Dossiers / Enjeux / Loi 101 au cégep

Étudier en anglais à Québec

2020-05-12


Dossier préparé par Mme Thérèse Lafleur
 

À Québec, étudier en anglais signifie d’abord fréquenter le collège anglophone St. Lawrence, une « institution » dans la région de la Capitale-Nationale. Des cheminements bilingues sont proposés par le Cégep Limoilou et le Cégep de Beauce-Appalaches en partenariat avec St. Lawrence. Les collèges privés O’Sullivan et Mérici offrent aussi des parcours bilingues. De son côté, le Cégep de Sainte-Foy développe des formules d’enrichissement de l’anglais. Voilà esquissé à grands traits les principaux parcours pour évoluer en anglais, au collégial, dans la région très francophone de Québec.

À la suite du recensement 2016, Statistiques Canada détaille le profil linguistique de la population de la Ville de Québec comme suit :

Connaissance des langues officielles, Ville de Québec
Anglais seulement 0,3 %
Français seulement 59,2 %
Anglais et français 40,2 %
Ni anglais ni français 0,4 %

Première langue officielle parlée, Ville de Québec
Anglais seulement 1,7 %
Français seulement 96,9 %
Anglais et français 1,0 %
Ni anglais ni français 0,3 %

 

« LE » cégep anglophone de Québec

C’est donc à St. Lawrence que ça se passe pour étudier en anglais à Québec. St. Lawrence est l’un des trois collèges constituants du Cégep régional Champlain avec Lennoxville et Saint-Lambert. Bien que collège constituant, St. Lawrence jouit cependant de sa propre autonomie où l’autorité académique est au niveau local. Mais laissons le directeur de St. Lawrence, Edward Berryman, présenter cet établissement fréquenté en moyenne par 900 à 950 étudiants, excluant ceux inscrits à un DEC bilingue aux cégeps Limoilou ou Beauce-Appalaches.

Le directeur de St. Lawrence, Edward Berryman

D’entrée de jeu, monsieur Berryman mentionne que bon an mal an, « entre 75 % et 80 % des étudiants inscrits à St. Lawrence viennent d’écoles secondaires francophones. Les autres étudiants sont majoritairement diplômés des trois écoles secondaires anglophones de Québec et de la base militaire de Valcartier ou encore sont des étudiants hors Québec, hors Canada ou internationaux. Nous n’avons pas nécessairement de données précisant la langue maternelle. Il y a des parents anglophones qui envoient leur enfant au secondaire en français et ces jeunes, une fois rendu au collégial, retournent étudier en anglais. Ce qu’on peut dire avec assez de certitude, c’est que la grande majorité de nos étudiants sont des diplômés d’écoles secondaires francophones.

« Nous gérons nos demandes d’admission localement, nous ne sommes pas membre du Service régional d’admission au collégial de Québec (SRACq). Ce qui est important de noter, c’est que la priorité est donnée à toutes les demandes d’admission venant des écoles secondaires anglophones. Ensuite nous ouvrons les portes aux étudiants des écoles secondaires francophones que nous admettons selon la moyenne générale du secondaire. Et depuis plusieurs années, cette moyenne de 75 % à 80 % de diplômés d’écoles francophones se maintient. S’il y avait plus de demandes provenant d’anglophones, c’est certain que moins d’étudiants francophones seraient admis. Il faut comprendre que les écoles anglophones à Québec sont peu nombreuses et relativement petites. » précise-t-il.

À savoir si l’offre collégiale anglophone dans la grande région de Québec est parfaitement couverte, monsieur Berryman répond « la question qu’on peut se poser c’est davantage quant à la diversité de programmes. Ne devrait-on pas offrir plus de programmes en anglais pour attirer plus d’anglophones ? Parce que notre carte de programmes est assez limitée, c’est une question qui se pose. À l’exception du DEC bilingue en Tourisme développé avec le Cégep Limoilou en 2001, donc depuis une vingtaine d’années, aucune demande d’augmentation du nombre de programmes ou de la variété de programmes n’a été faite. Il ne doit pas y en avoir beaucoup dans cette situation au Québec, notamment en anglais. Mais, actuellement et en terme strictement quantitatif sans considérer l’offre de programmes, je dirais que oui nous remplissons notre mandat auprès de la communauté anglophone de Québec. »

Il ajoute cependant que « quand on côtoie la communauté d’affaires et les employeurs en général, on constate que le rôle de St. Lawrence est unanimement reconnu et appuyé! Les gens d’affaires s’empressent de demander s’ils peuvent rencontrer nos étudiants ou comment les engager comme stagiaires. Évidemment le problème est exacerbé par la pénurie de main-d’œuvre actuelle et, en plus, nos diplômés ont l’avantage d’être bilingues. En fait, quand les gens d’affaires nous parlent à nous, St. Lawrence est perçu comme une institution clé à leurs yeux et ils voudraient avoir d’autres St. Lawrence. »

Mais la rareté d’une relève bilingue à Québec s’explique selon monsieur Berryman. Selon lui : « On n’a pas idée à quel point Québec est une ville extrêmement francophone. On vit dans un environnement très unilingue et cela rend la tâche d’autant plus difficile pour des employeurs qui veulent avoir des jeunes bilingues. Le challenge est d’autant plus grand !

« Par ailleurs, même si un plus grand nombre d’étudiants voulaient fréquenter St. Lawrence, l’augmentation du devis devrait être aussi considérée dans la perspective de la qualité de la vie étudiante. Un collège, c’est un milieu de vie. Nous ne sommes pas une usine. Il faut s’assurer de la qualité du milieu de vie des étudiants. Il y a une "signature" St. Lawrence comme environnement à échelle humaine, un milieu chaleureux. Ce sont des éléments qui font partie de notre identité et que nous voulons préserver. Certains étudiants vont faire le choix de St. Lawrence pour êtredans un collège public de plus petite taille. D’ailleurs, parce que notre population étudiante est autour de 900 étudiants, plusieurs croient que St. Lawrence est un collège privé. C’est à se demander si les gens savaient que c’est gratuit, la pression serait encore plus forte pour être admis ici. »

Les cheminements bilingues

Depuis 2001, le Cégep Limoilou en partenariat avec le Cégep Champlain St. Lawrence offre un Diplôme d’études collégiales (DEC) bilingue en Techniques de tourisme. En fait, les étudiants s’inscrivent au Cégep Limoilou, y suivent leur formation générale et 50 % de leur formation spécifique tout en bénéficiant des services offerts. L’autre 50 % de leur formation spécifique se déroule à St. Lawrence, en anglais. Ce qui ajoute une cinquantaine d’étudiants à la clientèle régulière de St. Lawrence, chaque année.

Dans la foulée de ce partenariat stratégique avec St. Lawrence, le modèle a été repris pour le DEC bilingue en Gestion de commerce au Cégep Limoilou et le DEC bilingue en Comptabilité et gestion au Cégep Beauce-Appalaches. Plus récents que le DEC bilingue en Tourisme, ces cheminements bilingues en administration amènent chacun une vingtaine d’étudiants à St. Lawrence pendant deux sessions afin qu’ils y fassent 50 % de leur formation spécifique, en anglais.

Selon monsieur Berryman, directeur de St. Lawrence, « c’est un modèle intéressant et nous sommes toujours prêts à explorer ce genre de partenariat. Pour nous, c’est une manière de répondre aux besoins d’éducation postsecondaire en anglais dans la grande région de Québec. Comme nous sommes le seul cégep anglophone ayant l’autorisation ministérielle d’offrir la formation postsecondaire en anglais, c’est une façon de démontrer notre ouverture à la collaboration bien que rien ne soit en chantier présentement. »

Dans le réseau des collèges privés, deux établissements proposent des environnements bilingues d’apprentissage à Québec. Le Collège Mérici, un collège privé subventionné, propose les DEC Sciences humaines, Sciences de la nature, Techniques de tourisme et Gestion hôtelière en formule bilingue. Le Collège O’Sullivan de Québec, un établissement privé subventionné, offre quant à lui une formation bilingue adaptée aux francophones dans ses programmes Administration et bureautique ainsi qu’Arts numériques et animation 3D.

Des parcours pour devenir bilingue

Le Cégep de Sainte-Foy s’est penché sur l’enrichissement de l’anglais dans le cadre de ses programmes. Il a développé des programmes pour devenir bilingue, des stages et des séjours d’immersion, des cours d’anglais spécifiques et un programme d’enrichissement de l’anglais. Un positionnement qui l’a amené,en 2017, à modifier sa Politique sur l’emploi et la valorisation de la langue française qui faisait du français la « langue d’enseignement » pour en faire la « langue prépondérante d’enseignement ».

I speak français

Plusieurs possibilités existent donc pour étudier en anglais à Québec selon que l’on soit diplômé d’une école secondaire anglophone ou notre niveau de maîtrise de l’anglais, les établissements publics et privés offrent différentes options et un certain choix de programmes.

Le directeur du Cégep St. Lawrence, Edward Berryman, tient à rappeler en concluant que « la communauté anglophone à Québec a beaucoup diminué. Plusieurs anglophones ont quitté la région ou encore les enfants des familles anglophones partent pour Montréal ou Toronto et ne reviennent pas. C’est vraiment une communauté qui est en déclin à Québec. Heureusement, nous avons des jeunes qui veulent améliorer leur anglais pour s’ouvrir des horizons et qui ont décidé de faire le choix de St. Lawrence. Nous répondons à un besoin très important de main-d’œuvre bilingue pour la région de Québec. D’ailleurs nous constatons que les étudiants francophones qui étudient en anglais à St. Lawrence ne se sentent pas moins québécois ou francophones en diplômant dans un cégep anglophone. »

En ce sens, monsieur Berryman, propose de visionner le documentaire I speak français réalisé en 2019 par Karine Marceau et produit par le Groupe PVP. Plusieurs étudiants de St. Lawrence témoignent d’ailleurs dans ce documentaire diffusé par TéléQuébec qui présente la vision des plus jeunes générations quant à la préservation de leur langue maternelle, le français.



Les partenaires du Portail