recherche au cégep. À tel point que nous avons créé des centres d’expertise dans chacun des collèges. « Nous avons obtenu un CCTT (Centre d’expertise en design industriel) et, cette année, nous figurons pour la première fois dans le top 50 des collèges canadiens en recherche. C’est de cet intérêt renouvelé pour la recherche qu’est né Cégep de savoirs. »

Cégep régional de Lanaudière à Terrebonne

Une région pénalisée
La région de Lanaudière est pénalisée par sa proximité avec Montréal : « Elle a eu du mal à forger son identité. Comme elle est proche de Montréal, elle en est parfois pénalisée. Par exemple, la carte des programmes techniques par rapport à la Mauricie ou à la région de Saint-Jérôme est beaucoup moins garnie. Cela a comme conséquence que nos étudiants quittent la région pour aller étudier ailleurs au cégep et même à l’université. Bien que nous soyons en croissance sur le plan démographique, au niveau des jeunes de 15 à 24 ans, nous sommes en déficit migratoire, parce que nos jeunes vont étudier à l’extérieur. Souvent, ils ne reviennent pas dans la région de Lanaudière, qui a pourtant besoin de ses jeunes pour se développer.

« Nous faisons valoir auprès du ministère que notre carte de programmes n’est pas suffisante pour répondre aux besoins et qu’il faudrait en ajouter. Le Rapport Demers disait d’ailleurs que, dans la grande région métropolitaine, le nombre de programmes est suffisant. Le problème, c’est que la région de Lanaudière est trop souvent incluse dans la grande région métropolitaine. Cela nous joue des tours. »

La création du Centre régional universitaire de Lanaudière (CRUL)
Au niveau universitaire, il y a trois universités sur le territoire : l’UQTR, l’Université de Montréal et l’UQAM. Ces universités viennent donner des formations à la carte en mode formation continue et non en formation régulière. « Elles viennent selon la demande et non selon les besoins de la région. D’où l’idée de mettre en place une desserte des services universitaires coordonnés qui donnerait de la formation régulière, des services à la collectivité et qui pourrait également développer des programmes de recherche en concordance avec les besoins de la région. Nous avons maintenant une entente avec ces trois universités pour créer le Centre régional universitaire de Lanaudière, qui permettra à nos étudiants de poursuivre des études universitaires dans la région. Ce projet n’est pas fixé dans le béton. Le cégep régional va servir d’accueil, et les cours universitaires pourraient être offerts dans ses locaux. » Le Cégep s’est beaucoup impliqué dans ce projet, à un point tel que le siège social du CRUL logera au siège social du Cégep à Repentigny.

Sur la photo, de gauche à droite : monsieur Fernand Lefebvre, secrétaire exécutif d’Éducation Lanaudière, Sylvain Delisle, vice-recteur aux études et à la formation de l’Université du Québec à Trois-Rivières, monsieur René Côté, vice-recteur à la vie académique de l’Université du Québec à Montréal, madame Martine Lavoie, directrice du Bureau d’enseignement régional et représentante de Louise Béliveau, vice-rectrice aux études et aux partenariats institutionnels de l’Université de Montréal, monsieur Marcel Côté, président d’Éducation Lanaudière et directeur général du Cégep régional de Lanaudière.

Un modèle unique dans le réseau collégial
Le Cégep régional de Lanaudière représente un exemple unique de fonctionnement dans le réseau collégial. Marcel Côté raconte que, lors de sa nomination, le spectre de la Loi 44 proposait la dissolution du Cégep régional : « La première chose que j’ai faite en acceptant le poste, c’est de demander une rencontre avec le cabinet de la ministre de l’époque pour les interroger sur mon mandat : fermer boutique ou faire vivre ce modèle-là. Je suis arrivé à point nommé, parce que la ministre Courchesne souhaitait que ça devienne trois cégeps. Les études ont montré que refaire des cégeps coûterait au bas mot 1,6 million $ de plus. Ils ont décidé de maintenir le modèle. Au bout du compte, nous avons appris à vivre ensemble pour rendre ce modèle profitable. Quand j’étais directeur général du Cégep Gérald-Godin, je manquais de sous pour développer des projets. Ici, parce que nous mutualisons les projets, nous pouvons nous payer des ressources que l’on ne pourrait se payer chacun de son côté. Par exemple, nous avons pu dégager une personne-ressource, Luc Desautels, qui a permis de développer le secteur de la recherche, ce que nous n’aurions pu faire en trois entités séparées. Par ailleurs, nous avons réussi à développer l’autonomie de chacun des collèges en travaillant ensemble dans le respect des communautés. Cela donne une force intéressante, qui ressemble au modèle de l’Université du Québec. »

Le grand défi consiste à maintenir l’unité dans la diversité. Les services des ressources financières, des ressources humaines, des ressources matérielles et des communications sont sous la responsabilité du siège social.
Par ailleurs, une étude commandée par la Fédération des cégeps démontre que le modèle de ce cégep régional entraîne un sous-financement annuel de 270 000 $ : « Ajoutez des compressions budgétaires dans une organisation sous-financée au modèle de gestion particulier, et cela devient très préoccupant. Nous faisons nos représentations afin d’obtenir un financement équitable. »

Comment le cégep a-t-il traversé le désert des compressions?
En réponse à cette question, Marcel Côté rend hommage à ses prédécesseurs qui avaient eu la sagesse de constituer un petit coussin financier qui a permis au Cégep de faire de la gestion prudente. « Je veux rendre hommage aux gestionnaires pour leur gestion rigoureuse. Nous avons coupé des postes l’année dernière, mais nous avons tenté de le faire dans le respect des personnes. C’est sûr que ces compressions ont eu un impact sur les services aux étudiants et sur l’efficacité de nos collèges. Mais, au bout du compte, si les compressions cessaient demain matin, on ne s’en tirerait pas si mal. »

Les projets du Cégep
Parmi les projets sur lesquels travaille le Cégep, la bonification de sa carte des programmes figure en tête de liste : « Il ne s’agit pas d’augmenter de beaucoup la gamme de programmes, mais d’offrir ceux qui incitent les jeunes à quitter la région. Dans ce sens, nous allons faire des demandes pour deux ou trois programmes supplémentaires. »

Cégep régional de Lanaudière à l'Assomption

Par ailleurs, le Cégep régional procède à un agrandissement à L’Assomption d’une valeur de 14 M$. Le collège ayant connu au cours des dernières années une augmentation des clientèles, les 2000 étudiants manquaient d’espace. L’ajout du programme d’orthèses visuelles a aussi exigé des espaces additionnels.
Joliette compte 2500 étudiants, Terrebonne, 1900, et L’Assomption, 2000. Au total, si on ajoute les étudiants de la formation continue, le Cégep régional de Lanaudière compte de 6600 à 7000 étudiants, ce qui en fait un gros cégep qui se classe au 5e ou 6e rang en importance. Compte tenu de la forte croissance démographique dans la couronne de Montréal, il faudra pouvoir répondre à une croissance importante des clientèles dans les prochaines années.

Avec l’implantation du Centre régional universitaire, le Cégep veut créer des synergies entre ses trois collèges et les universités pour que les étudiants en sortent gagnants. La mise en place de passerelles DEC-BAC est donc envisagée.
Les services aux entreprises figurent aussi parmi les priorités. Le tissu industriel et commercial de la région repose sur la petite et la très petite entreprise : « C’est un défi pour nous de leur offrir de la formation en entreprise. En lien avec ce qui se passe avec le système dual que le gouvernement veut implanter, nous essayons de créer des partenariats. Nous étudions les formules possibles compte tenu du tissu industriel. »

Aucun des collèges n’ayant de résidence étudiante à sa disposition, des projets en ce sens devraient voir le jour afin de favoriser les échanges internationaux, car le Cégep régional bénéficie de collaborations intéressantes à l’échelle internationale.

Cégep régional de Lanaudière à Joliette

Une présence dans la vie culturelle de la région
Dans Lanaudière, le Cégep régional constitue un foyer de rayonnement culturel pour sa communauté. « À Joliette, le collège accueille plusieurs organismes du milieu pour sa communauté, dont le Centre culturel de Joliette qui gère la Salle Rolland-Brunelle. Il en va de même à L’Assomption et à Terrebonne qui, avec leurs installations, offrent de nombreuses occasions de travailler avec les acteurs des milieux sportifs et culturels. »

Un gage de stabilité
Le Cégep régional de Lanaudière a reconnu récemment le leadership de son directeur général en renouvelant son mandat pour cinq années additionnelles, une première en 18 ans d’existence. Voilà qui est gage de stabilité et de développement.

Entrevue et texte réalisés par Alain Lallier, éditeur en chef et édimestre au Portail du réseau collégial



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