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La Fneeq: un président au coeur des grands débats



Entrevue avec Jean Trudelle, président de la FNEEQ
 

Jean Trudelle est professeur de physique au Collège Ahuntsic depuis 1983. Il a été vice-président de son syndicat pendant une quinzaine d’années, avant d’être élu à la seconde vice-présidence de la FNEEQ, en 2004. Il a  eu la responsabilité politique des cégeps jusqu’en 2009, année où il a été élu à la présidence de la Fédération. Monsieur Trudelle a accepté de discuter avec nous de la nouvelle convention qui a été signée à la mi-avril, de la disparité de plus en plus grande entre les autres secteurs et le collégial au niveau salarial, du rôle qu’entend jouer la  Fneeq lors des consultations régionales sur l’adéquation formation-emploi et enfin de la question de l’application de la loi 101 au collégial.
 

Une nouvelle convention enfin signée

Le 11 avril dernier, un communiqué de la Fédération nationale des enseignants et enseignantes du Québec (FNEEQ) annonçait la signature d’une nouvelle convention collective, nous avons demandé à Jean Trudelle de dresser un court bilan des avancées réalisées lors de cette dernière négociation.
« Quand on a commencé la négociation, il y avait un problème assez important au niveau de la tâche. On demandait 1,000 postes équivalents temps complet (ETC); pour nous, cela correspondait aux besoins du réseau. Ce que nous avons obtenu constitue un pas dans la bonne direction. Grâce à cette entente, il y maintenant assez de postes pour qu’une  différence se fasse sentir. C’est là un élément très positif, mais il est évident qu’il  reste encore beaucoup de travail à faire. En négociation, nous étions surtout préoccupés par le problème des professeurs qui avaient de trop nombreuses préparations et par la situation de ceux qui avaient trop d’étudiants, ce qui rendait l’encadrement difficile. Nous pensons que l’entente va faire une différence au bout de la ligne. Évidemment, c’est un ajout progressif de ressources, ça ne se fera pas sentir du jour au lendemain, mais nous avons amélioré les choses. Par ailleurs, il y avait des problématiques récurrentes pour lesquelles il fallait absolument avancer. Nous avons obtenu que des questions importantes, tel le réexamen du mode de financement des enseignements, soient intégrées dans les mandats des comités de la convention collective. Les rencontres avec madame Beauchamp nous permettent de croire qu’il y a une volonté politique de faire les travaux et qu’il ne s’agira pas de mandats de papier.
« Le financement de l’enseignement, c’est un enjeu majeur. Le système actuel est basé sur une «photo» du réseau qui date de 1998; or les choses ont beaucoup changé depuis et des distorsions sont apparues dans le mode de financement.  Il faut regarder cette question, qui fait maintenant partie des mandats confiés au comité national de rencontre.  Dans certaines techniques de la santé, il y avait également des problèmes qui traînaient depuis longtemps, concernant surtout l’inclusion des stages dans la charge de travail. Là-dessus aussi, on s’est donné  les moyens de travailler.
Finalement,  il faut relever aussi une reconnaissance intéressante au niveau du calcul de l’expérience des enseignantes et des enseignants;  cette reconnaissance va se transformer, pour plusieurs, en bonification salariale .Entre juin et avril, nous avons dû discuter de quelques éléments d’interprétation litigieux : sur quelques points majeurs,  on s’est rendu compte que nous n’avions pas du tout la même interprétation de l’entente que la partie patronale. Mais au bout de la ligne, nous sommes très satisfaits du résultat.
 

Une disparité de plus en plus grande entre d’autres secteurs et le collégial au niveau salarial

Jean Trudelle reste très préoccupé par la disparité de plus en plus grande entre les salaires du privé et celle du réseau collégial : « À scolarité égale, quand on compare avec d’autres emplois dans d’autres secteurs, il y a des différences significatives entre le travail dans le réseau collégial et celui du secteur privé. C’est de l’ordre de dizaines de milliers de dollars. À long terme, c’est très mauvais pour la profession enseignante de niveau cégep. L’image de tâche un peu idyllique de professeur de cégep est en train de s’estomper. Il y a plusieurs personnes du secteur  privé qui viennent enseigner au cégep et qui retournent au privé, vivement déçus par l’ensemble des conditions. Je connais des exemples d’infirmières qui préfèrent travailler dans le milieu hospitalier, dans les conditions que l’on connaît, plutôt que d’enseigner au cégep! Les gens disent toujours « il y deux mois de vacances ». À la blague, nous disons plutôt : « il y a un mois de convalescence et un mois de vacances ! »
« La réalité de l’enseignement collégial est  prenante.  Si on parle de vacances, justement, il y a plusieurs pays où il y en a beaucoup plus parce que l’on reconnaît que cette tâche ne peut être assimilée à d’autres emplois, dans lesquels on peut avoir plus de contrôle sur ce qu’on fait. Enseigner, c’est intense; c’est épuisant. Quand on compare avec l’Ontario, un professeur de cégep gagne 30,000 dollars de moins. Dans certains secteurs, il  est difficile de trouver des professeurs. C’est inquiétant. Nous avons d’ailleurs demandé à la Fédération des cégeps d’ouvrir un dossier conjoint pour discuter de la question d’attraction et de rétention de la profession. »
 

Le rôle de la Fneeq lors des consultations régionales sur l’adéquation formation-emploi

Nous avons interrogé Jean Trudelle sur le rôle qu’entendait jouer la Fneeq dans le cadre des consultations régionales sur l’adéquation formation et emploi. Au moment de l’interview, une seule rencontre régionale avait été tenue.
« Le rôle que nous allons jouer va dépendre de la tournure des forums régionaux. Si ces derniers demeurent centrés sur les besoins de travailleurs en emploi, sur  ceux des chômeurs, sur les besoins des entreprises, les formations courtes, l’éducation des adultes, etc., notre rôle sera mineur; la CSN est au jeu dans toutes les régions et  nommément, notre fédération n’a pas de place dans les forums régionaux. Par ailleurs, nous allons suivre ça de très près. Si ça déborde sur la formation initiale, nous allons intervenir. Les problématiques et les enjeux en formation initiale ne sont pas les mêmes. Dans la question de l’adéquation formation-emploi, il ne faut pas uniquement penser aux besoins des entreprises, mais également à ceux des individus. La formation collégiale est très générique si on parle des programmes techniques. On y offre une bonne formation générale qui permet de rendre les gens autonomes sur le marché du travail. Il faut préserver cet avantage. Les entreprises ne peuvent s’attendre à ce que nous formions des gens qui soient préparés sur mesure. »
Le potentiel des cégeps en formation continue est largement sous-exploité.
Les consultations régionales abordent aussi la question de la formation continue. « C’est clair pour nous que le potentiel des cégeps en formation continue est largement sous-exploité. L’une des choses qui nous préoccupe dans ce domaine, c’est toute la question du soutien aux étudiants : les adultes n’ont pas besoin de moins d’encadrement que les jeunes, pourtant cette partie de la tâche n’est pas reconnue dans les contrats des chargé-es de cours.  Dans le domaine de l’offre de formation, la concurrence entre les ordres d’enseignement  constitue pour nous un handicap plutôt qu’un moteur :   les ordres d’enseignement devraient travailler en complémentarité, éviter les dédoublements de formation et de services, ainsi que des pertes d’énergies. En ce sens, la contribution du système public pourrait être meilleure en matière de formation continue.
Nous sommes inquiets de la capacité des deux ministères concernés de travailler de concert : ils donnent plutôt l’impression de travailler en silo. 


L’application de la loi 101 au cégep

Sur cette question d’actualité, la  Fneeq s’est inscrite dans le sens de la position de la CSN à l’époque du Rapport Larose. Pour Jean Trudelle, « le cégep fait partie de l’enseignement supérieur; à ce niveau, on peut difficilement imposer le choix d’une langue d’étude. De plus, l’enseignement collégial est-il vraiment le levier pour résoudre le problème de l’anglicisation de Montréal? Dans les cégeps, l’imposition de la loi n’est pas nécessairement la première solution à envisager. D’autres solutions peuvent être envisagées à titre d’exemple, celle des devis de cégeps francophones et des collèges anglophones. » Jean Trudelle a tenu à préciser que la Fédération n’avait pas eu de débat formel sur cette question récemment.
 

Entrevue réalisée le 11 avril par Alain Lallier, éditeur en chef, Portail du réseau collégial

 





 
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